Service social du rectorat : une prise en charge des jeunes, mais un manque de moyens humains

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Le service social du rectorat de Mayotte a publié un bilan de l’action sociale dans l’académie de Mayotte sur l’année scolaire 2019-2020. Malgré le confinement et la fermeture des écoles, les assistants sociaux ont tenté de continuer d’assurer leurs missions. Véronique Séjalon, conseillère technique supérieure de service social, revient sur le travail actif de ses collaborateurs sur un territoire compliqué et souligne le manque criant de suivi, une fois les signalements faits.

47.175 élèves. Voilà le nombre de jeunes scolarisés dans les 22 collèges et les 11 lycées de Mayotte. Un chiffre qui ne fait qu’augmenter, année après année. Et si cette hausse est un vrai défi au niveau de l’enseignement, elle l’est aussi du côté de l’aide sociale. Le service compte 24 assistants sociaux, couvrant chacun un ou deux établissements, en fonction de la taille de ces derniers. Extrêmement sollicités, ces agents du social ont pris en charge 13.622 élèves, soit 28,8% des élèves du second degré, sur l’année 2019/2020, malgré la fermeture des écoles pendant près de deux mois.

Mais comment s’organise toute cette équipe ? Les AS sont d’abord présentés à tous les élèves de la sixième à la seconde, afin qu’ils sachent vers qui se tourner et pourquoi. Ensuite, différentes interventions ont lieu dans les classes, ou dans des niveaux entiers, dans lesquelles les agents sociaux sont souvent accompagnés de l’infirmier ou du CPE de l’établissement. Pendant ces rencontres peuvent être abordés la vie affectueuse et sexuelle, le harcèlement, mais aussi l’accès au droit. Des moyens “de nous faire connaître et de libérer la parole ». « Ces ateliers aident certains jeunes à prendre conscience de leur situation et d’avoir le droit d’en parler.” Des actions de prévention sont aussi menées pour les parents, afin de faire du “soutien à la parentalité” en cas de difficulté, comme l’absentéisme. Souvent considérés comme une première prise de conscience de sa mise en danger, les ateliers sont très importants pour créer un lien de confiance avec les élèves. Dont le but est de les pousser à venir exposer leurs propres problématiques et obtenir un accompagnement adapté (pas moins de 21.502 entretiens ont pu être menés au cours de la période).

 

Une demande d’accompagnement diverse

 

Si la demande est grande, elle est aussi très large. On note tout d’abord que 74% des demandes émanent des collèges. Les problématiques des élèves concernent d’abord des difficultés sociales et économiques. 73% des sollicitations du SSFE sont de cet ordre. Selon Véronique Séjalon, il s’agit d’un phénomène qui était particulièrement criant pendant le confinement. Les élèves n’ayant pas accès directement aux AS dans leurs bureaux pour parler de leurs problèmes, “la majorité des sollicitations a essentiellement concerné des demandes de bons alimentaires”. L’équipe du pôle social du rectorat a toutefois aussi fait remonter des situations semblables aux années précédentes, comme les difficultés familiales et les violences intra-familiales, souvent précurseurs de comportements à risque chez les jeunes. Les assistants sociaux constatent un manque de communication dans les familles, qui engendre souvent une perte de repères.

D’autres problématiques sont frappantes sur l’île selon cette spécialiste du social, qui a déjà travaillé dans différents rectorats en métropole. “À Mayotte, nous comptons de nombreuses fugues, alors que d’habitude, cela reste à la marge. Il y aussi les grossesses précoces ou l’émergence de la prostitution.” Des problématiques qui nécessitent beaucoup d’attention, notamment au niveau des jeunes filles, qui finissent par venir chercher de l’aide auprès des agents sociaux. Elles sont 50 à avoir fait l’objet de suspicion de prostitution ou à déclarer elle-même qu’elles avaient monnayé leur corps pour un toit, un peu de nourriture ou quelques vêtements. Sans oublier l’accompagnement de nombreuses familles pour les aiguiller dans leur accès au droit, afin d’effectuer leurs démarches. Souvent, ce sont les jeunes eux-mêmes qui vont se renseigner. En effet, passé 18 ans, le manque de papier peut s’avérer être un problème pour poursuivre leur scolarité, notamment pour ceux souhaitant étudier à La Réunion ou dans l’Hexagone.

Les problèmes liés à la scolarité sont eux aussi nombreux. Les difficultés scolaires et le décrochage concernent de nombreux élèves, qui finissent par avoir “le syndrome de l’absentéisme (11.6% des signalements, ndlr), parfois même sans que les parents ne soient au courant”. Certains d’entre eux préfèrent même prendre le chemin de la violence, ne trouvant de réponses à leurs questions nulle part. Souvent pour ces jeunes, “l’école ne fait pas sens”, déroule Véronique Séjalon. “Il faut essayer de comprendre d’où cela vient. Ce sont des comportements souvent liés à d’autres choses comme l’accumulation de trop lourdes lacunes ou une situation familiale instable. Des instances de concertation ont été mises en place dans les établissements pour permettre aux équipes de faire remonter plus facilement les situations des élèves au service social pour qu’ils puissent être pris en charge. »

 

Beaucoup d’efforts mais un manque de personnel

 

Une fois les signalements faits par le service social, il existe deux niveaux de prise en charge. Si l’information préoccupante ou IP concerne la maltraitance ou des violences sexuelles, une aide judiciaire est mise en place. “Une mesure d’éloignement peut être prononcée le jour même, le temps d’une enquête sociale et/ou, de gendarmerie.” Le juge des enfants est aussi saisi lorsque le jeune se met en danger lui-même. Du côté judiciaire, le suivi est effectif selon Véronique Séjalon, même s’il est parfois un peu lent.

Du côté administratif cependant, des trous sont encore à combler. Dans certaines situations, lorsque la famille est d’accord, une aide éducative administrative peut être mise en place afin d’aider à recréer le contact dans les familles. Toutefois, l’île semble manquer d’éducateurs et nombreuses de ces demandes d’AED n’aboutissent pas. Selon le bilan de l’année passée, seuls quatre demandes sur 70 se sont couronnées de succès. “Les rapports sont faits, mais rien ne se passe et finalement, les situations se dégradent petit à petit. Cela manque de suivi, les éducateurs doivent être démultipliés”, se désole la conseillère technique supérieure de service social. “Nous manquons de personnel, mais il faudrait s’en donner les moyens !”, ajoute-t-elle. En effet, un développement du service social serait une manière de travailler plus efficacement et d’avoir moins de dossiers à gérer en même temps pour les AS et éviter “l’épuisement moral”. Si elle réclame plus de moyens humains, Véronique Séjalon ne se laisse toutefois pas abattre. “Je répète à mes équipes que si nous avons fait bouger la situation pour deux, trois jeunes, c’est déjà bien et il ne faut pas s’arrêter là.” Un message d’espoir malgré les complications liées aux réalités de l’île. Et pour soulager le secteur “très lourd” du sud, un nouveau poste sera créé à la rentrée à Sada.

Véronique Séjalon doit donc se lancer dans une nouvelle phase de recrutement, chose qui n’est pas facile sur le territoire où certains entrent par concours et d’autres par la voie de la contractualisation. Mayotte compte désormais une formation en assistance sociale, des AS formés sur l’île pourront donc bientôt entrer dans le service social du rectorat, s’ils le souhaitent.

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