La loi sécurité globale : des forces de l’ordre mahorais satisfaits et des journalistes inquiets

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Vendredi dernier, l’Assemblée nationale a voté l’adoption de la loi sécurité globale qui suscite l’indignation du monde des journalistes, soutenus par la population. Elle irait à l’encontre du travail des journalistes, mais les forces de l’ordre et les parlementaires se veulent rassurants : la liberté de la presse ne serait pas atteinte.

C’est une vague d’inquiétude qui s’est installée dans tout le pays depuis vendredi dernier. Les députés ont adopté l’article 24 de la loi “sécurité globale” qui prévoit de pénaliser d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende la diffusion d’image d’un policier, gendarme ou militaire en plein exercice lorsqu’elle porte “atteinte à son intégrité physique ou psychique”. L’adoption de cet article a suscité l’indignation de la population qui a manifesté dans les rues de Paris, Marseille, Montpellier, pour ne citer qu’eux. Dans le 101ème département, la nouvelle n’a pas provoqué autant de polémiques, mais les forces de l’ordre se sentent tout aussi concernés. “Nous sommes plutôt satisfaits dans le sens où cette loi est destinée à protéger l’identité des fonctionnaires de police sur le terrain, mais cela n’empêche en aucun cas les journalistes de filmer”, selon Aldric Jamey, délégué départemental du syndicat Alternative police à Mayotte. En effet, le travail des journalistes est au coeur des vifs débats. La population en général et les journalistes en particulier redoutent une atteinte à la liberté de la presse.

Le président du groupe La République en marche, Christophe Castaner, a alors souhaité déclarer son “amour” aux journalistes dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche. “Chers journalistes.. Il est hors de question pour nous comme pour quiconque de s’immiscer dans vos salles de rédaction, dans vos reportages ou sur vos réseaux sociaux. Tout comme il n’est pas question de vous demander de vous accréditer pour pouvoir couvrir une manifestation”, rassure-t-il. Sans grande surprise, l’article de la discorde fait l’unanimité auprès des syndicats de police qui souhaitent également rassurer la presse. “Si on veut protéger les libertés, il faut que les policiers soient aussi protégés. Mais cet article n’entrave en rien le travail des journalistes. Ils auront toujours le droit de participer aux manifestations et ils seront toujours protégés par les policiers”, souligne Bacar Attoumani, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police Nationale 976.

Les parlementaires mahorais en faveur de la loi

La député de la majorité, Ramlati Ali, ne s’en cache pas, elle a voté pour le projet de loi “sécurité globale” et notamment pour l’article 24. “Nous voulons mettre en sécurité les forces de l’ordre et leurs familles qui subissent aussi des pressions parce le policier ou le gendarme a juste fait son travail.” Même son de cloche du côté du sénateur Thani Mohamed Soilihi qui se prononce en faveur de ce texte. “J’estime que c’est une bonne loi, car elle vise les personnes malintentionnées. Dans la mesure où la précision sur le droit d’informer a été apportée, je trouve qu’elle n’entrave pas la liberté de la presse.”

Cette précision a été rajoutée à la suite de vifs débats dans les médias et sur les réseaux sociaux. Néanmoins, cette modification ne change en rien l’avis des directeurs de groupes de presse, des collectifs et des journalistes qui qualifient cette loi de liberticide. Mais selon le sénateur mahorais, “la polémique est inutile. Les gens qui ne sont pas malintentionnées ne devraient pas se sentir menacés par cet article”. Malgré leur position ferme, les deux parlementaires disent comprendre l’inquiétude des journalistes. “Mais mettons-nous à la place des forces de l’ordre. Ces derniers temps pour un oui ou pour un non, nous avons des personnes qui ont constamment leurs caméras braquées sur eux attendant la moindre bavure”, tempère la députée Ramlati Ali.

Une situation sécuritaire qui restera inchangée ?

Les principaux concernés par cet article 24 accueillent la nouvelle avec beaucoup de réserve. “Ce n’est pas grâce à cet article que je vais me sentir plus en sécurité. Nous n’avons pas besoin d’images sur internet pour que des fonctionnaires de polices soient menacés”, indique Aldric Jamey, le délégué départemental d’Alternative police 976. Il rappelle l’agression des policiers à Mayotte l’année dernière, alors qu’ils faisaient leur jogging habituel. “Le seul moyen de se sentir plus en sécurité est surtout d’avoir des moyens mais aussi d’avoir une réponse judiciaire plus importante et plus adaptée”, ajoute-t-il. Son collègue croit toutefois que la médiatisation de cette loi pourra leur être bénéfique. “Le fait de publier les images des forces de l’ordre sur les réseaux sociaux a toujours été interdit, mais n’a jamais été respecté. Cette médiatisation entraînera peut-être l’application des sanctions prévues”, espère Abdel Sakhi, délégué départemental adjoint d’Alternative police 976.

Malgré les précisons et prises de paroles des membres du gouvernement et de Christophe Castaner pour rassurer la population, les craintes et les doutes ne se dissipent pas. Bacar Attoumani estime qu’il faut plus de pédagogie autour de cette loi. “Je pense qu’il faut trouver le bon contour. Il y a une incompréhension autour de cette loi, mais je ne pense pas qu’il faille aller systématiquement aux oppositions. Quand les choses sont mal expliquées, nous pouvons avoir des doutes. Il faut donc être très clair sur la question.” Le succès de la loi “sécurité globale” auprès de l’Assemblée nationale est cependant à relativiser. Pour rappel, son article 24 a été adopté avec 146 voix pour et 24 voix contre, sur un total de 577 députés. Plus de la moitié des parlementaires étaient donc absents le jour du vote, à l’instar de Mansour Kamardine. La stratégie a donc été payante pour le gouvernement.

 

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