Créée en mai dernier, l’association Le Baobab Intègre se mobilise chaque samedi à Koungou pour lutter contre l’accumulation des déchets et les risques environnementaux et sanitaires qu’ils entraînent. Au-delà du nettoyage, elle veut redorer l’image des quartiers et offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse.
Canettes, bouteilles, sachets en plastique, emballages en carton…, rien n’échappe aux petites mains des bénévoles de l’association Le Baobab Intègre, ce samedi 10 octobre au matin, sur les hauteurs du village de Koungou, dans le quartier de Caroboina. En quelques minutes, munis de râteaux et de pinces, ils débarrassent les ruelles de leurs déchets, sous le regard des habitants, ravis pour certains, étonnés pour d’autres de voir tous ces bénévoles, gilets jaunes sur le dos, déterminés à en découdre avec les ordures.
“Une fois qu’elles sont lancées on ne peut plus les arrêter”, lance avec le sourire, Assani Attoumani, 24 ans, président de l’association, à propos des femmes mobilisées ce matin, venues en nombre. Rakcham, 24 ans, ou encore Nachmi, 20 ans, ne rateraient pour rien au monde les actions de ramassage des déchets et de nettoyage du quartier, organisées chaque samedi par l’association.
“L’entraide, rendre le quartier propre, sensibiliser les gens pour ne pas qu’ils jettent leurs déchets dans la nature, c’est ça qui est bien !”, remarque Rakcham, qui porte fièrement le gilet au logo de l’association. “Il faut que les gens changent leurs habitudes, les anciens ne savent pas, c’est à nous de faire bouger les choses chez nous”.
“J’ai rejoint l’association car j’avais peur pour les enfants qui jouent ici et qui risquent de se faire mal dans les détritus et qui risquent d’avoir des maladies”, souligne Nachmi, en tenant un sac poubelle dans les mains.
“Si on laisse les déchets par terre, ils se retrouvent dans la mer, où alors ils se coincent dans les caniveaux et ça créer des débordements dans tout Koungou”, ajoute Rakcham, qui se souvient des fortes pluies et des inondations de mars dernier qui ont emporté des habitations et submergé le terrain de football.
“Les habitants avaient besoin d’un tel élan, ils ont vite adhéré”
À l’approche de la prochaine saison des pluies, tous mesurent désormais l’importance de débarrasser les lits des rivières et des ruisseaux de leurs déchets pour éviter de nouvelles catastrophes. Un travail de l’ombre, d’intérêt général, peu visible depuis la route nationale, mais qui pourrait pourtant avoir des répercussions sur l’ensemble du village en contrebas.
Créée en mai 2026 par six amis originaires du quartier, qui n’en pouvaient plus de crouler sous les déchets, l’association compte désormais plus de 150 bénévoles : des femmes, des hommes de tous âges, mais aussi des jeunes.
“On a commencé à nettoyer la rivière au centre du quartier pour éviter que nos enfants, nos familles, vivent dans une poubelle. On s’est dit qu’il faut qu’on débarrasse notre quartier des ordures, qu’on fasse notre part des choses”, explique Assani Attoumani, le front perlé de sueur. “Les habitants avaient besoin d’un tel élan, ils ont vite adhéré”.
Situé derrière l’école maternelle et élémentaire Koungou Plateau, sur un terrain escarpé aux routes de terre étroites et cabossées, le quartier de Caroboina n’est pas accessible aux camions-poubelles. Aucune benne à ordures n’y est installée. Faute de moyens, mais aussi de volonté, certaines personnes jettent tout simplement leurs déchets au sol ou dans de petites ravines, qui permettent d’évacuer les eaux de pluie.
En plus de ramasser les déchets, les bénévoles essaient de faire changer les mentalités, notamment en encourageant les familles à jeter leurs sacs dans les poubelles situées plus bas dans le village, en passant par leurs enfants qui se rendent à l’école.
Ramasser les déchets, un moyen pour s’en sortir
“On sait très bien que si on laisse les déchets tomber dans le lagon il n’y aura plus de poissons, plus de tortues, plus rien. Les pêcheurs ne vont plus pouvoir nous nourrir”, observe Achi en plissant les yeux vers le lagon qui se dessine au large. A 32 ans, il a grandi dans le quartier de Caroboina, et il souhaite plus que tout changer l’image de son quartier, à travers l’association.
“Quand on entend Koungou Jamaïque on pense aux dakous, oui il y a des délinquants, mais ils ne viennent pas tous d’ici. Dans ce quartier il y a beaucoup de familles, des mamies, des papis, des enfants”, constate-t-il. “Le souci c’est qu’avec cette image, plus personne n’a envie de venir ici, notamment ceux qui y ont grandi. Si on s’y implique tous on peut vraiment faire changer les choses”.
Petit à petit l’association tente d’agir sur tous les fronts. Elle a ainsi ouvert une petite salle de classe d’aides aux devoirs, qui accueille le samedi et le dimanche des enfants pour les aider à apprendre l’alphabet, les mathématiques, leurs apprendre à lire.
“On sensibilise les jeunes pour leur faire comprendre que le travail, c’est bien et que ceux qui braquent les gens finissent toujours mal, qu’ils meurent ou qu’ils se retrouvent en prison”, insiste Assani Attoumani.
L’association accompagne également ses membres, dont la plupart sont étrangers et sans papiers, dans leurs démarches administratives ainsi que pour accéder à des formations. Un accompagnement qui peut commencer par une action aussi concrète que le nettoyage des ordures. “Le plus gros problème ici, ce sont les jeunes qui ont eu leur bac et qui, sans titre de séjour, se retrouvent sans rien à faire. Il y en a de plus en plus”, déplore le président de l’association.
C’est le cas de Nachmi qui, depuis la fin du lycée, attend toujours que sa demande de titre de séjour soit traitée. “On nous a dit que participer aux actions de nettoyage pouvait nous aider dans notre dossier ou pour obtenir une formation. Donc j’y crois, je m’investis”, confie la jeune femme.
“Oui, ça peut les aider, notamment pour prouver à l’administration qu’ils sont présents depuis un certain temps sur le territoire”, confirme Assani Attoumani.
L’association cherche du soutien pour continuer ses efforts et s’agrandir
En attendant, l’association souhaite agrandir son terrain d’action, et rêve d’étendre sa méthode à travers les autres villages de Koungou.
“On ne veut pas rester cantonnés dans notre quartier, on aimerait aller à Trévani, Majicavo, par exemple”, projette Achi, enthousiaste qui voit en ses actions aussi un moyen d’apaiser les conflits inter-villages.
Mais pour ce faire le Baobab Intègre cherche du soutien de la part des pouvoirs publics, notamment la Ville de Koungou, ne serait-ce que pour l’obtention de matériel de base, gants, casquettes, masques, sacs poubelles, râteaux, pinces, bottes, ou encore packs d’eau. “Il nous faudrait aussi un soutien logistique par rapport au déplacement, vu qu’on se rapproche des 200 bénévoles”, poursuit Assani Attoumani. “L’enjeu est de protéger les membres et de garder tout le monde motivé qu’ils ne se découragent pas au bout de plusieurs ramassages”.
“Nous aussi, on est là, on est civilisés ! Nous sommes des jeunes de Koungou, nés à Koungou, qui voulons améliorer les choses”.
Le découragement n’est pourtant pas à l’ordre du jour pour les bénévoles ce samedi matin, malgré la présence de nombreux déchets, dont certains réapparaissent sur des terrains déjà nettoyés par l’association. “Il y a un mois, c’était propre, et là, les déchets sont de retour. Il faudra du temps pour que les mentalités changent”, souffle une bénévole.
“Nous aussi, on est là, on est civilisés ! Nous sommes des jeunes de Koungou, nés à Koungou, qui voulons améliorer les choses”, affirme Achi, “On fait ça pour tout le monde !”.
Au bout de deux heures de ramassage, la benne apportée par le SIDEVAM dans la ruelle devant l’école est presque pleine. Mais sur les pentes, les déchets sont encore nombreux. “On reviendra”, assure Assani Attoumani, déterminé, malgré l’ampleur de la tâche. Il le sait, le travail sera long et éprouvant.
Journaliste




































