Grève générale | "Attention, on va arriver aux décasages"

Grève générale | "Attention, on va arriver aux décasages" Lors d'une précédente manifestation contre l'insécurité, à Mamoudzou.

"Les gens en ont marre, ils sont excédés", alerte Saïd Hachim, membre CFDT de l'intersyndicale à l'origine avec le collectif de la grève générale contre l'insécurité. À l'approche de la manifestation du 10 mai, ce porte-parole du mouvement social s'inquiète et met en garde le gouvernement. Face à l'absence de "réponses concrètes" sur les volets insécurité et immigration illégale, le spectre des décasages plane. "Les syndicalistes depuis plus d'un mois essaient de contenir une population en colère."

"Je n'ai pas envie que demain on trouve un drapeau de mon syndicat flottant devant un banga qui a brûlé." Saïd Hachim, membre CFDT de l'intersyndicale à l'origine du mouvement social contre l'insécurité avec le collectif, s'exprime dans nos colonnes à l'approche de la manifestation du 10 mai.

"Les gens en ont marre, ils sont excédés, ils trouvent qu'il n'y a pas de réponses. C'est ce qu'on ressent quand on discute avec eux. On sent qu'ils vont partir dans ce genre de débordements [les décasages, NDLR]. Il faut que les autorités prennent la mesure des choses (...) Jusqu'à aujourd'hui, c'est nous qui avons arrêté ça (...) On se retrouve face à des gens qui nous interpellent tout le temps, des personnes qui ont été trahies par le mouvement de 2011. Il vaut mieux leur dire la vérité : sur certaines questions concernant l'immigration clandestine et l'insécurité, on n'a pas de réponses concrètes."

"Les gens entendent qu'on va tout le temps discuter [avec les autorités]. Ils croient qu'on est en train de leur mentir, qu'on négocie des choses (...) A un moment, nous on est fatigués d'être taxés d'être à la solde du gouvernement (...) Aujourd'hui on se retrouve face à une situation qu'on peut qualifier d'insoluble parce qu'on pose des questions qui n'ont pas de réponses immédiates", poursuit ce porte-parole du mouvement contre l'insécurité.

"Ce n'est plus tenable"

"On appelle à manifester le 10 très fortement (...) Cette manifestation est à l'initiative du collectif et de l'intersyndicale suite à la rencontre avec Estelle Youssouffa à Dembéni." Cette dernière est à l'origine de la pétition +Il faut sauver le 101e département !+ qui en moins de trois jours a enregistré plus de 5 500 signatures sur la plateforme change.org. Journaliste et consultante en affaires internationales, Estelle Youssouffa assure dans ce texte que le gouvernement planche sur un projet de Communauté d'archipel des Comores, dans lequel Mayotte perdrait une part de souveraineté au profit de l'Union des Comores. "On n'a pas voulu jeter de l'huile sur le feu mais des éléments vont apparaître assez rapidement" pour prouver ce projet de Communauté d'archipel des Comores, fait savoir Saïd Hachim, qui évoque la diffusion de documents d'ici lundi. "Nous ne transigerons jamais sur la souveraineté de la France sur le département de Mayotte", avait pour rappel indiqué le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian le 3 avril dernier à l'Assemblée nationale.

Et Saïd Hachim d'ajouter : "C'était difficile à la réunion à Dembéni." Certains participants "ne voulaient même pas entendre Estelle. Ils voulaient dégager ces gens-là [les personnes en situation irrégulière, NDLR]. Il faut que syndicalement parlant on se pose, qu'on observe tout ça, qu'on ait une ligne de conduite et qu'on sache où on va, où on met le pied. On dit aux gens : +Attention, on va arriver aux décasages+." Saïd Hachim assure en parallèle qu'aucun leader au sein de l'intersyndicale et du collectif à l'origine du mouvement social contre l'insécurité n'appelle à ces actions illégales. "Les syndicalistes depuis plus d'un mois essaient de contenir une population en colère qui n'a pas de réponses (...) A un moment, ce n'est plus tenable".

C'est dans ce contexte que, selon nos informations, entre dix et vingt personnes ont à Kani-Kéli, dans la nuit de lundi à mardi, incité un habitant à quitter son logement et à rentrer aux Comores. Les auteurs des faits auraient cassé la porte de la cour, démonté et enlevé la porte d'entrée de l'habitation et détruit une case en tôle servant de cuisine à la victime, sans faire usage de violence physique. Sollicité, le parquet n'était pas en mesure de confirmer jeudi soir ces informations.

 

Trois syndicats contre "le largage de Mayotte"

Trois syndicats adhérents au FSU (SNASUB, SNUipp et SNUTER) ont apporté jeudi par voie de communiqué leur soutien à l’appel à la grève du 10 mai, appelant leurs "adhérents ainsi que [leurs] sympathisants à descendre massivement dans la rue". Ils ont exprimé leur hostilité vis-à-vis de "toute évolution statutaire de Mayotte qui aboutirait à la perte des acquis obtenus grâce à la départementalisation". Dans le viseur, le "projet de la Communauté de l’archipel qui découle de la déclaration du 21 juin 2013". Les trois syndicats redoutent, "sous couvert de cette coopération régionale", une co-souveraineté comorienne, et demandent l’abandon "définitif" de la fameuse "feuille de route" qui alimente les débats actuels.  

 

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