Diffamation de Kwezi FM et Patrick Varela à l’encontre de la CCI : les bisbilles du port débarquent au tribunal

À lire également

Justice à Mayotte : “On va tout faire pour que l’histoire de Stam soit la dernière de ce genre”

On l’appelait Stam. Et l’actualité que connaissent les États-Unis comme la métropole quant aux violences policières faites aux noirs ne peut que faire écho à son histoire. Celle d’un jeune père de famille de Mayotte, tué par balle de la main d’un policier le 23 février à Kawéni. 

Rapt de Petite-Terre : après l’appel devant la chambre de l’instruction, case prison et « tournure politique »

Rendue ce jeudi en appel devant la chambre d’instruction de La Réunion, la décision de placer les quatre hommes mis en cause dans l’affaire du rapt de Petite-Terre n’est pas sans soulever de questions selon leur avocat. Me Nadjim Ahamada dénonce notamment une violation des droits de la défense et une motivation politique à l’endroit des divers collectifs contre l’insécurité qui affichent un soutien farouche à ses clients.

Relation sexuelle à 14 ans : une mineure de plus victime des failles de la justice mahoraise

Une simple affaire d’atteinte sexuelle sur une mineure de moins de quinze ans a fini par prendre de l’ampleur au tribunal correctionnel mercredi dernier. Rappelant que le débat sur le consentement, en particulier des mineurs, est toujours cruellement d’actualité, deux ans après l'adoption de la loi sur les violences sexistes et sexuelles. 

Protection animale à Mayotte : « Quand on s’en prend comme ça à des chiens, c’est qu’on n’a plus de limites »

La thématique de la délinquance a mis en lumière, ces dernières semaines, le rapport de jeunes bandes avec les chiens. Torturé par sadisme, utilisé comme arme et objet de rivalités, le « meilleur ami de l’homme » a la vie dure sur le territoire où associations et forces de l’ordre tente tant bien que mal d’endiguer le phénomène.

La Chambre de commerce et d’industrie accuse le patron de Kwezi et un prestataire, usager du port de plaisance, de diffamation pour des propos tenus en décembre 2017 et février 2018. L’établissement qui gère le port de plaisance demande 10.001 euros pour son préjudice moral. Le tribunal doit rendre sa décision mercredi prochain.

On pourrait croire que l’eau a coulé sous les ponts, surtout depuis que la Chambre de commerce et d’industrie de Mayotte a remporté, en bonne et due forme, le marché pour la gestion du port de plaisance de Mamoudzou, en février dernier. Que nenni ! Ce mercredi s’ouvrait au tribunal correctionnel le procès en diffamation qui oppose la CCI, partie civile dans le dossier, à Patrick Millan, directeur de Kwezi FM et Patrick Varela, usager du port – qui détient aujourd’hui le catamaran Éole 1er. La pomme de la discorde ? Des faits de diffamation, datant de décembre 2017 et février 2018.

À l’époque, Patrick Varela, qui offrait déjà des prestations sur le lagon via ses quatre bateaux, s’était rendu à deux reprises sur le plateau de Kwezi FM pour dénoncer une situation jugée “inacceptable”. Tarifs “illégaux” et exorbitants, pas d’investissement dans l’infrastructure, apparemment vétuste, absence de sanitaires corrects, voire même menaces contre les usagers… Pire, la CCI, gestionnaire du port depuis sa création en 1995, ne disposait en réalité plus de contrat : sa DSP (délégation de service public), ayant pris fin en 2011, faisait l’objet chaque année de petits avenants d’un an – huit, tout de même ! – dans l’attente d’un nouvel appel d’offres. Bref, la tempête faisait rage, et ce, jusque dans les studios de Kwezi. Problème pour Patrick Millan : diffusées en direct, ces émissions “Temps de parole” ont par la suite été mises en ligne, et c’est notamment pour cette raison que le patron de la chaîne est poursuivi dans cette affaire.

“Personne ne viendra m’attaquer”

Parmi les 15 passages balancés sur la toile et qui ont fait l’objet d’une poursuite, l’on retrouve ainsi pêle-mêle : “on ne peut pas laisser des gens comme ça, ce sont des voyous”, “c’est avenant, sur avenant, c’est un délit de favoritisme entre le conseil départemental et la CCI”, “pour moi, ce n’est pas nous les voleurs, les 690.000 euros en trois ans, on ne sait pas où ils sont passés”, “ils rackettent et menacent les gens”, ou encore, “on peut venir m’attaquer, mais personne ne viendra m’attaquer, vous le savez…

Manque de pot, la CCI a bien décidé d’engager des poursuites, qui ont donc abouti ce mercredi à une audience en correctionnelle. Maître Benoît Derieux, conseil de l’établissement délégataire, a rassemblé six imputations distinctes, pouvant relever de la diffamation : le délit de favoritisme ; les infractions supposées ; l’absence de prestation en échange du paiement des redevances ; la mise en danger de la vie d’autrui par l’état du ponton ; le “racket”, des plaisanciers ; et la “gestion erratique” du personnel. Et la Chambre d’argumenter, comme elle l’avait d’ailleurs déjà fait par le passé, que les avenants successifs ne permettaient pas des investissements d’envergure, ou encore qu’une poignée de prestataires refusaient de payer la redevance. “Si le fait de venir demander à M. Varela de payer sa redevance s’apparente à du racket, Monsieur a un problème de vocabulaire”, raille l’avocat, qui demande 10.000 euros au capitaine d’Eole 1er et un euro symbolique ainsi que la suppression des vidéos en ce qui concerne Patrick Millan.

 

Des tarifs “entachés d’illégalité

 

À charge désormais pour l’intéressé d’apporter les preuves de ce qu’il a avancé… Une mission ardue, qui plus est quand les accusations formulées sont parfois graves. Mais le prévenu n’en démord pas : “Je n’ai aucune animosité contre la CCI, mais quand je vois des gens qui sont malhonnêtes…”, commence à se défendre le chef d’entreprise, les bras tannés par des années de soleil et d’écume. “C’est inadmissible, c’est un comportement de voyou, je ne sais même pas si voyou est le bon terme, mais c’est inacceptable”, réitère-t-il à la barre. “Mais est-ce qu’il y a eu une condamnation pénale, par exemple pour le délit de favoritisme, le détournement de fonds, la mise en danger de la vie d’autrui ?…”, l’interroge le président. Il aura fallu une courte suspension d’audience pour s’en assurer : un employé du port a en effet écopé de 5.000 euros d’amende pour abus de confiance… au préjudice de la CCI. “Cela ne rend pas la CCI auteure ou complice de ces faits-là”, balaie Maître Derieux.

 

Top départ

 

Maître Nadjim Ahamada pour la défense de Patrick Millan aura bien tenté de plaider la prescription, et Maître Yanis Souhaïli, le conseil de Patrick Varela, son rôle de lanceur d’alerte… Difficile de prouver chacune des six imputations proférées. Et ce, malgré une note de l’avocat de la CCI lui-même reconnaissant des tarifs “entachés d’illégalité”, différentes attestations des plaisanciers, ou encore les huit années qu’il aura fallu au conseil départemental pour renouveler l’appel d’offres. “Vous avez compris, quelle est la limite entre la liberté d’expression et la diffamation ?”, a demandé un assesseur au prévenu. “Si, j’ai compris qu’en gros, il faut se taire”, lâche Patrick Varela avec amertume. L’affaire est mise en délibéré et le verdict doit être rendu mercredi prochain. En attendant, le prestataire ne cache pas ses velléités de départ. “Je quitte Mayotte parce qu’on m’a écrasé, on m’a affaibli.” Hissez la grand-voile ! Heureusement que le capitaine n’a vendu que trois de ses quatre bateaux…

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayottehebdo n°960

Le journal des jeunes

À la Une

Issihaka Abdillah : « Le paysage politique mahorais est encore très incertain »

À l’annonce des résultats du scrutin pour ce premier tour des élections départementales, certains candidats de l’île étaient déjà en train de nouer les...

Medef : Carla Baltus et sa liste reconduites à l’unanimité à Mayotte

Sans surprise, la présidente sortante du Medef Mayotte a été réélue par les adhérents du syndicat patronal. Elle repart donc pour un mandat de...

Abstention à Paris, renouvellement à Mayotte

Au centre du jeu politico-médiatique, le chef de l’État, Emmanuel Macron, doit scruter les élections départementales et régionales avec une attention particulière. C’est un...

Après plus d’un an d’absence, les cafés Naturalistes signent leur grand retour à Mayotte

Crise sanitaire oblige, les Naturalistes de Mayotte ont dû mettre en stand-by leurs conférences mensuelles, qui signent leur retour ce mardi 22 juin au...

Le cabinet mahorais de conseil au service de l’entrepreneuriat féminin depuis 20 ans

Le 15 juin dernier, le cabinet mahorais de conseil soufflait ses vingt bougies. L’occasion pour sa fondatrice et gérante, Sanya Youssouf, de rappeler son...