Rapprocher les Mahorais des métiers de la mer, le pari du premier FOSSEMM

Du 26 au 28 octobre, le Forum social et solidaire de l’économie de la mer à Mayotte (FOSSEMM) réunira les acteurs de l’économie bleue à la Technopole de Dembéni. L’objectif, faire découvrir les métiers et les débouchés du secteur, notamment aux jeunes et aux personnes éloignées de l’emploi.

À quelques jours du lancement de la Semaine de l’innovation, le directeur général de Mlezi Maoré, Hugues Makengo, et le directeur de l’Agence de développement et d’innovation de Mayotte (ADIM), Mamadou Konaté, ont présenté le nouveau Forum social et solidaire de l’économie de la mer à Mayotte (FOSSEMM), ainsi que le concours Innov’Action 976.

Du 26 au 28 octobre, à la Technopole de Dembéni, le FOSSEMM réunira les acteurs de l’économie bleue autour de conférences, de tables rondes, d’un village des métiers et d’ateliers découverte. L’objectif est de faire de la mer un levier d’innovation et de développement pour Mayotte, tout en sensibilisant la jeunesse aux débouchés professionnels qu’elle représente.

Le concours Innov’Action 976 prendra le relais du 28 au 30 octobre pour faire émerger des projets innovants, notamment autour de la biodiversité, thème retenu cette année.

“Nous tournons le dos à la mer”

Mayotte est entourée par le lagon et dispose d’une vaste zone économique exclusive, mais les activités liées à la mer restent encore peu connues d’une partie de la population. “Nous sommes sur une île entourée de mer. Et nous tournons le dos à la mer”, constate Hugues Makengo. Avec ce forum, le directeur général de Mlezi Maore veut faire connaître les débouchés professionnels de l’économie bleue, y compris auprès du public accompagné dans les différentes structures de l’association.

“Ce que nous recherchons au final, c’est de montrer qu’il y a des débouchés, même pour les bénéficiaires souvent les moins diplômés, les plus éloignés de l’emploi”, explique-t-il. Si les conférences doivent aborder des sujets scientifiques et stratégiques, l’enjeu est aussi de montrer que les métiers de la mer sont accessibles à ces différents niveaux de qualification.

La pêche traditionnelle constitue l’un des premiers secteurs cités par Hugues Makengo. Il souhaite notamment mieux accompagner les Mama Shingo, qui produisent du sel à Bandrélé, et les pêcheuses pratiquant le djarifa. Formation, certification, équipements adaptés et création de coopératives pourraient contribuer à consolider ces activités traditionnelles et à en faire des débouchés durables pour les jeunes.

D’autres perspectives existent dans la transformation du poisson, la mécanique et la réparation navales, les activités nautiques, le tourisme ou l’hôtellerie. “Il faut accompagner le jeune selon ses envies, mais aussi selon l’offre territoriale”, souligne le directeur de Mlezi Maoré, qui souhaite notamment développer des partenariats entre l’école de la deuxième chance de l’association et les professionnels du tourisme.

Le village des métiers permettra aux jeunes de rencontrer des exposants et de se renseigner directement sur les formations et les emplois. Les conférences et tables rondes seront également l’occasion d’échanger avec des spécialistes, tandis qu’un stand de la Marine nationale sera consacré au recrutement. Hugues Makengo rappelle que celle-ci propose des carrières à différents niveaux de qualification, même sans baccalauréat, pour les candidats de nationalité française.

De l’innovation aux projets concrets

Pour Mamadou Konaté, la Semaine de l’innovation doit sensibiliser l’ensemble des acteurs du territoire, des entreprises aux étudiants, en passant par les citoyens, les administrations et les collectivités. L’économie de la mer occupe une place particulière dans cette démarche, mais l’innovation ne se limite pas aux nouvelles technologies ou à l’intelligence artificielle.

“A Mayotte on a une réalité qui fait qu’on doit plus se tourner sur l’innovation incrémentale”, explique le directeur de l’ADIM. Il s’agit aussi d’améliorer un produit, une pratique ou un processus existant, même modestement, dès lors que cela répond à un besoin local. “Ce petit pas peut carrément complètement changer la vie du citoyen”, insiste-t-il.

L’ADIM accompagne déjà des porteurs de projets, notamment dans la valorisation des déchets ou le développement de la pêche. Le concours Innov’Action 976 doit permettre d’identifier de nouvelles initiatives et de les aider à franchir une première étape. Les porteurs de projets sélectionnés pourront bénéficier d’un accompagnement technique et financier, ainsi que de formations, d’études de marché, d’un appui marketing et de mises en relation avec des partenaires. Une dotation de 10.000 euros par porteur de projet a également été évoquée lors de la présentation.

Tous les projets ne deviendront pas nécessairement des entreprises pérennes, reconnaît Mamadou Konaté. Mais l’accompagnement peut aussi permettre à un porteur de projet d’acquérir des compétences utiles pour la suite. “La réussite d’un projet peut venir de n’importe qui, à partir du moment où, effectivement, on se donne la chance”, estime-t-il.

Au-delà de l’accompagnement des initiatives locales, l’ADIM espère aussi attirer des investisseurs nationaux et internationaux en mettant en avant les possibilités de développement du territoire. La maintenance des bateaux, par exemple, pourrait devenir une filière si un investisseur décidait de s’associer à des acteurs locaux pour développer les compétences et les activités sur place.

Un rendez-vous appelé à se poursuivre

Les organisateurs souhaitent inscrire le FOSSEMM dans la durée. Le forum doit revenir tous les deux ans, tandis qu’un Club FOSSEMM doit permettre de poursuivre les échanges entre les éditions et de préparer les suivantes. Un journal consacré aux questions maritimes, Mayotte Océan, doit également paraître chaque année.

Pour cette première édition, plusieurs participants venus des Caraïbes sont attendus afin de partager leur expérience, notamment sur les initiatives destinées à rapprocher les jeunes des métiers de la mer. Pour Hugues Makengo, il s’agit de faire de ce rendez-vous un point de départ : “Il faut que derrière ces forums, il y ait du concret pour monsieur tout le monde”.

Faire de l’aisance aquatique une priorité du territoire

L’apprentissage de la natation reste un défi sur le territoire, où les infrastructures adaptées font défaut. Le forum entend justement mettre en lumière les difficultés d’accès à cet environnement et la nécessité d’une mobilisation durable des pouvoirs publics pour prévenir les noyades.

Pour porter cette sensibilisation, la nageuse martiniquaise Coralie Balmy, championne olympique en nage libre, a été choisie comme marraine du FOSSEMM. Elle sensibilisera, tout au long des trois jours, à l’aisance aquatique et au savoir-nager pour tous. À l’issue du forum, elle prévoit également quinze jours de formation pour renforcer les compétences des encadrants d’activités nautiques et accompagner une dizaine d’éducateurs dans l’encadrement des activités en mer.

Pour Hugues Makengo, directeur général de Mlezi Maoré, cette initiative doit amorcer un travail de plus longue haleine. “Il ne suffira pas des quinze jours qu’elle va passer après le FOSSEMM pour arriver à résoudre le problème. Non, il faut au contraire aller dans une campagne quinquennale, voire même plus”, estime-t-il. L’objectif est de faire de l’aisance aquatique une priorité à Mayotte dès 2027, en associant les collectivités, les associations et les autres acteurs concernés.

Au-delà de la formation, le responsable insiste sur la nécessité de reconnaître les difficultés du territoire et de mobiliser des moyens humains et matériels. “Nous avons une faille”, reconnaît-il. Il ne s’agit pas de former des plongeurs, mais de permettre à chacun d’être à l’aise dans l’eau et de rejoindre la terre ferme sans prendre de risques excessifs. Des associations déjà engagées sur ces questions, sont notamment appelées à prendre le relais pour inscrire cette démarche dans la durée.

Si Mlezi Maoré assure “ne vouloir prendre la place de personne” sur ces enjeux, l’association à le mérite à travers ce forum d’impulser une dynamique collective et en réunissant les acteurs dans l’intérêt du territoire.

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Victore Diwisch

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