“Oui à la piste longue à Mayotte, mais pas au détriment de l’environnement”

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Le temps presse et le débat est loin d’être clos. L’allongement de la piste de l’aéro-port ne fait pas l’unanimité tant sur le fond que sur la forme. Les associations envi-ronnementales sont souvent pointées du doigt, accusées d’être un frein au dévelop-pement de Mayotte. La Fédération mahoraise des associations environnementales explique clairement sa position. Son président, Ali Madi, est favorable à la piste longue, mais l’environnement ne devrait pas en faire les frais. Une autre alternative est possible.

Flash Infos : Quelles sont vos réticences, vos peurs, concernant le projet de la piste longue qui date de 2011 ?

Ali Madi : Le problème est qu’ils veulent mettre de la terre pour remblayer alors que la terre brut envase la mer. C’est nocif pour le lagon et les espèces qui vivent dedans. À cela s’ajoute la question de l’aménagement. Déjà en 2011, nous nous demandions ce que nous ferions des personnes qui habitent à Pamandzi et vers la colline de Four à Chaux. Entre temps, des habitations se sont rajoutées, la gendarmerie de Pamandzi a été agran-die, et maintenant nous sommes en train de construire une caserne de pompiers. La sta-tion-service, qui a été rénovée, est un établissement sensible classé, un avion ne peut passer au-dessus. L’aménagement ne correspond pas au projet de l’aéroport. Pour ce faire, il faudrait tout enlever et quel élu courageux tiendrait ce discours ? Aucun car beaucoup d’argent a été investi. Si je devais avoir peur d’une chose, ça serait des poli-tiques non consensuelles, des politiques qui disent que nous allons faire la piste longue alors qu’ils font tout pour que cela ne se fasse pas. Parce qu’en autorisant toutes ces constructions et rénovations, ils montrent clairement leurs intentions de ne pas rallonger la piste.

FI : Que risquons-nous si nous rallongeons la piste longue sans prendre compte de tous ces paramètres ?

A. M. : Il faudra s’inquiéter pour la santé des gens qui seront autour et qui absorberont tous les jours du kérosène. Il y a aussi la pollution sonore ! À cause du bruit, les maisons se fisseront. Et je vous laisse imaginer les dégâts si un avion tombe sur la station-service.

FI : Quelle alternative proposez-vous ?

A. M. : Il faudrait plutôt mettre des pierres et du béton comme cela a été fait à La Réunion pour la route du littoral. Cela permettra de créer une piste convergente sur pilotis. Nous faisonscette proposition depuis 2011, mais les autorités n’en veulent pas car cela coûte beaucoup plus cher. Nous devons faire cet aéroport, Mayotte en a besoin, mais nous de-mandons des mesures compensatoires. La FMAE demande la protection des espèces marines qui sont dans cette zone. Nous pouvons les déplacer, cela implique un coût non négligeable, mais c’est absolument nécessaire. Et cela doit être écrit noir sur blanc. Je lance un appel pour que nous nous mettions au travail. Nous avons jusqu’en 2023 pour trouver la meilleure solution, et pour cela, il faut un comité locale qui suivrait les travaux. Ce qui n’est pas le cas, puisqu’actuellement c’est la seule direction générale de l’aviation civile, basée à La Réunion, qui est en charge. Et elle ne fait rien. Les Mahorais doivent porter leur projet.

 

 

FI : Avez-vous des exemples de projets de développement qui ont été créés et ache-minés à Mayotte et qui finalement dégradent l’environnement ?

A. M. : En 1995, nous avons déjà allongé la piste avec de la boue. L’ensemble de la mer de Pamandzi était rouge. À cause de cela, la falaise de Petit Moya est en train de s’écrouler parce que nous avons dévié les courants. La même chose s’est produite au port de Longoni. Nous avons mis de la boue partout en utilisant la technique de dragage qui consiste à mettre un filet entre la mer et la terre. Sauf que le filet s’est ouvert et la boue s’est déversée sur le lagon. Il suffit d’un rien pour que ce type d’incident se produit. Nous avons construit le nouveau marché de Tsararano sur une zone humide et mainte-nant il n’est pas fonctionnel. Idem pour le collège d’Iloni alors que nous avions mis en garde les autorités et que nous avions fait une autre proposition qui n’a jamais été prise en compte. Aujourd’hui, l’ensemble des salles sont fissurées. Nous sommes en train de mettre des préfabriqués sur le parking en guise de salles de classe et certains élèves sont envoyés dans d’autres établissements.

FI : Vous semblez faire beaucoup de propositions sans jamais être réellement écouté. Êtes-vous sûr que cette fois-ci votre avis sera pris en compte ?

A. M. : Oui, parce que jusqu’à maintenant, tout se jouait à Mayotte. Mais depuis la prise de parole du président de la République, Emmanuel Macron, nous avons le soutien de l’autorité environnementale. Son avis doit être pris en compte. Les décisions seront prises à Mayotte, mais également à Paris et à Bruxelles. C’est ce qui embête les détracteurs des associations environnementales d’ici.

FI : Qu’avez-vous à dire à ceux qui accusent les associations environnementales d’être un frein pour le développement de Mayotte, notamment à travers la piste longue ?

A. M. : Les Mahorais disent que des projets environnementaux se font à La Réunion, mais ils ne se demandent jamais de quelle manière. Là-bas, les associations environne-mentales ont leur mot à dire. Nous mettons toutes nos propositions par écrit. Elles sont faites pour être lus, donc que ces gens-là se mettent à lire. Qu’ils consultent l’avis de l’autorité environnementale, et aussi le projet de 2011. Les mêmes questions étaient déjà posées et elles n’ont jamais reçu de réponses. C’est bien beau d’aller crier à la radio et à la télé, mais en attendant, nous n’avons rien de concret de l’autre côté. C’est du fainéan-tisme et de la bêtise de ne pas le faire. Tous ces élus et autres autorités ne le font pas parce qu’ils ont peur d’assumer leurs propos. La piste longue est un projet structurant pour Mayotte. Nous le soutenons fortement mais pas au détriment de l’environnement. Nous nous battrons pour que ce projet soit fait comme ailleurs c’est-à-dire en respectant l’environnement.

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