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Un essai bio-liquide à Électricité de Mayotte avec de l’huile de colza

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Depuis une semaine, EDM réalise un essai bio-liquide sur l’un de ses moteurs. Moins polluant, l’huile de colza pourrait dans un avenir proche remplacer de manière pérenne le gasoil pour la production de l’électricité sur l’île aux parfums. Immersion dans la centrale des Badamiers.

Casque blanc vissé sur le crâne et bouchons dans les oreilles, Anrifou Attoumani dandine sa tête au bruit fracassant des moteurs de la centrale des Badamiers mise en service en 1987. Après un rapide tour du voisinnage pour présenter un container isotank et les réservoirs de stockage, le chef de section maintenance pénètre dans la chambre forte d’EDM sur Petite-Terre, surveillée scrupuleusement depuis la salle de commande où un agent suit le niveau de consommation et celui des cuves. En plein cœur de ce réacteur électrique, un grand panneau d’affichage indique fièrement « Essai bio-liquide sur l’un des moteurs de l’Électricité de Mayotte ». L’essence même de cette visite privilégiée.

Il faut dire que le projet ne date pas d’hier. À peine en poste, le directeur général Claude Hartmann propose de ancer ce pari fou, sur un territoire qui se repose à 95% sur les énergies fossiles. Nous y voilà ! Depuis le mercredi 2 juin et pour une durée d’un mois, le groupe G6, un 6R32 du constructeur Wärtsilä pour les spécialistes, tourne à l’huile de colza. « Le moteur gasoil a basculé sans tousser », ironise le responsable. « En neuf mois, nous sommes passés d’une idée à une réalisation. C’est une première dans l’océan Indien. »

 

264 tonnes acheminées

 

Le choix du colza est, quant à lui, tout sauf anodin. Il respecte la norme européenne EN 14214 et la directive européenne RED II. « Le bio répond à ces deux critères », assure Echat Nourdine, la cheffe du projet, entre deux diapositives. Et surtout, la plante à fleurs jaunes a « un cycle de culture d’un an » et ne nécessite pas de « labour pour favoriser la bioversité ». Après le pressage et le conditionnement en métropole, il a fallu acheminer les 264 tonnes d’esters méthyliques d’huiles végétales, soit l’équivalent de 307 mètres cubes, jusqu’à Mayotte pour mener à bien cette expérience… Pour cela, EDM a pu compter sur son fidèle partenaire, à savoir Total qui a géré l’approvisionnement et la logistique.

 

Du positif et du négatif

 

À ce jour, les premiers résultats s’avèrent d’ores et déjà concluants. « Nous allons effectuer un prélèvement d’huile pour analyser la dégradation des pièces et les traces d’étain », précise Echat Nourdine, au moment de montrer à l’assemblée des flacons jaunâtres. Point positif ? Le gain en émissions de dioxyde de carbone. De quoi envoyer aux oubliettes les quelque 150.000 tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère annuellement. « Le bio-liquide n’émet quasiment pas de gaz à effet de serre », se réjouit Claude Hartmann. Aspect négatif ? Le plus faible pouvoir calorifique inférieur (PCI) du bio-liquide représente une augmentation de la matière première de l’ordre de 13%. « Il faut 216 grammes de gasoil pour produire un kilowattheure, contre 245 grammes d’huile de colza », détaille la cheffe de projet. Sans compter le prix d’achat qui s’avère un peu plus élevé sur le papier. Toutefois, une nuance reste à préciser : « En nous basant sur les textes, nous ne paierons plus de taxe carbone. »

 

Objectif 100% d’ici 2028

 

Reste à transformer l’essai dans l’espoir de décarboniser totalement l’électricité du 101ème département. Inscrite dans le projet de plan pluriannuel de l’énergie 2019-2023 et 2024-2028, la conversion à 100% à l’huile de colza des deux centrales pourrait devenir réalité à court terme : 2023 pour les Badamiers et 2025 pour Longoni, en raison des coûts (nouvelles infrastructures stockages et pipelines principalement). « Ce serait une bonne nouvelle pour Mayotte, cela voudrait dire que ça bouge », se prend à rêver Claude Hartmann. Seul bémol : ce n’est pas EDM mais l’État qui a la main sur ce type de décision. « La question de ce changement pérenne va être administrative et non pas technique. » Peu importe, en bon chef de centrale des Badamiers, Houmadi Ousseni Ali s’y voit déjà et envisage l’avenir d’un bon œil. « Nous nous préparons », admet-il, en ne lâchant pas des yeux les écrans de contrôle. De bonne augure pour la suite alors que EDM recense une croissance annuelle de consommation de 3%.

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