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L’éclosion parfumée du pôle d’excellence rural de Coconi

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À Mayotte, encore plus qu’ailleurs, il faut savoir prendre son mal en patience pour voir émerger un projet. Celui du pôle d’excellence rural à Coconi, un dispositif à destination des territoires ruraux, en est le parfait exemple : il remonte à 15 ans. Ce lundi 30 novembre, le Département a donc mis les petits plats dans les grands pour inaugurer ce nouvel outil de production et de recherche au service des 200 producteurs d’ylang-ylang de l’île aux parfums.

 L’aboutissement d’un processus vieux de 15 ans. Cette phrase résume parfaitement l’inauguration parfumée et tant attendue du pôle d’excellence rural à Coconi, qui s’est tenue ce lundi 30 novembre en présence de tout un contingent du conseil départemental. « Un moment important en lien avec le développement de l’agriculture mahoraise », souligne d’emblée le président de la collectivité, Soibahadine Ibrahim Ramadani, présent sur le site trois ans plus tôt pour poser la première pierre de ce chantier titanesque mais aussi pour planter un ylang-ylang, qui commence tout juste à produire ses effets parfumés. Pas anodin puisque cette nouvelle structure « performante et novatrice » sur l’île est au service des quelque 200 producteurs de cet arbre de la famille des Annocanées, bien connu pour son huile essentielle. Sauf que cette filière historique s’étiole depuis 40 ans, en étant passée de 1.000 à 102 hectares de plantation. Or, avec cette installation, l’idée consiste à « réunir ces acteurs » autour d’une ambition commune, à savoir la distillation unique et de qualité supérieure de plantes aromatiques à parfum et médicinales via une autorisation d’occupation temporaire (AOT) délivrée par le Département, et à « impulser une dynamique économique, pourvoyeuse d’emplois , notamment technique, commercial et touristique.

 Trois pôles répartis sur plus de 700m2

 Vu du ciel, l’infrastructure, et plus particulièrement la toiture en origami, offre des conditions de travail optimales. Les débords assurent l’ombrage des façades en position haute du soleil tandis que le traitement végétal au pied des élévations s’occupe de la protection en position rasante. La porosité par la systématisation des espaces traversants apporte un confort tandis que la hauteur des volumes participe au phénomène de stratification thermique. Sous la canopée, l’architecture organique propose des séquences rythmées entre activités et contemplations mais aussi des prolongements dans un schéma dedans/dehors permanent. Dans cet édifice, différentes zones s’identifient très clairement.

 À l’entrée, les visiteurs accèdent à un pôle éco-tourisme de 310m2 dans lequel se succèdent deux salles d’exposition, une temporaire de 50m2 et une permanente de 100m2, avec des jeux éducatifs axés sur l’ylang-ylang et le parfum, et un coin dégustation avec terrasse couverte. Un peu plus loin, les professionnels ont l’embarras du choix, avec un pôle recherche de 130m2 composé d’un laboratoire d’analyse et d’un atelier de distillation et un pôle économique de 290m2 constitué de bureaux pour les techniciens, d’un atelier de conditionnement pour la réception et la pesée des marchandises ou des épices, d’une salle de conditionnement pour la préparation à l’export et au détail et le stockage du matériel, et d’un autre atelier de distillation accessibles aux agriculteurs, qui comprend les alambics de plus de 1.000 litres et une zone pour étaler les fleurs. Le tout, sous le regard d’un chemin de découverte situé en plein cœur du jardin. « Avec ce PER, nous avons l’ambition de nourrir un agropole local par l’affichage de l’excellence et la spécificité mahoraise par rapport aux autres pays producteurs et de préparer aux formations dans le domaine des plantes remarquables », confie Soibahadine Ibrahim Ramadani, qui se souvient encore de son passage en 1956 et 1957 dans un bâtiment délabré à seulement quelques mètres. Où il lui arrivait peut-être de rêver à un tel projet…

 Valoriser la production et augmenter les revenus

Mais ce pôle d’excellence rural constitue une promesse pour l’ensemble du territoire. Surtout à l’égard des agriculteurs « qui vont trouver le moyen de valoriser leur production et d’augmenter leurs revenus », se réjouit Jean-François Colombet, le préfet de Mayotte. Un motif d’espoir sans précédent, sachant que « deux hectares de pieds d’ylang-ylang peuvent leur permettre de dégager un SMIC », précise Siti Frahati Said Hachim, responsable du service agriculture, pêche et programmation au Département. De bon augure face à la concurrence régionale très compétitive, notamment à Anjouan et à Madagascar. En attendant d’autres investissements, en plus des 4.6 millions déjà mis sur la table pour voir éclore cette construction (voir encadré). « L’État interviendra à nouveau, tout comme le PDR (programme de développement rural) pour financer la partie distillation industrielle et le POSEI (programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité) pour équilibrer le modèle économique et compenser les surcoûts propres à Mayotte », assure le délégué du gouvernement.

Une volonté à la fois nationale et européenne qui se marie à merveille avec celle de la collectivité locale. Cette dernière envisage l’émergence d’une troisième zone d’attractivité dans le centre pour désengorger Mamoudzou, comme en témoignent la prochaine livraison de l’abattoir de volailles peu avant l’entrée de Coconi et le pôle d’échange multimodal, en face du PER. Sans oublier la future cité administrative et la rénovation des bâtiments historiques qui font office de bureaux des ressources terrestres et maritimes à l’heure actuelle. « Cette zone est le grenier de Mayotte, mais aussi le château d’eau », admet Soibahadine Ibrahim Ramadani, en prenant pour exemple les parcs botanique et forestier, ainsi que la scierie départementale. En phase de reconstruction et de développement, l’île aux parfums démontre aussi que la préservation de son patrimoine et de son savoir-faire peut l’embaumer.

 

 Le Département et l’État valorisent l’ylang-ylang

Le pôle d’excellence rural a connu quatre conventions financières, dont la dernière datée du 23 février 2016 dans le but de réduire sensiblement la part d’autofinancement du conseil départemental qui, toutefois, s’élève à 2 millions d’euros, soit 42% du coût global. Quant aux 58% des aides publiques, l’État a fait appel à ses outils de financement suivant : 10.2% de fonds national d’aménagement et de développement du territoire, 26% de fonds ministériels mutualisés, 18,6% du contrat de projets État/région, 3.3% de l’office de développement et de l’économie agricole des Outre-mer.

 

 

 

 

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