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Rasmina, 18 ans, victime de violences sexuelles : « Ma mère m’a dit de retirer ma plainte »

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Le viol, une perversion cachée dans la société mahoraise

Le viol est un mal invisible, et à Mayotte on profite de cette invisibilité pour ne pas en parler. Dans une société où le sexe est tabou, les victimes d’agressions sexuelles sont trop souvent réduites au silence. Cependant, les langues commencent à se délier, et les victimes veulent désormais se faire entendre malgré les nombreuses barrières qu’elles doivent franchir.

Pauvreté : La dichotomie mahoraise

Le chiffre est l’un des plus parlants pour décrire la situation de Mayotte. Régulièrement employé, il va désormais changer. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté national passe en effet de 84% à 77%. Une baisse qui ne doit pas masquer une autre réalité : les inégalités de vie se sont creusées.

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De la quatrième à la seconde, Rasmina a subi de nombreux viols par un habitant du même village  que ses parents. Sans aucun soutien, ni même de la part de sa mère ou de son compagnon, la jeune femme a témoigné d’une force considérable pour parler, obtenir son bac avec mention, se reconstruire et aider les autres.

Flash Infos : Comment avez-vous trouvé la force de parler de votre calvaire ?

Rasmina : Il faut savoir que mon agresseur était apprécié de tous au village, parce qu’il leur donnait de l’argent. Un soir, alors que j’avais 13 ans, je me suis disputée avec mon frère, je suis sortie dehors, et il m’a emmené chez lui. Il a commencé à me toucher, à pratiquer le « gouroua » [frottement du sexe contre celui de la victime, NDLR], et m’a dit de ne rien dire à personne. Il savait que ma famille était pauvre et m’a proposé de l’argent en échange. Mais quand j’ai voulu arrêter tout ça, il a fait du chantage en menaçant de dire à ma mère que je sortais avec des garçons. Ça a donc continué, il m’agressait et je n’en pouvais plus, je n’avais personne à qui parler.

À l’école, je m’inventais des maladies pour aller à l’infirmerie, parce que je me disais que si l’infirmière me posait des questions, je lui parlerais. Un jour, j’ai écrit une lettre, j’ai été à l’infirmerie pour une migraine, elle m’a donné du paracétamol et j’ai laissé la lettre. Elle m’a conseillé de porter plainte, la gendarmerie est venue me récupérer chez moi mais les gens se posaient des questions. Je ne voulais pas que ma famille soit au courant mais ça a été le cas lorsqu’ils sont venus arrêter le violeur.

F.I. : Quelle a été la réaction de vos proches ?

Rasmina : Le jour même, tout le monde m’a reproché d’être la fautive, sans même savoir ce qu’il s’était passé. Des personnes de l’extérieur sont venues pour me demander ce qu’il se passait. J’ai fait confiance au père de mon amie, qui a immédiatement tout raconté aux autres. Ma mère m’a dit de retirer ma plainte contre lui, je suis donc retournée à la brigade pour dire que j’avais menti. Je me suis dit que ça allait le stopper, mais c’était pire, il m’attachait, me menaçait, les gens pensaient que c’était faux étant donné que j’avais retiré ma plainte.

Heureusement, une tante m’a cru et hébergé, donc ça allait beaucoup mieux. C’est elle qui m’a raccompagnée pour porter plainte. C’est là que j’ai eu des examens psychologiques et gynécologiques. C’était la partie la plus blessante, mon pire cauchemar était de ne plus être vierge, même s’il faisait du gouroua et passait par les fesses. La gynéco m’a dit « Votre hymen est à moitié détruit », et j’ai eu peur de dire ça à ma mère. Jusqu’aujourd’hui, elle ne sait pas si je suis encore « une petite fille ou une vieille », comme on dit.

F.I. : Comment vous êtes-vous rapprochée du mouvement #wamitoo ?

Rasmina : J’ai toujours été très investie, déléguée de classe, je participais aux associations de l’école. J’avais vu une exposition d’une association et j’avais demandé à mon proviseur de les faire venir pour une intervention dans les classes, ce qu’il a accepté. C’était une période très compliquée, mes notes étaient catastrophiques, donc ça m’a aidé, comme les psychologues que j’ai vus. Arrivée en première, je me suis promis de ne plus jamais me laisser abattre, et j’ai réussi à me reprendre en main. Même lorsque l’homme qui m’a agressée est sorti de Majicavo après un an de prison, j’ai refait les cauchemars d’avant pendant un mois, mais mes idées noires se sont calmées grâce à la thérapie.

F.I. : Ces agressions impactent-elles vos relations ?

Rasmina : Malheureusement, avec mon ancien petit copain, j’étais renfermée, comme un poing qu’il fallait ouvrir. Quant à celui avec qui je sortais, ça s’est terminé récemment, parce qu’il veut certaines choses sexuelles que je ne peux pas tolérer à la suite des viols que j’ai vécus. On voulait se marier, mais il m’a annoncé qu’il voulait prendre une deuxième femme pour le sexe. Ça ne passe pas avec moi, et j’ai donc dû mettre un terme à cette relation.

F.I. : Comment outrepassez-vous les moments de traumatisme ?

Rasmina : C’est souvent le soir que ça revient. Soit je fuis la réalité en regardant des séries, soit j’écris des chansons, ou j’écoute de la musique, et ça passe. En écouter, et chanter, m’éloigne de ma vie, me libère. Maintenant, en parler, comme ici, et participer à des actions de sensibilisation, m’aide aussi au long terme.

F.I. : Quelles seraient vos solutions pour stopper cette véritable culture du viol à Mayotte, ainsi que la loi du silence l’accompagnant ?

Rasmina : À Mayotte, une chose a été normalisée : le fait que nos grands-pères nous touchent les seins, les fesses, disent « C’est ma petite-fille, j’ai le droit », et que nos parents nous poussent à ne rien dire. Alors que c’est ignoble, c’est là que commence le viol. Il faut aussi que les parents soient plus proches de leurs enfants, plus à l’écoute, aient plus de sentiments. Enfin, il faut arrêter de considérer le sexe comme un tabou, et en parler dès l’enfance. Après, arrêter le viol à Mayotte, je pense que c’est impossible. Comment arrêter un homme qui n’est pas bien dans sa tête ?

F.I. : Un conseil à celles et ceux qui sont victimes d’agressions sexuelles ?

Rasmina : Il faut aller vers les personnes de confiance et parler. Sinon, il faut se tourner vers les professionnels de santé, les psychologues. On dit que c’est pour les gens fous, alors que pas du tout. C’est en allant les voir que je suis devenu ce que je suis, que je peux parler de viol sans pleurer. Avant, il suffisait que quelqu’un parle de sexe pour que les larmes viennent. Il ne faut jamais se dire que c’est une honte, ce sont les personnes qui font ça qui doivent avoir honte, on ne leur a pas demandé de nous faire ça. Et ne jamais se laisser abattre, parce que ça voudrait dire qu’ils ont gagné.

Retrouvez le dossier consacré au violences sexuelles sur mineurs dans le numéro 1014 de Mayotte Hebdo.

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