Diffamation : le président du syndicat de pompiers SNSPP-PATS de Mayotte devant le tribunal

À lire également

Justice à Mayotte : “On va tout faire pour que l’histoire de Stam soit la dernière de ce genre”

On l’appelait Stam. Et l’actualité que connaissent les États-Unis comme la métropole quant aux violences policières faites aux noirs ne peut que faire écho à son histoire. Celle d’un jeune père de famille de Mayotte, tué par balle de la main d’un policier le 23 février à Kawéni. 

Rapt de Petite-Terre : après l’appel devant la chambre de l’instruction, case prison et « tournure politique »

Rendue ce jeudi en appel devant la chambre d’instruction de La Réunion, la décision de placer les quatre hommes mis en cause dans l’affaire du rapt de Petite-Terre n’est pas sans soulever de questions selon leur avocat. Me Nadjim Ahamada dénonce notamment une violation des droits de la défense et une motivation politique à l’endroit des divers collectifs contre l’insécurité qui affichent un soutien farouche à ses clients.

Relation sexuelle à 14 ans : une mineure de plus victime des failles de la justice mahoraise

Une simple affaire d’atteinte sexuelle sur une mineure de moins de quinze ans a fini par prendre de l’ampleur au tribunal correctionnel mercredi dernier. Rappelant que le débat sur le consentement, en particulier des mineurs, est toujours cruellement d’actualité, deux ans après l'adoption de la loi sur les violences sexistes et sexuelles. 

Protection animale à Mayotte : « Quand on s’en prend comme ça à des chiens, c’est qu’on n’a plus de limites »

La thématique de la délinquance a mis en lumière, ces dernières semaines, le rapport de jeunes bandes avec les chiens. Torturé par sadisme, utilisé comme arme et objet de rivalités, le « meilleur ami de l’homme » a la vie dure sur le territoire où associations et forces de l’ordre tente tant bien que mal d’endiguer le phénomène.

Après une grève de plusieurs semaines qui a pris fin le 14 septembre 2020, l’ex-directeur du SDIS, le colonel Fabrice Terrien, cible de propos véhéments de la part des pompiers pendant ce mouvement, a décidé de poursuivre en justice le président du syndicat Ahmed Allaoui Abdoul-Karim. L’audience avait lieu ce mercredi au tribunal de Mamoudzou.

C’est un Ahmed Allaoui Abdoul-Karim la mine grise qui s’est présenté à la barre du tribunal correctionnel de Mamoudzou ce mercredi. “Mon rôle, c’est de défendre les droits des sapeurs-pompiers de Mayotte, en tant que syndicaliste. Alors cette situation, là, je suis surpris…je la vis plutôt mal, avec ma famille”, lâche-t-il d’emblée aux juges dans une déclaration spontanée. Le président du SNSPP-PATS Mayotte – pour Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et personnel administratif technique ou spécialisé, il faut s’accrocher – devait répondre des faits de diffamation que lui reproche l’ex-directeur du Service départemental d’incendie et secours 976, le colonel Fabrice Terrien. Ce nom vous dit quelque chose ?

Souvenez-vous, c’était en août 2020. Après un préavis envoyé le 30 juin, les sapeurs-pompiers de Mayotte entrent en grève illimitée pour protester contre leurs conditions de travail… et surtout demander le départ de leur directeur. Les secouristes dénoncent le mépris et le manque de considération du colonel envers ses troupes alors que les casernes, “vétustes”, et dont les portails ne ferment pas toujours, sont prises pour cible par des fauteurs de trouble. Très vite, le conflit se cristallise sur la personne de Fabrice Terrien, directeur depuis bientôt deux ans. Les noms d’oiseaux volent et s’affichent en grosses lettres sur la devanture des casernes et sur les camions qui défilent dans les rues de Mamoudzou.

 

“Il a pris un vol bleu”

 

Si vous étiez à Mayotte pendant cette période, vous n’avez pas pu manquer de croiser ces camions”, rappelle Maître Aurore Baudry, l’avocate du colonel Terrien, lui-même absent à l’audience. La raison est simple : “il a pris un vol bleu”, résume son conseil pour insister sur le préjudice moral et le préjudice d’image subis par l’ex-directeur. “Cela a porté un discrédit sur son professionnalisme et aujourd’hui, il ne peut plus diriger un SDIS.

Loin de tout laisser derrière lui, le fonctionnaire lui-même sapeur-pompier professionnel a décidé dès le mois d’octobre 2020, soit environ deux semaines après la sortie de crise, de poursuivre en justice Ahmed Allaoui Abdoul-Karim pour huit propos diffamatoires publiés sur la page Facebook du SNSPP-PATS et un sur sa page Twitter. Il faut dire que le syndicat ne manque pas d’éloges pour désigner le “Terrien” : “harceleur”, “dictateur”, “démagogue”, “narcissique”, le tout accompagné de photographies des véhicules peinturlurés et d’appels à “quitter les lieux”… “C’est très malheureux de voir qu’un haut gradé soit capable de mentir devant les médias alors qu’il ne veut rien faire pour améliorer la vie de ses hommes”, écrit encore le syndicat dans le commentaire d’un post mentionné à la procédure. Pire qu’un mauvais repas de famille !

 

Publication de la décision sur les réseaux sociaux

 

Bref, le courant ne passe pas. Notamment entre le président du SNSPP-PATS Mayotte et le directeur du SDIS. “Monsieur Allaoui avait déjà tenu des propos très véhéments qui lui avaient valu des poursuites et des sanctions disciplinaires”, fait valoir l’avocate. “On va vous expliquer que ces paroles violentes s’insèrent dans le contexte syndical mais là, elles s’attaquent directement à la personne de Monsieur Terrien, cela dépasse le cadre de la liberté d’expression”, déroule-t-elle.

Quant à la grève en elle-même, le colonel a tenu à rappeler au tribunal que pas moins d’une vingtaine de séances avaient été organisées avec les syndicalistes pendant un an et demi pour entendre leurs revendications. Un argument qu’il n’avait eu de cesse, d’ailleurs, de souligner pendant le mouvement social. Son avocate demande aujourd’hui 5.000 euros pour le préjudice moral et 10.000 euros pour le préjudice d’image, ainsi qu’une publication de la décision sur la page Facebook du SNSPP-PATS Mayotte, sur celle de son entité nationale, sur celle personnelle d’Ahmed Allaoui et sur Twitter.

 

Aucune preuve, selon la défense

 

Ni fait ni à faire !, balaie en substance Maître Alexandre Volz, l’avocat de la défense. “Pour les 90% de sapeurs-pompiers qui ont suivi la grève, leur première revendication était le départ de Monsieur Terrien”, commence-t-il en présentant une petite revue de presse aux magistrats. Surtout, aucune preuve dans le dossier ne permet de démontrer que son client est le seul à avoir écrit les messages sur les comptes Facebook et Twitter du syndicat. L’organigramme se compose de neuf représentants syndicaux, et aucun post n’a d’ailleurs été signé. “Tout ce qu’on vous dit, c’est qu’on ne peut pas poursuivre le syndicat donc on poursuit son président ?” Tacle à l’accusation. Une jurisprudence de la Cour de cassation exclut en effet la poursuite pour diffamation ou injure d’un syndicat, en tant que personne morale. L’affaire a été mise en délibéré et le tribunal rendra sa décision le 24 mars. Ahmed Allaoui repart de la salle d’audience le pas lourd. Et surtout sans commentaire.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte hebdo N°951

Le journal des jeunes

À la Une

La nouvelle stratégie de la ville de Mamoudzou pour renforcer sa lutte contre l’insécurité

Ambdilwahedou Soumaïla, le maire de Mamoudzou, Yann Le Bris, le procureur de la République et les représentants de l’État ont officiellement installé le conseil...

Économie bleue à Mayotte : une stratégie et des ambitions à concrétiser pour éviter le coup d’épée dans l’eau

Ce mardi 13 avril se déroulait le comité de pilotage final de restitution de la stratégie de développement de l'économie bleue de Mayotte. Trois...

La Nuit du Doute : une soirée d’attente pour les musulmans de Mayotte

Les deux nuits précédant le ramadan à Mayotte sont toujours particulières. Le début du mois de jeûne étant indiqué par la lune, la date...

“On restera là jusqu’à ce qu’on voie nos noms sur le panneau” : les demandeurs d’asile manifestent devant le tribunal administratif de Mayotte

Alors qu’ils ont formé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) depuis de longs mois, des demandeurs d’asile originaires de plusieurs...

Hommage à Miki : élèves et parents demandent plus de sécurité aux abords du lycée du Nord

Élèves, parents, personnels éducatif et administratif, membres du rectorat mais aussi autorités civiles, politiques et religieuses étaient réunis ce lundi à la cité du...