"Nous ne demandons pas un permis de tuer"

"Nous ne demandons pas un permis de tuer" François Geneste, secrétaire départemental du syndicat policier Alliance, regrette que l'engagement de 100 agents supplémentaires à Mayotte n'ait pas encore été tenu

Une douzaine de policiers en civil et en dehors de leur temps de travail ont manifesté hier à l'appel de l'intersyndicale nationale devant le palais de justice de Mamoudzou. Comme annoncé la veille du mouvement, ils souhaitent sensibiliser la justice et les pouvoirs publics par rapport aux difficultés qu'ils rencontrent à travers leurs conditions de travail et certaines règles qui encadrent leur profession. C'est notamment le règlement autour de la légitime défense qui cristallise les inquiétudes notamment à la suite des événements de Viry-Châtillon (Essonne).

 

Ils n'étaient pas nombreux à s'être donnés rendez-vous devant le tribunal de grande instance de Mamoudzou. Une douzaine d'agents de la police nationale, de la brigade anti-criminelle (Bac) ou encore de la police aux frontières (Paf) étaient réunis devant la grille d'entrée du palais. Leur message est simple, ils veulent plus de moyens humains et matériels. Mais en se rendant au tribunal le point sur lequel voulait insister les policiers mécontents, concerne la justice. "Nous voulons une révision des principes de la légitime défense", explique François Geneste, secrétaire départemental du syndicat policier Alliance. Son collègue chargé de mission au sein du syndicat, Thierry Lizola lui emboite le pas : "nous ne demandons pas un permis de tuer mais une amélioration de notre droit de légitime défense au même titre que celui dont bénéficient les gendarmes". Comme exemple, l'officier prend celui de Viry-Châtillon où deux policiers ont été gravement brûlés après avoir subi un jet de cocktail molotov. "Dans ce cas là, si la gendarmerie avait été dans le même cas elle aurait pu faire usage de son arme". La compagne d'un agent venue soutenir le mouvement a également souhaité témoigner sous couvert de l'anonymat en rappelant qu'aujourd'hui les policiers rencontrent plus de problèmes que leurs homologues gendarmes dès qu'il s'agit d'utiliser son revolver. "Quand un policier tire un coup de feu, voire blesse quelqu'un parce que sa vie était en danger, il est ensuite mis de côté et fait l'objet d'une procédure lourde voire de poursuites pour déterminer les conditions de l'intervention", explique-t-elle.

 

Les policiers demandent un Grenelle de la sécurité

 

Compréhensif face au malaise des gardiens de la paix, le procureur Joël Garrigue a reçu les manifestants dans son bureau. "Il nous a écouté et a pris en compte nos demandes", rapportait Thierry Lizola. "Nous souhaitons un Grenelle de la sécurité", déclarent les représentants syndicaux. À ce mécontentement s'ajoute le manque d'effectif notamment à Mayotte. "Le gouvernement nous avait promis en juin dernier des renforts. Sur 100 agents supplémentaires annoncés, seuls 16 sont arrivés à ce jour. Nous demandons que l'engagement soit tenu", réclame simplement Thierry Lizola. Le temps presse pour les agents puisqu'ils sont nombreux à constater une dégradation du respect en vers l'uniforme. "J'ai 25 ans de police et avant il n'y avait pas une telle violence contre les policiers", explique le représentant du syndicat Alliance. Lundi soir encore un policier a été victime d'une agression alors que la Bac effectuait une opération de routine dans Kawéni. Aujourd'hui, à 17h30 une rencontre est prévue entre les représentants syndicaux et le préfet afin de transmettre leurs doléances. Ce même jour, une rencontre entre François Hollande et les syndicats de police au niveau national est également prévue afin de trouver des solutions et d'apaiser la tension au sein de la police nationale.

Abonnement Mayotte Hebdo