Sea Shepherd à Mayotte : “Nous ne sommes pas là pour faire des ronds de jambe, nous voulons des résultats”

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Alors que la fin de la saison cyclonique dans l’océan Indien est prévue, comme chaque année, pour la fin du mois de juin, la météo des dix prochains jours ne sera pas pour autant au beau fixe à Mayotte. En cause, un rare phénomène climatique actuellement en cours dans le canal du Mozambique. Un fait exceptionnel oui, mais pas inquiétant. Directeur territorial de Météo-France, Laurent Floch fait le point. 

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Mayotte : Joseph Rakotoarimalala, destin d’un comptable devenu son propre patron

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À contre-courant. Alors que les associations locales de lutte contre le braconnage des tortues applaudissent la création d’un groupe de coopération opérationnelle fraîchement annoncé par le préfet, l’ONG internationale Sea Shepherd, également engagée à Mayotte depuis 2017, a refusé de rejoindre l’initiative. La présidente de son antenne française, Lamya Essemlali, revient sur les raisons de ce choix. 

Flash Infos : Après des mois d’absence due au confinement, période pendant laquelle le braconnage des tortues a connu une forte recrudescence, quel constat dressez-vous depuis votre retour ? 

Lamya Essemlali : Nous sommes revenus en octobre, après des mois d’absence, dans le cadre de l’opération professionnelle Nyamba (tortue en shimaoré, ndlr.). Et cela a été un carnage puisque cette année, la saison des pontes n’a pas vraiment été surveillée à cause du confinement. Depuis notre retour, il y a cinq semaines, nous avons attrapé huit fois des braconniers en flagrant délit, sur la plage avec des couteaux. Et je ne parle que des fois où nous étions suffisamment discret pour qu’ils ne nous voient pas. Il y a les fois que nous avons loupées parce que nous n’étions pas assez nombreux, et en cinq semaines, nous avons retrouvé sept cadavres. Mais il y a trop de plages à couvrir, et nous nous ne prenons pas un seul jour de congés, nous sommes là douze heures par nuit. Il faut être extrêmement exigeant : une présence dissuasive, c’est toute la nuit. Nous ne dormons pas, nous nous relayons du crépuscule à l’aube. Et cela paye !

FI : Vous avez récemment dénoncé “l’inaction” des gardiens embauchés par le conseil départemental pour patrouiller sur la plage de Moya. Pourtant, ceux-ci ont repris leur activité depuis plusieurs mois… 

E. : Le braconnage continue, y compris sur la plage de Moya, qui est censée bénéficier d’une quinzaine de gardiens. En quatre ans, nous n’avons jamais vu de gardiens rester toute la nuit sur la plage, si ce n’est les nuits qui ont suivi notre communiqué les concernant. On nous dit parfois qu’ils ne patrouillent pas parce qu’ils n’ont pas d’imperméables, parce qu’il fait trop froid ou parce qu’ils ont peur… Je comprends qu’ils aient peur, mais dans ce cas, il faut juste changer de métier. Nous avons assisté à une réunion récemment et nous avons appris que les gardiens étaient équipés de caméras à vision thermique. Bonne nouvelle, mais encore faut-il qu’ils soient sur la plage. Il y a un vrai problème de recrutement des gardiens. Nous en avons même déjà vu camoufler eux-mêmes des cadavres en les enterrant, pour minimiser les statistiques…

FI : Quelles solutions propose alors Sea Shepherd ?

E. : Il existe un plan national d’action de protection des tortues accompagné de 1,4 million d’euros. Le problème c’est que cet argent n’est pas investi dans la surveillance : le budget est là, ils sont 15 gardes pour surveiller Moya, mais nous avons des gens qui ne sont absolument pas motivés, ils sont planqués, et à côté de cela, nous avons des bénévoles qui font le travail à leur place. Donc ce qu’il faut, c’est faire un grand coup de ménage, revoir le système de recrutement. L’année dernière, un braconnier multirécidiviste avait été arrêté à Mayotte, et il s’est avéré que c’était un garde, et le conseil départemental le savait. Ces gens-là devraient être licenciés pour faute grave, mais la collectivité ne prend pas le sujet au sérieux et cela pose des questions de connivence, clairement. Et dans le même temps, nous apprenons à l’issue d’une réunion, mercredi avec le préfet, qu’il a confié la gestion du plan national d’action au conseil départemental… Donc nous ne sommes pas sortis des ronces.

Il faut mettre chacun face à ses responsabilités, et donner à ceux qui ont la volonté les moyens d’agir. Là, nous donnons les rennes à ceux qui ne feront rien et qui n’ont jamais rien fait. Pire, le conseil départemental finance même à hauteur de 227.000 euros la rénovation de la cabane à Moya, pour des gardiens qui sont en train de ronfler, que nous entendons faire des barbecues et écouter de la musique, pendant que nous nous organisons des patrouilles avec l’ASVM (l’association de sécurité villageoise de M’tsamoudou, partenaire de longue date de Sea Shepherd, ndlr.) qui vient du Sud de Grande-Terre spécialement pour nous aider, et dont certains bénévoles n’ont même pas l’eau ou l’électricité chez eux, c’est insupportable. Que les gens qui sont payés pour protéger les tortues le sachent : ils ont le sang des tortues sur les mains, et le conseil départemental les couvre. Avec leur nouvelle cabane, financée avec de l’argent public, les gardiens auront tout le confort, ils ne risquent pas de s’aventurer sur les plages. Et là, c’est open bar pour les braconniers.

FI : Vous avez ainsi refusé de rejoindre le groupe d’action opérationnelle, créé à l’initiative de la préfecture et rassemblant associations, services de l’État et collectivités territoriales. N’était-ce pourtant pas l’occasion de changer la donne et de réorganiser l’ensemble des actions ? 

E. : Lors de la réunion avec le préfet, les autorités et les différentes parties prenantes, nous avons été très déçus de constater que cette réunion a fait la part belle aux déclarations d’intention et il y était mal venu d’aborder tout ce qui fâche. Autant dire que nous n’avions pas notre place. Nous ne pouvons rien construire de tangible sur la base de non-dits et de faux semblants. Nous ne sommes pas là pour faire des ronds de jambe, nous voulons des résultats et les résultats, cela se mérite. Il faut aller les chercher sur le terrain, ce terrain qui a été cédé aux braconniers depuis des années, précisément par ceux qui étaient censés l’occuper. Que ce soit à Mayotte ou ailleurs, nous avons pour habitude de nous unir uniquement avec des acteurs que nous pensons dévoués et sincères dans la lutte contre le braconnage. Nous n’avons aucune confiance ni aucune estime pour le conseil départemental qui jusqu’ici n’a fait que la preuve de son incompétence totale et de sa complaisance coupable vis-à-vis des braconniers de tortues. Les gardiens ne manquent pas de moyens comme ils l’affirment, ils manquent de courage et de dévouement.

Le préfet n’a même pas demandé de comptes sur le bilan du conseil départemental depuis toutes les années où il est chargé de protéger les tortues. C’est une erreur stratégique fondamentale et nous n’y participerons pas. Nous ne faisons pas disparaître les problèmes en les passant sous silence. Cette « union » se fera donc sans nous. Il a été décidé de ne pas faire du braconnage une priorité. J’accorde tout de même le bénéfice du doute au préfet sur le fait qu’il veuille enrayer le braconnage, mais je crois qu’il n’a pas bien identifié qui faisait quoi, ni le niveau d’imposture de certains.

FI : Comment allez-vous alors poursuivre vos actions de lutte contre le braconnage à Mayotte ? 

E. : Sea Shepherd intensifiera ses patrouilles en 2021 sur Petite et sur Grande-Terre, avec encore plus de moyens humains et technologiques. Nous avons déjà effectué plus de 1.200 patrouilles à ce jour, soit près de 15.000 heures passées sur les plages. Nous partagerons toutes nos données utiles avec certains agents clés si celles-ci peuvent aider à procéder à des arrestations. Nous ne doutons pas que des personnes de bonne volonté au sein des pouvoirs publics existent, encore faut-il qu’on leur donne les moyens d’agir et cela va de pair avec le fait de déloger les imposteurs.

Découvrez le dossier consacré au braconnage des tortues dans le nouveau numéro de Mayotte Hebdo, à lire gratuitement sur www.mayottehebdo.com.

Le conseil départemental réagit

À l’heure où la préfecture mise sur la coopération, le conseil départemental a salué l’initiative de la préfecture, s’estimant “chanceux” de pouvoir compter sur le travail des associations, tout en déplorant une entente “cafouillée” : “Nous sommes présents sur le site à partir de 15h jusqu’à 8h du matin, seulement il y a une espèce de concurrence qui s’est installée entre nous et certaines associations, notamment Sea Shepherd. C’est une guéguerre entre patrouilleurs sur la plage. Nous invitions tous ceux qui le veulent à venir sur la plage et ils verront que nous sommes là toutes les nuits.” Saindou Dimassi, directeur de l’environnement et du développement durable au sein du conseil départemental, estime quant à lui que la recrudescence du nombre de braconnages à la suite de la suspension des patrouilles à Moya, en plein confinement, atteste de l’action menée par les gardiens en temps normal. S’agissant du manque de moyens souvent pointé du doigt par les gardiens, il avait été remis sur la table lors de la grève express, début novembre, et devrait être revu à la hausse. Jadis, ils étaient au nombre de 200 à veiller, en bateau ou en voiture, sur les différents sites de pontes de l’île. Mais désormais, ils ne sont plus que 20, répartis à Moya et sur la plage de Charifou, près de Majicavo. 

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