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L’agriculture bio veut se structurer à Mayotte

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Une trentaine d’agriculteurs sont actuellement accompagnés vers la certification bio par l’Établissement public foncier et d’aménagement de Mayotte. L’objectif : structurer la filière pour répondre à la demande. Même si de nombreux freins persistent.

En 2017, la direction de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (Daaf) rendait publiques ses analyses sur les taux de pesticides relevés dans certains produits de maraîchage. Et révélait notamment des taux 27 fois supérieurs à la norme dans certaines tomates mahoraises. « Ces révélations ont généré une grande défiance chez les consommateurs. Certains assurent d’ailleurs ne plus consommer de produits maraîchers », contextualise Calvin Picker, conseiller pour le développement de l’agriculture biologique au sein de l’Établissement public foncier et d’aménagement de Mayotte (Epfam). C’est notamment pour répondre à la demande en produits bio que l’organisation s’est donnée pour mission de structurer l’agriculture biologique. Une démarche initiée il y a trois ans, grâce à une aide du fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) d’environ 200.000 €. « On a commencé à accompagner les agriculteurs et essayé de comprendre quelles étaient les problématiques locales. La principale est l’absence de traçabilité. Certains agriculteurs ne savent ni lire ni écrire, ils n’utilisent pas de factures et les transactions se font en espèces », souligne Yves Michel Daunar, directeur de l’Epfam. Pour l’organisation, l’un des enjeux est donc de changer ces pratiques.

Trente agriculteurs accompagnés par an

En 2019, l’Epfam a commencé par accompagner treize agriculteurs. Aujourd’hui, trente professionnels supplémentaires sont épaulés sur le volet technique, administratif et dans la recherche de débouchés. « L’idée est désormais d’accompagner en moyenne trente agriculteurs supplémentaires par an », souligne le conseiller de l’Epfam. Pour ce faire, l’établissement bénéficie d’une aide un peu plus conséquente du fonds européen de l’ordre d’un million d’euros. « L’objectif est d’aller plus loin dans l’accompagnement », annonce son directeur. Notamment en créant une pépinière de pousses, avec des semences bio importées, qui permettront aux agriculteurs de mettre directement leurs plans en culture. Depuis le début de l’accompagnement, quatre agriculteurs mahorais ont été certifiés bios. Ils ont démarré sur des terrains en friche. Les autres sont actuellement en conversion.

Assani Boinaidi fait partie des rares agriculteurs bio du territoire. Installé il y a six mois dans sa ferme des Trois litchis, à Bandrélé, il cultive des aubergines, des tomates, du basilic ou encore des salades. « J’ai commencé à faire du maraîchage sur mon toit de 200 m², je plantais des brèdes et des tomates. Puis j’ai été retenu dans le cadre d’un appel à projets, pour s’installer sur une parcelle en friche du pôle agricole de Mro Mouhou, à Bandrélé », relate le maraîcher. Le maire de Bandrélé, Ali Moussa Moussa Ben, souhaitait en effet « développer l’agriculture sur son territoire ». Pour l’agriculteur, qui travaillait en bio, l’idée était d’étoffer ses cultures, d’expérimenter de nouvelles variétés de tomates afin d’identifier les plus résistantes mais surtout, « de mieux valoriser les produits. »

Une volonté partagée par Antoy Abdallah, revenu de métropole il y a trois ans pour se lancer dans l’agriculture. « C’est un métier difficile. Si les produits ne sont pas valorisés, c’est du gâchis. Avoir ce label permet d’être plus rentable. D’autant qu’une grande partie des produits sont déjà bio, il leur manque juste un tampon pour l’attester », estime l’exploitant de Kani-Kéli, qui se spécialise dans la production de vanille, mais également de produits maraîchers comme les aubergines, la patate douce, le piment ou le manioc.

Une absence d’organisme certificateur

Pour autant, certains freins bloquent encore le développement de la filière. L’absence d’organisme certificateur, d’abord, empêche les exploitants agricoles d’être audités et donc d’obtenir le label « Agriculture biologique ». « Il n’est vraiment pas évident de faire venir un auditeur sur place », souligne Calvin Picker. Les semences bio ne sont pas non plus produites sur le territoire. Elles doivent être importées et la rareté de la demande empêche la filière de se structurer. « La réglementation et le cahier des charges ne prennent pas non plus en compte un certain nombre de caractéristiques mahoraises », reconnaît, pour sa part, Thierry Suquet. Mais malgré ses contraintes, le préfet de Mayotte estime que « l’île peut devenir un territoire fertile pour l’agriculture biologique ».

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