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Recours à la prostitution de mineurs : éducateur à Mlézi Maore, il écope d’un an de prison ferme

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Un homme a écopé de trois ans de prison dont deux avec sursis dans une affaire de prostitution impliquant quatre mineures. Le prévenu, qui travaille auprès des jeunes dans un foyer, a prétendu méconnaître l’âge des plaignantes.

Votre employeur sait que vous êtes visé par cette procédure ?” Hochement de tête négatif, suivi d’un grommellement à peine audible. « Ça ne devrait plus tarder…”, cingle du tac au tac un curieux, assis sur un banc reculé de la salle d’audience, en relevant un œil sarcastique vers le prévenu. Dans le mille : une bonne heure plus tard ce mercredi, le tribunal correctionnel de Mamoudzou condamne à trois ans de prison dont deux avec sursis un homme pour recours à la prostitution de quatre mineures, âgées de 14 à 16 ans. Le prévenu, qui, ironie du sort, travaille aussi comme éducateur dans un foyer pour jeunes de l’association Mlézi Maoré, a interdiction d’exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact avec des mineurs pendant dix ans.

L’affaire éclate en août 2019. Un assistant social du collège de M’Tsangamouji apprend d’une jeune fille qu’elle et trois de ses amies, toutes les quatre en situation de fugue ou d’errance, ont logé pendant un temps dans une maison à Tsararano, où elles ont eu des relations consenties avec le propriétaire contre de l’argent. Face à leur refus de réitérer ces rapports, les mineures auraient été mises à la porte. C’est dans un banga à Sada, que l’agent de M’Tsangamouji retrouve le groupe des quatre, visiblement “livrées à elles-mêmes”. À l’issue de leur audition, elles seront finalement placées en famille d’accueil.

 

Un premier rapport contre 50 euros

 

Quelques semaines en arrière, la première de la bande, âgée de 16 ans, croise la route de cet éducateur alors qu’elle lève le pouce entre Combani et Passamaïnty. Abandonnée par son père à l’âge de huit ans, frappée par son beau-père à 14, violée, la jeune fille qui alterne entre la rue et le domicile de son copain depuis 2018 n’en est pas à sa première infortune. Alors, quand le conducteur, derrière le volant de sa voiture, lui propose un rapport sexuel, une fois, puis deux, moyennant “tout ce qu’elle veut”, l’adolescente finit par accepter. Bilan des courses : 50 euros, rapporte la présidente à l’audience en lisant son audition. À noter que ni les plaignantes ni l’administrateur ad hoc de l’aide sociale à l’enfance (ASE) n’étaient présents ce mercredi, ce qui aurait pu motiver le renvoi, comme l’avait d’ailleurs souligné le ministère public en début d’audience.

Deuxième rencontre, quelques temps après, toujours en stop. Alors qu’elle n’a nulle part où dormir, l’homme la ramène dans cette maison de Tsararano et lui laisse 100 euros, car il part en voyage. À son retour, quelle n’est pas sa surprise quand il la retrouve flanquée de ses trois camarades, elles aussi en errance. D’après le prévenu, les quatre refusent de partir. Les auditions des plaignantes livrent toutefois une autre version. “Il nous a réunies et il nous a demandé à toutes les quatre de coucher avec lui”, déclare l’une des plus âgées. Si elles refusent les parties à plusieurs, toutes confirment avoir eu au moins une relation consentie à tour de rôle avec le quadragénaire. “J’ai accepté car je voulais de l’argent, les autres filles attendaient dehors sur la terrasse”, relate un deuxième témoignage, qui confirme les sommes d’argent reçues en retour, comme pour ses amies.

“De l’aide pour acheter des couches”

J’ai couché avec la première, mais les autres il n’y a pas eu d’échange”, se défend gauchement le prévenu en référence aux relations tarifées dont on l’accuse. Et encore, pour la première, “elle m’a demandé de l’aide pour acheter des couches à sa fille”. “Avoir un rapport sexuel, c’est de l’aide pour vous ?”, tance la magistrate. “Donner de l’argent, oui c’est de l’aide”, baragouine l’homme d’un air naïf, qui assure par ailleurs n’avoir pas connaissance de l’âge véritable des jeunes filles. Certaines disaient avoir des enfants, plaide-t-il. Ce qui n’est pas, malheureusement pour lui, gage de majorité, surtout à Mayotte…

Ce qu’il regrette aujourd’hui ? N’avoir pas cherché à vérifier leurs dates de naissance, explique-t-il aux juges. Un détail, qui peut coûter cher en effet ! Si le fait d’accepter des relations sexuelles d’un prostitué en contrepartie d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de 1.500 euros d’amende, la loi prévoit entre trois et sept ans d’emprisonnement et jusqu’à 100.000 euros d’amende dès lors que le prostitué est mineur. Et le tribunal ne marche pas avec l’apparente ignorance du prévenu, censé travailler quotidiennement auprès de jeunes mineurs, dans un foyer de Mlézi…

En vous écoutant, j’ai senti des certitudes avant même l’audience que Monsieur était déjà coupable. (…) Comment peut-on juger une personne s’il n’y a pas de contradiction, alors que de la confrontation jaillit l’étincelle de la vérité ?”, lâche Maître Kamardine, avant de rappeler un précédent encore sensible, celui de l’affaire d’Outreau, fiasco judiciaire des années 2000 qui avait conduit à la détention provisoire, puis à l’acquittement de treize accusés. Mais ses tentatives de prouver la sincérité de son client ne suffiront pas à convaincre le tribunal qui ira dans le sens des réquisitions du parquet.

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