De peur de subir les foudres des dirigeants mahorais qu’il accuse de brader les intérêts du territoire, un opérateur économique a choisi de conserver l’anonymat dans le « coup de gueule » qu’il a tenu à lancer à propos des Rencontres économiques de Mayotte, qui doivent se tenir à La Réunion les 28 et 29 octobre 2026. Il justifie sa colère par le fait que le Salon de l’emploi, qui constitue une préoccupation majeure de la jeunesse, se tiendra à Mayotte aux mêmes dates, soit près de deux ans après le cyclone Chido, qui a tout réduit à néant sur le territoire. Dans sa fronde, il dénonce la présence annoncée de l’ensemble des décideurs mahorais à ces rencontres économiques organisées hors du territoire.
« C’est tout simplement lamentable », s’exclame un opérateur économique de la place, en évoquant l’organisation, sur le sol réunionnais, les 28 et 29 octobre prochains, d’une rencontre censée mettre en lumière les atouts de Mayotte.
« Nos élus se sont vendus aux affairistes du département voisin et continuent à dépecer notre territoire au profit d’intérêts occultes, sans penser un seul instant à l’avenir de nos enfants. »
Cette colère fait suite à la confirmation, reçue la veille au matin, de la participation des décideurs mahorais à cet événement qu’il considère comme une initiative réunionnaise visant essentiellement à placer l’économie mahoraise sous la tutelle du département voisin.
Nul n’a oublié l’épisode de la conférence de presse de Manuel Valls, alors ministre des Outre-mer, venu constater les dégâts du cyclone Chido à Mayotte. Pourtant, il avait délibérément choisi de ne faire ses annonces que sur le sol réunionnais, au motif que rien d’important sur le plan économique ne se décidait à Mamoudzou, puisque la totalité des établissements bancaires opérant dans l’archipel sont dirigés depuis Saint-Denis. »
L’auteur de ce coup de gueule désespéré en appelle aux forces vives de l’île pour rejeter ce qu’il considère comme un funeste destin. Il les invite à sanctionner, scrutin après scrutin, l’ensemble de la classe politique dirigeante actuelle de Mayotte, à commencer par les élections législatives prévues en 2027, puis les élections régionales de 2028.
Il ne mâche pas ses mots et dénonce « une forme de corruption morale », dont le centre de gravité se serait déplacé des rivages du lagon mahorais vers le chef-lieu de l’île Bourbon.
Dans sa colère, qu’il exprime ouvertement, il évoque un phénomène particulièrement inquiétant qui, selon lui, ne cesse de s’amplifier depuis plusieurs années, au fil de trois mandatures électives successives.
« Que voulez-vous ? Nous n’arrêtons pas de porter au pouvoir des élus qui n’éprouvent aucun amour pour cette terre qui les a pourtant vus naître. À ce rythme-là, il n’est pas étonnant que les Mahorais évoluent aujourd’hui dans un désordre sans nom ! Ce climat favorise la mainmise de forces extérieures sur l’ensemble des rouages décisionnels à Mayotte », constate-t-il.
Il énumère pêle-mêle les nombreux domaines de compétence dans lesquels, selon lui, les Mahorais ont déjà perdu la maîtrise. Il cite notamment les marchés publics, en particulier dans les secteurs des transports terrestres et aériens, mais pas seulement. Il pointe également du doigt les domaines financés par l’argent public à Mayotte depuis plusieurs années : la formation, la grande distribution, la santé, l’éducation, la construction, la pêche et bien d’autres encore.
Ce qu’il ne parvient pas à comprendre, selon ses propres termes, c’est que cette grande braderie des intérêts mahorais ait reçu le blanc-seing de personnalités élues par les Mahorais, alors même que leur mandat devrait les conduire à défendre les intérêts de la population.
Avec gravité et une apparente sincérité dans la voix, il s’interroge sur ce qui arrive actuellement aux dirigeants du 101e département français.
Après une brève pause dans son expression de colère, il reconnaît que les natifs de Mayotte peuvent légitimement être déstabilisés par l’attitude de leurs responsables politiques face à ce qu’il considère comme une œuvre destructrice, qu’il n’hésite pas à qualifier de « massacre à la tronçonneuse ».
Il revient également sur l’interdiction faite aux pêcheurs mahorais, selon ses déclarations, d’exercer leur activité dans la zone économique exclusive de Mayotte, une décision qu’il attribue à l’ancien préfet François-Xavier Bieuville. Il affirme que cette mesure aurait été justifiée par la nécessité de préserver les hauts-fonds de cette zone en tant que réserves protégées au bénéfice des pêcheurs réunionnais.
« Nos élus se moquent-ils à ce point du devenir de la jeunesse mahoraise ? »
« Où va-t-on ainsi ? Faites un tour dans les autres territoires de l’Hexagone et des Outre-mer, y compris à La Réunion, et dites-moi si vous constatez, ne serait-ce qu’un instant, de telles aberrations ! Hélas, nous sommes forcés de reconnaître qu’il n’y a qu’ici, à Mayotte, que de telles pratiques se produisent et sont tolérées ! »
L’acteur économique révolté revient ainsi au véritable motif de sa colère du jour : l’organisation, la semaine prochaine, du Salon de l’emploi à Mayotte, pendant deux jours, les 28 et 29 octobre 2026. Un rendez-vous qu’il juge majeur et qui, à ses yeux, devrait mobiliser toute l’attention des décideurs locaux.
Or, il affirme avoir appris avec certitude que l’ensemble de ces décideurs avait confirmé sa présence à La Réunion aux mêmes dates pour participer à un autre événement, qu’il n’hésite pas à qualifier d’imposture : les Rencontres économiques de Mayotte à La Réunion.
À l’examen de l’invitation qu’il présente aux caméras de Flash Infos, il apparaît que l’événement est organisé par la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel de La Réunion.
Il ajoute que, d’après les renseignements recueillis auprès de plusieurs institutions locales, les assemblées délibérantes concernées auraient toutes validé le déplacement de représentants du Conseil départemental, des communes, des intercommunalités ainsi que de l’Agence de développement et d’innovation de Mayotte (ADIM). Les réservations auraient même déjà été effectuées.
Il crie au scandale et dénonce une gabegie, estimant que l’urgence se situe à Mayotte, où tout reste à reconstruire près de deux ans après le passage du cyclone Chido, et non à Saint-Denis, où les décideurs sont appelés à se retrouver.
Une question lui trotte dans la tête : pourquoi ces institutions locales ne consacrent-elles pas plutôt cet argent, qu’il estime futilement gaspillé, à l’organisation de rencontres économiques similaires à Mayotte, au bénéfice des acteurs économiques et politiques du territoire ?
« Nos responsables se moquent-ils à ce point du devenir de ce territoire qu’ils mettent à sac par leur manque de probité ? »
Une question qui, selon toute vraisemblance, risque de demeurer sans réponse, tant l’actualité politique semble dominée par les calculs politiciens et les tractations électoralistes à l’approche des prochaines échéances électorales.
Autant d’enjeux qui, aux yeux de l’auteur de ce coup de gueule, préoccupent davantage les dirigeants de tous bords politiques que la formation et l’accès à l’emploi de la jeunesse locale.
Celle-ci apparaît ainsi, de facto, comme la grande oubliée de marchandages affairistes qui viseraient à assurer à certains leur élection ou leur réélection à des postes clés, au sein d’une gouvernance de Mayotte qu’il juge défaillante.
Journaliste politique & économique



































