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Alain-Kamal Martial : « La pauvreté de Mayotte est une pauvreté de tiers-monde »

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Amour, sexe & séduction

Un salouva pour souligner les formes, une danse pour être sexy, des regards et des senteurs, ou encore des soins du corps : à Mayotte, la séduction est un art. Mais comme tout dans cette société en constante évolution, cette séduction change et s'adapte, tout en gardant ses caractéristiques. Une séduction qui s'encanaille aussi, car aujourd'hui le sexe est de moins en moins tabou sur l'île aux parfums. Et si la pudeur est encore de mise, on hésite de moins en moins à se faire plaisir avec des jouets coquins. À l'occasion de la Saint-Valentin, Mayotte Hebdo s'est penchée sur les petits secrets des unes et des autres. Croustillant !

Le voulé: toute une histoire

Amical, politique, pédagogique, sportif ou encore électoral, mais toujours festif : à mayotte, le voulé se consomme à toutes les sauces. mais si l'évènement est courant, pour ne pas dire obligatoire, peu savent à quand il remonte et quelles sont ses racines.

Tradition : la circoncision, ça se fête ! 1/3

On entend un peu tout sur la circoncision, affolant parfois certains et heurtant d'autres cultures. Les anciens sont pour, les nouvelles générations aussi, mais à condition que la pratique soit fiable et exercée par un professionnel de la santé, loin de ce qui se faisait jadis. D'autres plus réticents s'interrogent : Est-ce dangereux ? Pourquoi le jeune garçon doit être circoncis ? Comment se déroule l'acte ? Et de l'autre côté, qu'en est-il des événements religieux et culturels en lien ? Mais en fait, tout simplement, la circoncision, quésaco ? Quelle place tient-elle dans notre société mahoraise ? Autant de questions qui subsistent. Réponses dans notre série de la semaine.

 

« J’ai mis du temps à réaliser que je devenais une prostituée »

À 25 ans, Naima* est maman d'un garçon de dix ans. Ayant arrêté l'école au collège après sa grossesse, l'habitante de Trévani, originaire de Koungou, n'a jamais travaillé. Les écueils de la vie l'ont mené petit à petit à se prostituer durant quelques années pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Depuis un peu plus d'un an, Naima a pris un nouveau tournant : elle ne fréquente plus ses clients et suit une formation professionnalisante dans l'espoir de trouver rapidement un emploi. 

À l’occasion du dernier Grand Séminaire de Mayotte (GSM), qui s’est tenu entre le 22 et le 30 novembre derniers, un groupe de spécialistes s’est penché sur les axes de développement du territoire. Le thème retenu pour cette troisième édition, « Sortir Mayotte de la pauvreté », fera bientôt l’objet de propositions concrètes, rassemblées dans un manifeste qui sera mis à disposition des pouvoirs publics dès le mois de février. L’auteur Alain-Kamal Martial, à l’initiative du GSM, a livré à Mayotte Hebdo quelques-unes des pistes retenues. 

Mayotte Hebdo : Comment décririez-vous la situation économique et sociale du 101ème département à l’issue de ce troisième grand séminaire ? 

Alain-Kamal Martial : Tout d’abord, vous avez sûrement entendu et lu que 84% de la population mahoraise vit sous le seuil de pauvreté. Comme nous sommes un département français, et donc un territoire rattaché à l’Union européenne, ce n’est pas en nous comparant avec les pays voisins, Les Comores ou Madagascar, que nous trouverons la juste mesure de la réalité sociale de Mayotte. La comparaison doit être faite avec les autres départements français […] Un autre point important, c’est la fiscalité. Dotations d’État, impôts sur le foncier, octroi de mer… Nous avons décelé une grande injustice qui ne pénalise pas tant les entreprises mais surtout les individus : il y a une majorité de gens qui ne cotisent pas à Mayotte parce qu’ils sont trop pauvres. Ça pénalise tous ceux qui travaillent. La pauvreté de Mayotte est une pauvreté de tiers-monde. Quand l’accès à l’eau devient un problème, quand les gens ne peuvent pas se faire soigner, ça, ce sont des problèmes de tiers-monde. Cela génère une économie informelle, issue de la criminalité, de la prostitution, du trafic de drogue, une « économie du pauvre » en quelque sorte. Si on réduit la pauvreté, on réduit du même coup ces problématiques-là également. 

MH : Quels sont les leviers d’action pour faire reculer la pauvreté à Mayotte?

AKM : Nous avons constaté qu’il y a de plus en plus de Mahorais diplômés qui viennent à Mayotte et qui en repartent. On parle ici bien sûr des Mahorais, mais aussi des Mahorais d’origine indienne, d’origine malgache, ou métropolitaine, et qui ont envie de revenir ici. Ça fait partie des potentiels qui peuvent permettre à Mayotte d’émerger. C’est une ressource formidable. Or, ils buttent sur nos lacunes, car nous n’avons pas d’infrastructures et le territoire ne s’est pas encore préparé à les accompagner dans leur projet. Nous attendons que les projets viennent du public, mais les administrations et les bailleurs de fonds n’ont pas encore intégré le secteur privé. Nous pensons aussi qu’il faut dépasser le strict emploi dans l’administration à Mayotte. Le secteur privé constitue le domaine le plus prometteur ici. Lorsque j’étais au collège, on nous disait qu’il fallait bien travailler à l’école pour travailler dans une administration. Aujourd’hui, il faut dire aux jeunes qu’ils doivent bien travailler à l’école pour créer leur activité. Il faut aussi que les pouvoirs publics changent sur ce point. Au lieu de gonfler les recrutements divers, il faudrait qu’ils aident le privé à se développer, et ce dans une multitude de domaines : bâtiment, santé, mais aussi social, en développant les délégations de service public par exemple. C’est comme ça que nous serons efficaces, car nous aurons des gens compétents sur leur secteur et nous pourrons être compétitifs. Il y a aussi une activité de pointe qui peut créer de l’emploi à Mayotte, c’est ce que nous montrent les parcours de plusieurs jeunes Mahorais, comme celui de cette jeune chimiste [Fahoullia Mohamadi, docteur en chimie spécialisée dans les molécules bioactives et l’ingénierie des biomolécules, également professeur à l’Institut de formation en soins infirmiers de Mamoudzou ndlr] ou du docteur [en Sciences de la vie et de la santé] Issouf Mohamed, qui est venu pour lancer son projet de plantes médicinales sur le territoire. Mayotte compte aujourd’hui beaucoup de compétences qui peuvent aider cette île. Tant qu’on ne mettra pas en place des structures pour accueillir ces « génies », nous seront perdants. (…) La question de l’université est très importante également. Il y a un CUFR [Centre universitaire, à Dembéni, ndlr], mais il n’y a pas de campus, pas de laboratoire… Il faudrait développer une vraie université à Mayotte. Chaque année, des centaines de jeunes quittent l’île pour leurs études. Ils représentent une part importante de la consommation. Imaginez qu’ils restent ! Et imaginez que l’on vienne de Tanzanie ou même du Yémen pour apprendre le français ici !

MH : Pensez-vous que la question de la pauvreté est suffisamment prise en compte dans le débat public ? 

AKM : Il faudrait d’abord qu’on dépasse ce discours sur l’immigration clandestine Mayotte-Comores. Nous avons constaté que les débats tournent toujours autour de ces sujets. C’est l’emploi et le chômage qui devraient toujours être dans l’actualité, car c’est là que le bât blesse ! Par exemple, nous nous sommes demandés pourquoi les Mahorais n’avaient pas suivi le mouvement des gilets jaunes [comme en métropole ou à La Réunion ndlr]. Parce que quand on parle d’opinion, depuis toujours – mais encore plus depuis deux ans – on parle de feuille de route et d’immigration clandestine à outrance. Aujourd’hui, c’est le seul sujet qui mobilise les Mahorais. Les politiques et les médias doivent orienter les débats sur les questions de pauvreté. L’opinion se rendra compte. Notre axe est clair : sortir Mayotte de la pauvreté. Nous ne pensons pas que ce soit l’immigration clandestine qui créé la pauvreté. Peut-être qu’elle l’aggrave, mais Mayotte est déjà pauvre. Si nous travaillons à réduire la pauvreté, nous aiderons aussi à régler la question de l’immigration clandestine. Il y aura de moins en moins de gens, qui, face à l’extrême pauvreté, participent à l’économie informelle qu’elle génère. 

 

 

 

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