Les habitants s’impatientent devant l’absence d’avancées sur deux chantiers attendus dans le village : la reconstruction de l’école élémentaire Vahibé 1 et la construction du centre de protection maternelle et infantile (PMI). Alors que les élèves restent scolarisés dans des conditions dégradées, le manque d’informations des pouvoirs publics nourrit la colère et les appels à la mobilisation.
De part et d’autre de la rue Haronophe, en plein centre de Vahibé, deux chantiers exaspèrent les habitants du village. Celui de l’école élémentaire Vahibé 1, porté par la Ville de Mamoudzou, semble au point mort depuis la pose de la première pierre, en décembre 2025. Celui du centre de protection maternelle et infantile (PMI), lancé par le Département-Région, est à l’arrêt depuis plusieurs années. Le bâtiment partiellement construit se dégrade progressivement. Son sous-sol serait même devenu un lieu de squat, selon les habitants, malgré la présence d’un gardien.
Deux projets qui piétinent
Les enjeux ne sont pas les mêmes. Avant le passage du cyclone Chido, l’école élémentaire Vahibé 1 devait faire l’objet d’une rénovation afin d’augmenter sa capacité d’accueil. Mais, complètement détruite par la force de la tempête, elle doit désormais être presque entièrement reconstruite. En attendant, les élèves sont tous scolarisés à l’école Vahibé 2 en contrebas du village, ce qui surcharge l’établissement et contraint la Ville de Mamoudzou à aménager des classes modulaires et à construire un nouvel établissement, pour accroître les capacités d’accueil. Les élèves subissent ainsi de fortes rotations, une situation dénoncée à plusieurs reprises par les parents d’élèves ces derniers mois.
Pour eux, voir la reconstruction de Vahibé 1 piétiner, c’est aussi voir leurs enfants continuer à apprendre dans des conditions dégradées, sans savoir combien de temps cette situation va encore durer.
Du côté de la PMI, le projet doit permettre d’améliorer l’accueil des familles et l’accès aux soins, notamment grâce à des services de télésanté et de télémédecine. D’un coût prévisionnel de 2,32 millions d’euros, il bénéficie d’un cofinancement du Département-Région et de l’Union européenne. En décembre 2025, le Département a relancé plusieurs lots du marché de travaux, dont ceux consacrés à la charpente, à l’électricité, à la plomberie et à l’étanchéité. La date limite de remise des offres était fixée au 23 janvier 2026. Depuis, aucune information publique retrouvée ne permet de confirmer la reprise effective du chantier ni d’établir un calendrier de livraison.
Pour Ibrahim Traoré, habitant “engagé” du village, au-delà des deux projets à l’arrêt, c’est surtout l’absence de réponses et d’informations de la part des pouvoirs publics qui attise la colère.
“Que ce soit pour l’école élémentaire ou la PMI, c’est silence radio”, déplore-t-il. “On nous a promis la livraison de l’école en mars 2028. Pour le moment, on ne voit aucune machine, aucune activité. Ça nous inquiète et, jusqu’à maintenant, nous n’avons aucune communication, rien”.
“On est prêts à aller manifester dans les bâtiments municipaux s’il le faut !”.
“Petit à petit, je comprends qu’il ne faut rien attendre des pouvoirs publics. C’est une déception. Sans actes concrets, sans preuves matérielles, on ne peut pas faire confiance”, ajoute-t-il. L’habitant compte rassembler les documents dont il dispose pour engager une action en justice.
Avec ses voisins et d’autres habitants du village, il entend se faire entendre dans les prochains jours, avant même la rentrée scolaire. “On est prêts à aller manifester dans les bâtiments municipaux s’il le faut !”.
“Le problème, c’est qu’on entend parler de Vahibé, mais aussi de Tsoundzou, de façon négative, à cause des violences. Mais il ne faut pas s’étonner s’il n’y a pas d’école ! Bientôt, on va devoir construire des maisons éducatives juvéniles, des prisons. Tout ce qu’on souhaite, c’est que nos petites sœurs et nos petits frères puissent disposer des mêmes chances d’apprendre que les autres élèves de France”.
“C’est un problème qui concerne tout le monde, pas juste Vahibé, car tout le monde va passer sur la route nationale”
Pour lui, la situation dépasse les frontières du village. “C’est un problème qui concerne tout le monde, pas juste Vahibé, car tout le monde va passer sur la route nationale de Vahibé, tout le monde va utiliser la route nationale de Tsoundzou. On est tous concernés ! On ne peut pas continuer dans ce sens-là. Si on ne fait pas ce qu’il faut, on va droit dans le mur”.
Concernant l’école élémentaire Vahibé 1, la Ville de Mamoudzou assure attendre la notification de l’arrêté de subvention de l’État, qui doit financer une grande partie des travaux. Cette notification correspond à la confirmation officielle de l’attribution de l’aide publique et de ses conditions. Elle permet à la collectivité de disposer du cadre administratif nécessaire pour mobiliser ce financement. Selon la Ville, le dossier pourrait ensuite être débloqué. En décembre 2025 le maire de Mamoudzou Ambdilwahedou Soumaïla soulignait que la durée des travaux était estimée à 27 mois, pour un coût total de 12,5 millions d’euros.
Pour la PMI, le Département-Région indique simplement que “c’est en cours”, sans apporter davantage de précisions sur le calendrier ni sur l’état actuel du chantier.



































