Le baromètre mensuel de l’inclusion financière à Mayotte a fin septembre 2026, vient d’être publié. Il indique que Mayotte enregistre les niveaux les plus faibles de surendettement et de recours au droit au compte, comparativement à La Réunion, à la Guadeloupe et à la Martinique. Qu’on pense Daoulab ALI CHARIF, Responsable des services à l’économie et de la communication IEDOM MAYOTTE ? Élément de réponse.
Flash Infos : Selon le baromètre, Mayotte ne représente que 1 % des cas de surendettement, contre 48 % à La Réunion et 28 % en Guadeloupe. Comment peut-on expliquer un tel écart entre ces territoires ? Ces chiffres reflètent-ils réellement la situation du surendettement à Mayotte ?
Daoulab ALI CHARIF : Le chiffre qui est affiché là, en fait, nous, nous pensons qu’il ne reflète pas vraiment la réalité. Vous voyez là, par exemple, si on prend les dossiers déposés de janvier à septembre 2026, il y a seulement 53 dossiers qui ont été déposés. Sur 9 mois de l’année 2026. Il y a que 53 dossiers. Nous, nous pensons qu’il y a deux éléments qui font qu’il y a aussi peu de dossiers. Le premier, c’est que le dispositif n’est pas vraiment connu. Même si on prend beaucoup de temps à communiquer pour que ceux qui ont des problèmes viennent se déclarer, mais il reste encore un peu mieux connu.
Le deuxième élément, c’est que nous sommes conscients qu’il y a des blocages culturels, on va appeler ça comme ça. Je ne sais pas si le terme correspond vraiment à la réalité, mais il y a des blocages culturels qui font qu’on ne dévoile pas nos difficultés. On préfère régler nos problèmes entre nous. Il est quasiment sûr et certain qu’il n’y a pas que 50% qui ont des problèmes sur rendez-vous. Il y en a beaucoup plus que ça, mais ils ne se dévoilent pas.
F.I : Selon vous, le chiffre de 1 % de surendettement affiché pour Mayotte reflète-t-il réellement la situation du territoire, ou pourrait-il sous-estimer la réalité en raison du faible recours au dispositif ?
DAC : Statistiquement, le chiffre de 1 % est juste au regard des données enregistrées. Toutefois, nous pensons qu’il ne reflète pas la réalité du surendettement à Mayotte. Nous ne sommes pas en mesure de quantifier le nombre réel de personnes concernées qui ne sollicitent pas le dispositif, mais nous sommes convaincus que le phénomène est bien plus important que ne le laissent penser ces chiffres.
F.I : On constate également un écart important concernant le droit au compte bancaire : Mayotte affiche seulement 4 %, contre 36 % à La Réunion et 34 % en Guadeloupe. Comment expliquer une telle différence ? Cela traduit-il un recours réellement plus faible à ce dispositif ou, là encore, un manque d’information et des difficultés d’accès aux droits ?
DAC : Pour les droits au compte, c’est encore pire. C’est-à-dire qu’on a le territoire le moins bancarisé et on est celui qui sollicite le moins le droit au compte. Le droit au compte est destiné aux personnes qui essaient d’ouvrir un compte et qui n’y arrivent pas. C’est-à-dire que les banques leur refusent l’ouverture de comptes bancaires. Et à ce moment-là, la banque centrale intervient pour imposer à ce que la personne puisse avoir un compte bancaire, c’est un droit. C’est un droit et nous, nous sommes là pour que les personnes puissent avoir accès à ce droit-là. Sauf que nous, nous n’allons pas vers les gens. Il faut que les gens viennent vers nous
F.I : Le manque de campagnes de sensibilisation et les difficultés d’accès à Internet et aux outils numériques pour une partie de la population mahoraise pourraient-ils également expliquer le faible recours aux dispositifs bancaires et aux droits existants ?
DAC : Oui, c’est possible. Sur le droit au compte, c’est vrai qu’on ne communique pas beaucoup. On travaille surtout avec les travailleurs sociaux qui, eux, accompagnent le public fragile qui, justement, a du mal à ouvrir un compte bancaire. Mais c’est vrai que là, c’est un compte plus incompréhensible. Parce qu’à la limite, sur l’endettement, on a des explications au niveau de notre culture. Mais par contre, sur le droit au compte, vraiment, on n’a pas d’explication pour nous. À part le fait que le dispositif n’était pas connu.
Journaliste passionnée. Je consacre mon travail à éclairer les réalités locales, nourrissant ma plume d’une veille culturelle constante. Hors des écrans, je retrouve mon équilibre et ma clarté dans le rythme apaisant de la marche.




































