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Utiliser l’art pour défendre les droits des femmes à Mayotte

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Cela fait à peine deux mois qu’elle a pris ses fonctions et pourtant Taslima Soulaimana, la nouvelle directrice régionale aux droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes a de grandes ambitions pour la femme mahoraise. Elle est cependant consciente que la tâche ne sera pas si facile. 

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Le viol est un mal invisible, et à Mayotte on profite de cette invisibilité pour ne pas en parler. Dans une société où le sexe est tabou, les victimes d’agressions sexuelles sont trop souvent réduites au silence. Cependant, les langues commencent à se délier, et les victimes veulent désormais se faire entendre malgré les nombreuses barrières qu’elles doivent franchir.

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Le chiffre est l’un des plus parlants pour décrire la situation de Mayotte. Régulièrement employé, il va désormais changer. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté national passe en effet de 84% à 77%. Une baisse qui ne doit pas masquer une autre réalité : les inégalités de vie se sont creusées.

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C’est un ras-le-bol qui a poussé les demandeurs d’asile africains à manifester ce lundi 20 juillet devant la mairie de Mamoudzou. Ils réclament de meilleures conditions de vie et une meilleure prise en charge de la part des associations et de l’État, mais les moyens mis à disposition à Mayotte ne sont pas suffisants. 

Le 8 mars oblige, la question des droits des femmes est le sujet dont tout le monde parle. L’Acfav, fervent défenseur de la cause féminine, a voulu marquer le coup à tra-vers l’art. Une artiste a notamment peint en direct devant les locaux de l’association, durant toute la matinée, sous les regards curieux et émerveillés des passants.

Concentration optimale : seule les coups de pinceaux et sa toile l’intéressent. Nathalie Okra, artiste peintre se donne littéralement en spectacle ce lundi matin devant les locaux de l’association pour la condition féminine et aide aux victimes (Acfav). Le bruit de ses admirateurs et de la circulation ne la perturbent pas, tant elle est en osmose avec ce qu’elle peint. Une mère et son bébé, l’essence même de la vie. « La naissance est le dé-but de tout. Si une mère ne donne pas naissance à son enfant il n’y a pas de vie, il n’y a plus rien. Rien que pour ça, il faut respecter la femme », explique Nathalie Okra. La femme dans sa globalité, dans tous ses états est le point commun des œuvres de l’artiste.

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Dans l’histoire de l’art, le sujet de la femme a beaucoup été traité, mais très souvent à tra-vers un homme. Alors la peintre apporte son regard féminin. « Je suis touchée par la sen-sibilité de la femme, par sa beauté », indique-t-elle. Et comme pour prouver son engage-ment artistique, Nathalie Okra peint en parallèle un deuxième tableau sous les yeux de tous. Il représente la sororité, comprenez la solidarité entre les femmes. Elle, qui peint souvent la mélancolie, a voulu cette fois-ci immortaliser la joie à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. L’artiste en est convaincue, la peinture peut être un bon moyen pour véhiculer un message. « Ça représente la beauté et tout ce qui est beau interpelle et touche les gens. » C’est la raison pour laquelle l’Acfav a fait appel à elle pour valoriser la femme mahoraise. « La peinture est un message de lumière, et quand il y a de la lumière c’est que du bonheur », pense Sophiata Souffou, présidente de l’association.

 

Sensibiliser dès le plus jeune âge

 

Les adultes ne sont pas les seuls à vouloir défendre les droits des femmes. Les adoles-centes également prennent le sujet à coeur, à l’exemple de Natacha qui a tout juste 14 ans. La jeune fille a été approchée par sa professeure qui n’est autre que l’artiste peintre Nathalie Okra, pour participer à un documentaire réalisé par l’enseignante elle-même en collaboration avec l’Acfav. Elle y livre son concept de la liberté des femmes et malgré son jeun âge, Natacha est déjà très engagée. « Dès que ma prof m’a proposée de témoigner dans le film, j’ai immédiatement accepté parce que les femmes sont encore trop stigmati-sées à mon sens. On dit qu’elles ne sont pas capables de faire certains métiers… Je veux lutter contre cette discrimination. On peut faire ce que l’on veut ! »

Natacha et sa camarade Houzaita ont également voulu prouver leur engagement en con-tribuant à l’une des toiles exposées ce jour-là à l’Acfav. Leurs coups de pinceaux sont encore hésitants, mais leurs convictions sont bien tranchées. « J’ai des petites-soeurs, elles sont jeunes, mais je les sensibilise déjà à la cause. Je leur dis de faire très attention aux garçons car ils sont égoïstes », souligne Houzaita. Les deux jeunes filles sont déter-minées à être les seules maitresses de leur avenir prometteur.

 

L’éducation, la clé de l’égalité

 

Ce n’est un secret pour personne, à Mayotte, les filles et les garçons ne sont pas édu-qués de la même manière. La fille est élevée dans l’optique d’être plus tard une bonne épouse et mère, alors que le garçon devra être le chef de famille. Cette réalité est en train de changer, mais en 2021, les conséquences d’une telle éducation sont encore visibles. « La femme mahoraise vit une situation un peu contradictoire parce qu’elle est obligée de se battre. Elle se débrouille, elle fait beaucoup de choses pour la famille. Et de l’autre côté, j’ai l’impression qu’il y a un manque de considération de la gent masculine vis-à-vis des femmes. C’est dommage, il faudrait leur laisser plus de place pour s’exprimer », constate Nathalie Okra.

Et selon la présidente de l’Acfav, il faut rectifier cela dès l’enfance. « Les parents ne doi-vent pas faire de différence entre les filles et les garçons. Si l’une est contrainte de faire les tâches ménagères, l’autre doit également s’y plier. Il faut aussi inciter nos jeunes filles à faire des études et à occuper des postes à haute responsabilité. » L’appel est lancé, il ne reste plus qu’à voir si le prochain président du conseil départemental de Mayotte sera une présidente.

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