Younoussa Abaine, directeur de la médiation et de la cohésion sociale au conseil départemental

Younoussa Abaine, directeur de la médiation et de la cohésion sociale au conseil départemental

Directeur de la médiation et de la cohésion sociale en charge du service cadial au conseil départemental, Younoussa Abaine s'inquiète de voir de plus en plus de jeunes mahorais se désintéresser de l'éducation, tant religieuse que laïque. Face à cette rupture culturelle, le responsable estime urgent de se mobiliser.

 

Mayotte Hebdo : L'éducation coranique occupe-t-elle toujours une place importante dans l'éducation des jeunes aujourd'hui ?

Younoussa Abaine : Non, ce que l'on déplore aujourd'hui c'est que par rapport aux anciens, les jeunes Mahorais ont complètement perdu leurs repères et leurs valeurs. Cela s'explique en partie parce qu'ils vont de moins en moins à l'école coranique et c'est dû à plusieurs choses. La première est l'évolution de la société : les enfants vont désormais à l'école (laïque, ndlr) tous les jours, ce qui leur laisse moins de temps pour la madrasa. Le rythme scolaire est un premier frein, mais on voit aussi que les jeunes s'intéressent moins à l'école au sens large. Le niveau scolaire a beaucoup baissé et on voit de moins en moins de jeunes ambitieux. Aujourd'hui les enfants sont gâtés, ils ont tout à la maison : l'ordinateur, le portable, etc. Ils pensent davantage à leur plaisir et leur amusement, plutôt qu'à préparer leur avenir. Pourtant, ils doivent devenir de futurs adultes, mûrs, responsables, qui par leur éducation et leur intelligence, font avancer la société. C'est pour cela que je suis convaincu de la nécessité de préserver l'école religieuse à Mayotte.

MH : Comment faire si la fréquentation des madrasa est en baisse ?

YA : Il faut qu'il y ait un véritable échange entre tous les acteurs : les institutions, les collectivités, les élus, les parents, les madrasa, etc. Et pas seulement sur la formation professionnelle. Tous doivent chercher à comprendre comment notre société évolue pour trouver les mesures adaptées à la construction de l'avenir de la jeunesse. Par exemple, il n'est pas normal de laisser les terrains de sport allumés toutes les nuits. Oui, l'enfant doit pratiquer une activité physique, mais il doit aussi parfois être sérieux et étudier ses leçons. Il faut se réveiller et mettre le paquet là-dessus, car nos enfants sont en danger : il y a de la violence dans les établissements scolaires, des bagarres entre bandes rivales, certains jeunes y amènent des couteaux, etc. Les enfants ne se sont même pas conscients de l'ampleur de ces agissements parce qu'ils pensent que tout leur est permis.

MH : L'éducation religieuse permettrait-elle d'éviter cela ?

YA : Ce qui est sûr, c'est que tout enfant a besoin d'une éducation morale, et il ne la trouve pas toujours au sein de l'école de la République. C'est pourquoi je pense que l'éducation religieuse est tout à fait nécessaire pour accompagner les jeunes. L'islam peut leur apprendre à se respecter eux-mêmes, à respecter les autres pour ne pas leur nuire, car il prône la tolérance. Je dis toujours que l'ignorance est la cause de tous les maux, notamment de la violence. On parle aujourd'hui de Mansour Kamardine, de Saïd Omar Oili, etc., mais s'ils en sont là, c'est parce qu'ils ont reçu une éducation, un cadre, des repères, comme les anciens.

 

Lire le dossier 'Les écoles coraniques au XXIème siècle' : https://www.mayottehebdo.com/reader/1869

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