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Préfet de Mayotte : « On ne peut pas laisser les enfants dans la rue »

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L’opération « Île morte » lancée par les élus mahorais, ce jeudi, n’est pas forcément du goût du préfet de Mayotte. Si Thierry Suquet se satisfait de la mobilisation, il regrette que les enfants ne puissent se rendre en classe. Entretien.

Flash Infos : Voyez-vous la décision des maires comme un coup de pression ou un appel à l’aide d’élus démunis ?

Thierry Suquet : Au vu de ce qu’il s’est passé pendant ce week-end, je comprends l’exaspération de la population. Cela dit, je disais ce [mercredi] matin qu’elle a vu l’intervention extrêmement forte de la police et de la gendarmerie pour éviter que ces événements et ces émeutes ne dégénèrent. Et quand on tire les bilans aujourd’hui, il y a finalement peu de dégâts et de blessés puisqu’on a une forte présence des forces de l’ordre. Cette présence, on va la maintenir. Le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer (Gérald Darmanin) avait déjà annoncé le maintien permanent d’un quatrième escadron de gendarmerie, parce qu’on était bien conscients de ça.

FI : Ce mouvement semble suivi par les Mahorais.

T.S. : Oui, on a besoin d’une mobilisation de la population. La sécurité, c’est l’affaire de tous. On a besoin des associations de prévention, que les parents et les familles encadrent les enfants, des dispositifs parents-relais. On en met en place au quotidien. C’est le cas de groupes de proximité dans certains secteurs qui échangent de façon régulière avec policiers et gendarmes pour mieux connaître l’état de la délinquance, les endroits où il faut être. Et ça réussit, chacun se rappellera ce qui se passait à Combani et Miréréni, et comment ça a évolué en quelques mois. De même, quand on a fait le bilan des caillassages des bus scolaires avec Transdev, on s’est aperçus que les incidents ont baissé d’un tiers. C’est la conséquence du protocole réalisé avec le Département et les transporteurs pour assurer la sécurité.

FI : Que pensez-vous de la méthode ?

T.S. : Je ne peux pas ignorer qu’un des objectifs des bandes, qui se coordonnent et sur lesquelles on met la pression, est de s’attaquer aux pouvoirs publics. Elles veulent que la gendarmerie et la police abandonnent les espaces publics, qu’on arrête le transport scolaire et qu’on ferme les écoles de façon que les gamins les rejoignent. Ça, c’est inacceptable, ça l’est pour moi, pour la population, pour les élus, les familles ! Nous devons rester présents sur l’espace public. Je comprends que la journée de jeudi doit servir à mobiliser, comme on l’a fait pour la marche blanche après l’incendie de la mairie de Koungou. Est-ce que ça veut dire qu’il faut fermer les écoles et laisser les enfants à la rue toute la journée de jeudi ? Est-que ça veut dire qu’en délaissant les services publics, il faut laisser la place libre aux délinquants ? Je dis non ! Donc [jeudi], je serai attentif à deux choses. On demande premièrement, avec le recteur, que les collèges et lycées restent ouverts pour accueillir les enfants. On ne peut pas les laisser dans la rue. Deuxième point, cette journée ne doit laisser l’occasion pour les délinquants de s’emparer de l’espace public. Quand on a un barrage, on sait que très vite les délinquants le transforment pour racketter les gens et caillasser.

FI : Craignez-vous des débordements ?

T.S. : Je serai vigilant pour respecter le droit de manifester des Mahorais. Ils ont le droit de le faire et je trouve important de se lever contre la délinquance. La mobilisation de tous en faveur de la lutte contre l’immigration clandestine, des décasages… Ces politiques, c’est nous qui les portons, et je suis sensible à ce soutien. Mais en même temps, on ne doit pas casser l’activité économique, le service public, pas mettre l’île dans un état qui va l’empêcher de fonctionner et qui fera le jeu des délinquants.

FI : La décision des maires semble venir d’une inquiétude pour leurs enfants.

T.S. : Mais la sécurité des enfants est assurée dans les écoles ! Vous avez vu sur le terrain, hier [ce mardi 13 septembre], qu’en réponse aux caillassages, on a pris les dispositions pour accompagner les bus dans le nord et ça a circulé normalement. Bien sûr, à Mayotte, il y a du danger, de la délinquance, des bandes organisées, on ne s’en cache pas. Mais aujourd’hui, les enfants sont en sécurité dans les écoles. Sur le long terme, c’est quoi la lutte contre la délinquance et la pauvreté ? C’est l’éducation. Le vrai sujet, c’est d’élever nos enfants dans le respect de la République et de la loi.

FI : Vous avez parlé de renforts avec le quatrième escadron. Mais il est déjà présent sur l’île et les faits continuent de se multiplier.

T.S. : Je vous l’ai dit, les délinquants ne veulent pas lâcher le terrain. Ils veulent détruire le service public, ils veulent empêcher la police d’exercer son action. Donc aujourd’hui, on a des forces en nombre suffisant et important avec la pérennisation du quatrième escadron. Ça nous permet d’être présents dans plus d’endroits, d’intervenir plus vite. Ce sont ces stratégies-là qui nous permettent de diminuer au moins le nombre et l’intensité des événements auxquels on est confrontés. Dites-vous bien une chose, les délinquants n’ont pour le moment pas envie d’arrêter, mais on va leur donner envie.

FI : Pour lutter contre les bandes, vous avez annoncé que les policiers auront des nouvelles armes.

T.S. : Oui, on me demande souvent de faire appel à nouveau au Raid (N.D.L.R. une douzaine d’hommes de cette unité d’élite de la police était à Mayotte pendant dix jours, à la fin du mois de février 2022). Mais les policiers mahorais vont avoir des nouvelles armes similaires au Raid, ils sont en train d’être formés à leur utilisation (N.D.L.R. ils auront également deux drones pour suivre le mouvement des bandes).

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