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Madi-Boinamani Madi Mari : « La différence est une question de méthode »

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À la tête des services de la commune de Chiconi depuis huit ans, Madi-Boinamani Madi Mari (suppléé de Toiyifati Saïd) est l’une des figures marquantes de ce scrutin législatif 2022 dans la 2ème circonscription. Soutenu par une pléiade d’élus locaux, d’anciens élus et autres figures politiques de diverses tendances, il se décline en un candidat rassembleur, avec un programme qui regroupe la quasi-totalité des thématiques en vogue actuellement sur le territoire : insécurité et immigration clandestine, droits sociaux, désenclavement aérien et maritime, aménagement durable, coopération régionale, jeunesse et éducation, économie… Sous le slogan « Ensemble ! », il explique que sa différence avec les autres est avant tout une question de méthode. 

Flash Infos : Vous présentez une brochure de campagne très fournie, avec le soutien de plusieurs ténors de la politique locale. Pouvez-vous nous décliner en quelques mots votre programme pour ces élections législatives 2022 ? En quoi vos projets divergent-ils de ceux de vos challengers ?

madi-boinamani-madi-mari-difference-methodeMadi-Boinamani Madi Mari : Je n’invente pas l’eau chaude, les problèmes auxquels sont confrontés les Mahorais sont connus de tous, il y a les sujets de l’insécurité, des droits sociaux avec son corolaire de cherté de vie, du développement économique de manière général, notamment les infrastructures… Ce sont-là les enjeux actuels de Mayotte ! Ce qui nous différencie entre candidats à cette élection législative c’est au niveau de la méthode, comment les uns et les autres entendent régler ces problèmes. Dans un passé pas très lointain, ces problèmes étaient difficiles à résoudre, il fallait sortir des maisons en torchis pour construire du dur, mais aujourd’hui, ils sont complexes car quand bien même nous sommes dans du dur, il faut penser aux aléas climatiques, comment penser la conception de l’habitation, etc.

Ce sont les sujets auxquels se trouve confronté le Mahorais. Les solutions à leur apporter ne peuvent plus être celles d’il y a 20 ou 30 ans. Elles doivent être actuelles. Dans la démarche visant à résoudre toutes ces difficultés, il faut avant tout changer de logiciel. Dans un premier temps, la population comme les élus doivent intégrer le fait que ce territoire ne se développera pas sans leurs initiatives et leurs actions concrètes. Il ne faut plus attendre de l’État qu’il fasse des routes comme autrefois, parce qu’il se serre la ceinture en ce moment. C’est une première approche dans la méthode. Deuxièmement, il nous faut traiter ces problèmes dans leur globalité parce qu’ils sont tous liés et non pas de manière isolée. Donc nous ne pouvons pas régler la question de l’immigration clandestine indépendamment du développement économique, de la santé ou de l’éducation. Ces mêmes sujets existaient déjà il y a 30 à 40 ans. Souvenez-vous lorsque Jacques Chirac, alors premier ministre, en visite dans l’île, a dit aux Mahorais qu’ils devaient d’abord développer le territoire avant la départementalisation. Sauf que 30 années plus tard, il est toujours question de ce développement parce qu’il n’a pas été réalisé et qu’il va, en plus, falloir le faire dans un temps relativement court, en privilégiant la logique des résultats à celle des moyens. Cela est malheureusement valable pour tout, y compris l’immigration. La population doit exiger de l’action de l’État à Mayotte, des résultats concrets. En matière d’immigration clandestine, l’État nous présente des chiffres en nous disant qu’il y a plus de moyens matériels et humains affectés à cette mission sauf que dans la réalité, les Mahorais ne constatent aucun changement. Cela veut dire que le souci n’est pas dans les moyens mais plutôt dans la méthode employée.

FI : Que prévoyez-vous pour Mayotte dans le domaine social pour la prochaine législature si vous êtes élus ?

M-B. M. M. : Sur les droits sociaux aussi c’est pareil, c’est une question de méthode. Je suis de ceux qui pensent que le calendrier de rattrapage avec la métropole proposé il y a dix ans au moment de la départementalisation n’est plus d’actualité dans la mesure où le développement qui aurait dû servir de socle n’a pas été au rendez-vous sur ces 40 années passées. Aujourd’hui, les choses vont tellement vite à Mayotte, nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre encore 20 ou 30 ans.

FI : D’aucuns peuvent vous rétorquer que ce retard n’est pas du seul fait de l’État, que le manque d’investissement de la part des élus locaux justifie aussi grandement l’inertie constaté dans le développement durant ces dernières années ?

M-B. M. M. : C’est là où l’on voit que les élus mahorais ont jusque-là étaient dans une posture attentiste, en espérant que l’État fasse tout. Il y a un problème d’eau sur le territoire, les compétences en la matière relèvent des Mahorais, mais ils demandent une intervention de l’État. De facto, le préfet de Mayotte est devenu un gouverneur, non pas parce qu’il l’a voulu, mais parce qu’ici nous avons pris la fâcheuse habitude de nous tourner vers lui à chaque fois, même lorsque cette responsabilité nous incombe à nous. Pire encore, certains d’entre nous vont jusqu’à mal faire leur travail de sorte que l’État reprenne la main à un moment donné. Sauf qu’à l’échelle nationale, l’État se désengage de partout et met moins de moyens, y compris sur les portions de route. Cela est visible même ici chez nous, si vous observez bien vous constaterez que les routes nationales sont les plus dégradées contrairement aux départementales et aux municipales qui sont régulièrement refaites. Ce sont des sujets dont doivent se saisir les responsables locaux.

Je peux vous prendre un autre exemple : le port de Longoni sur lequel s’expriment beaucoup de nos élus, en particulier un des parlementaires qui, hier, était candidat pour être président du Département, lequel a dit vouloir casser la DSP (délégation de service public) pour la remplacer par un grand port maritime qui serait géré par l’État. Moi je dis non ! C’est un outil à la disposition de ce territoire pour assurer son développement, c’est donc aux Mahorais de le développer. Maintenant si nous ne l’utilisons pas à bon escient, nous ne pourrons nous en prendre qu’à nous même. La nouvelle génération d’élus mahorais doit se saisir de tous ces sujets locaux, les traiter elle-même et ne pas attendre une intervention extérieure pour les régler à leur place. À ce moment-là, nous pourrons demander que de nouvelles compétences, encore aux mains de l’État, puissent être dévolues aux élus mahorais, soit parce que celui-ci ne le fait pas bien ou très mal.

Nous le voyons avec la construction de la plupart des collèges et lycées. Là aussi, il faudra traiter le problème dans sa globalité, car pour réaliser des économies, l’État a recours à des modulaires et des conteneurs, importés depuis l’extérieur, qui n’ont aucune valeur ajoutée locale, au détriment des entreprises mahoraises de BTP qui ne tire aucun bénéfice de ces infrastructures-là. Si nous voulons que l’économie mahoraise se redynamise, il faut que ce type de compétences soient assumées par des élus afin qu’ils puissent faire travailler les entreprises du territoire et favoriser ainsi la création d’emplois sur place. Dans la mesure où tout reste à construire, il faudra mettre à profit les compétences locales, et non pas tout prendre à l’extérieur, parce qu’autrement, nous ne sortirons jamais de la spirale des problèmes actuels. Quand le bâtiment va, tout va bien, il y a de l’emploi, plus de ressources, du pouvoir d’achat, moins de chômage et donc moins de délinquance également.

FI : Certaines voix font valoir une incapacité des élus locaux à imaginer des projets d’envergure viables et réussir à les réaliser ? Également une incapacité à se projeter dans le long terme dans ce développement de Mayotte à relancer ?

M-B. M. M. : Non, moi je n’adhère pas à ce discours qui voudrait nous faire croire que Mayotte manque d’ingénierie et de projets. C’est faux, archifaux ! On entend souvent dire que l’État a beaucoup investi sur ce territoire, près de 1.7 milliard d’euros et tout le monde salue ce fait, c’est la première fois qu’il y a autant d’engagements sur le territoire…. Sauf que cela ne veut absolument rien dire, même s’il avait mis sur la table plus de 2 milliards ou 6 milliards d’euros, cela ne signifie pas qu’ils seront pour autant consommés car une multitude de règles juridiques empêche leur consommation. Ces règles sont faites pour des territoires déjà construits, finis et on nous les applique ici à Mayotte. Pas mal de collectivités locales sont porteuses de bons projets, mais ils n’aboutiront pas parce que ces règles empêchent leur avancement.

C’est notamment l’exemple de l’aéroport de Pamandzi dont personne ne parle, pour lequel le président de la République est venu prendre un engagement sur place en 2019 pour une réalisation en 18 mois, sans besoin d’études supplémentaires qui prendront beaucoup de temps. Et pourtant, l’ouvrage n’est toujours pas sorti de terre. Certains d’entre nous pensent que cela est dû à une mauvaise volonté de l’État, pour ma part, je dirai que le chef de l’État a fait sa part du travail en prenant cet engagement. Le problème c’est que les élus mahorais se sont endormis, notamment les parlementaires. Il fallait prendre Emmanuel Macron au mot, lui dire « d’accord nous ne faisons pas d’études cependant le code de l’environnement interdit de toucher à tel endroit, etc. ». Et ça, c’est la loi ! Cela veut dire qu’il faut modifier la loi et c’est le travail du parlementaire. Qu’ont fait nos parlementaires ? Rien, aucune proposition de modification de la loi ! Lorsque le président annonce que les travaux vont se faire dans une courte période, cela veut dire qu’il y a des expropriations à faire à Pamandzi. Nous savons pertinemment qu’au mieux des cas, s’il n’y a pas de contentieux, la procédure prendra un an, sinon plus. Donc, il fallait faire modifier la loi, permettre une adaptation des règles d’expropriation pour éviter de subir encore des retards. Nos parlementaires n’ont pas fait leur travail et nous allons encore dire que c’est la faute de l’État ? Donc nous, parmi les engagements que nous prenons en cas de victoire, c’est de travailler pour faire supprimer tous ces blocages qui empêchent ce territoire de se développer, que les textes actuels soient adaptés aux besoins de notre département en termes d’infrastructures.

FI : En dehors de ces aspects purement juridiques que vous venez d’exposer, comment faire pour véritablement redynamiser l’économie mahoraise au-delà de ces financements publics ?

M-B. M. M. : Nous avons ici beaucoup de sujets que nous devons malheureusement traiter ensemble. Comme je l’ai déjà dit, en économie nous disons que quand le bâtiment va, tout va ! Dans un premier temps, il y a ces investissements publics que nous avons évoqués qui sont très importants pour stimuler notre économie, en particulier les infrastructures. Cela tombe très bien puisqu’il n’y a pratiquement rien dans les communes, mis à part les écoles, les Hôtels de ville et quelques MJC. Et encore nous disons que les écoles sont insuffisantes. Donc, si ne nous basons que sur ces investissements publics, nous avons déjà de quoi créer de la valeur, du pouvoir d’achat et des opportunités.

Bien sûr, il y a d’autres domaines, notamment le secteur agriculture. Il faut mettre en place les conditions pour que l’économie mahoraise décolle, parmi les outils potentiels, il y a les zones franches d’activités. Tout le monde en parle certes, mais moi de mon côté, je ne souhaite pas une zone franche qui va tuer l’économie mahoraise, mais au contraire une zone franche qui va la favoriser. Cela veut dire que nous stimulerons les aides qui vont être apportées et nous accompagnerons les entreprises qui vont s’y implanter, en permettant une péréquation sur les charges, en particulier les charges patronales qui leur permettront d’être compétitives face aux produits importés, et également de faire en sorte que certains produits locaux puissent être exportables. Nous constatons certaines aberrations comme les importations de bananes ou de songes alors qu’il y a sur place la possibilité de produire suffisamment, ne serait-ce que pour répondre à la consommation locale. Ce sont des sujets concrets qui nous permettront d’accompagner l’agriculture mahoraise à se restructurer. Donc au-delà de l’aide public, c’est un accompagnement fort qui doit être mené pour assurer le décollage de certaines productions locales.

FI : Est-que cette affaire de Département-Région n’a pas été un piège politique dans lequel tout le monde s’est engouffré sans prendre garde ?

M-B. M. M. : Le problème ici, c’est que tout le monde s’est focalisé sur la question statutaire pendant 40 ans, en délaissant l’économie. Or, dans les institutions françaises, le Département c’est la solidarité, les prestations sociales, etc. Mais alors comment distribuer des prestations devant provenir des cotisations entrepreneuriales lorsqu’il n’y a pas eu de construction d’une économie solide parce que nous avons omis de construire la Région. C’est elle qui porte l’économie et crée la richesse que le Département distribue à la population. Sauf que pendant ces 40 années écoulées, la Région Mayotte n’existe pas. Quand bien même Mayotte est devenue département d’Outre-mer, la compétence régionale n’est pas prise entièrement, notamment les moyens qui vont avec… En tous cas, les textes n’ont pas suivi. De sorte que le Département-Région n’est qu’une simple appellation aujourd’hui, les compétences régionales ne s’exercent quasiment pas, le Département continue à faire ce qu’il faisait déjà. Avant la suppression de la clause générale de compétence, il faisait déjà un peu de tout, sauf qu’en métropole les choses sont un peu claires : le Département est le chef de file du social, la création des richesses c’est la Région via l’aménagement du territoire et le développement économique. Nous sommes convaincus que le fait d’avoir minimiser cela a un impact sur la situation que nous vivons actuellement. C’est pour cela que dans notre projet, nous disons clairement que Mayotte doit être érigée en Département-Région comme le sont les autres régions de métropole ou d’Outre-mer. C’est une fois que cela sera fait que nous aurons une vraie vision sur le développement économique. Les grandes infrastructures que nous voyons à La Réunion, les RER et certaines universités dans l’Hexagone, sont des réalisations de la Région. C’est au législateur de donner les outils juridiques nécessaires pour permettre de faire cela.

FI : Autre projet évoqué par tout le monde en ce moment et dans tous les sens, l’université de plein exercice, comment se décline-t-il dans votre programme politique ?

M-B. M. M. : Pour nous, il s’agit d’une université de plein exercice, adossé à un Crous (centre régional des œuvres universitaires et scolaires) de plein exercice aussi, indépendant de celui de La Réunion qui n’a pas la même position géostratégique ou géographique que Mayotte. Une fois dit cela, il ne faut pas juste créer une université pour le plaisir d’en avoir une car la richesse d’un territoire vient surtout de la connaissance. Aujourd’hui, nous parlons de l’économie de la connaissance, il s’agit de prendre ce qu’il y a de meilleur dans le monde. En métropole, les universités françaises sont ouvertes à des étudiants venant de partout dans le monde pour faire rayonner la France. Donc, dans notre vision, cette université se veut régionale, cela ne veut pas dire simplement les Comores ou Madagascar, nous voulons faire venir chez nous toute cette dynamique existante en Afrique de l’Est. Cela veut dire aussi avoir une coopération bilatérale entre Mayotte et les autres pays riverains du Canal de Mozambique. Actuellement, nous parlons de projet gazier et de pétrochimie au Mozambique, ce sont des sujets qui demandent à être traités avec des recherches poussées dans les universités. Là, Mayotte a sa carte à jouer dans la région, notamment en formant les étudiants mahorais pour les préparer suffisamment à aller conquérir le monde qui nous entoure, en sachant que les pays de la côte est africaine sont les rares en ce moment dans le monde à enregistrer une croissance à deux chiffres.

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