Caillassages à Tsararano : deux jeunes de 18 ans condamnés à six mois de prison ferme

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En marge du blocus du lycée de Tsararano, plusieurs individus s’en sont pris aux forces de l’ordre lundi 5 octobre. Trois jours après ces affrontements, deux jeunes hommes de 18 ans ont été condamnés à six mois de prison ferme, jeudi, par le tribunal judiciaire de Mamoudzou. Tous deux ont nié avoir participé aux jets de pierres, malgré les témoignages de plusieurs policiers municipaux et d’un gendarme.

Dès 8 heures ce lundi 5 octobre, une trentaine d’individus se rassemblent aux abords du lycée de Tsararano, dans la commune de Dembéni. Certains tentent de pénétrer dans l’établissement, tandis que des pierres sont lancées, nécessitant l’intervention des gendarmes, rapidement rejoints par des renforts. Alors que la situation semble s’apaiser, de nouveaux groupes se forment près du collège et érigent un barrage enflammé sur la route. À l’intérieur du lycée, où les élèves sont confinés, les pompiers interviennent pour des malaises. La police municipale est également mobilisée pour gérer la circulation et dégager la chaussée.

Les forces de l’ordre sont prises pour cible. Un gendarme reçoit deux pavés, un autre est blessé au genou par un projectile, tandis qu’un véhicule est frappé à coups de barre de fer. Aucune incapacité totale de travail (ITT) n’est toutefois retenue pour les militaires.

Les deux jeunes hommes sont interpellés à la suite de ces affrontements. Présentés en comparution immédiate ce jeudi 8 octobre devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou, ils sont condamnés pour violences contre des gendarmes et participation à un attroupement avec arme.

« Je vous jure que moi, je n’y étais pas »

Au cœur du dossier figurent les déclarations de deux policiers municipaux, qui affirment avoir reconnu les prévenus parmi les auteurs des jets de pierres. Habitués à les croiser à Tsararano, ils les ont également identifiés sur des planches photographiques. Un gendarme venu de métropole affirme lui aussi avoir reconnu l’un des participants.

Face au tribunal, les prévenus maintiennent une tout autre version. Le premier raconte s’être rendu à la rivière pour se laver dans la matinée. Il assure avoir entendu des explosions sans comprendre ce qui se passait, avant de rejoindre le secteur pour un rendez-vous à la Croix-Rouge. Mais ses explications ne convainquent pas la présidente du tribunal. Les vérifications effectuées au cours de l’enquête n’ont pas permis de confirmer l’existence de ce rendez-vous. Une cagoule a également été découverte dans son sac, que le prévenu affirme avoir conservée pour réaliser des photographies destinées aux réseaux sociaux.

« Il faut arrêter de croire que vous vivez dans une série télé », lui lance la magistrate, rappelant que les témoignages constituent des éléments de preuve et que les policiers municipaux n’ont aucun intérêt à le mettre en cause à tort.

De son côté, le second prévenu explique qu’il se rendait chez quelqu’un pour se faire coiffer lorsqu’il a aperçu des embouteillages. Il se serait arrêté pour observer les événements avant d’être interpellé. « En tout cas, moi, je n’ai rien fait, je n’ai rien lancé », assure-t-il, estimant avoir été confondu avec un autre individu.

La présidente peine toutefois à comprendre pourquoi plusieurs agents, qui connaissent bien les deux jeunes hommes, les auraient désignés à tort. Elle s’étonne également qu’ils soient restés à proximité d’affrontements aussi violents, alors qu’ils ont déjà eu affaire à la justice pour des faits similaires.

« Hier, vous étiez en Ligue 2, maintenant en Ligue des champions »

Les deux prévenus, tout juste majeurs, sont déjà connus de la justice. Le premier a notamment été condamné par le tribunal pour enfants, en mai 2026, à six mois de prison avec sursis probatoire, tandis que le second fait l’objet d’autres procédures pour des faits d’attroupement et de violences urbaines, dans lesquelles il n’a pas encore été jugé.

Le procureur déplore de retrouver devant lui des jeunes à peine sortis de la minorité, poursuivis pour des faits similaires à ceux qui les avaient déjà conduits devant la justice. Il souligne également le décalage entre les revendications du mouvement lycéen et les violences commises à Tsararano, où les jets de pierres et les barrages enflammés n’avaient, selon lui, plus rien à voir avec la mobilisation scolaire.

« Hier, vous étiez en Ligue 2, maintenant en Ligue des champions. Il va falloir assumer vos actes », lance-t-il, rappelant que les conséquences pénales ne sont plus les mêmes depuis leur passage à la majorité.

Pour le ministère public, les déclarations des deux hommes manquent de crédibilité face aux témoignages recueillis. Il requiert dix mois d’emprisonnement contre le premier, ainsi que la révocation de son précédent sursis probatoire de six mois. Contre le second, il demande dix mois de prison, dont quatre assortis d’un sursis simple. Le maintien en détention est également requis pour les deux prévenus.

« On en a tous marre du caillassage, mais cela ne suffit pas pour condamner »

La défense invite le tribunal à ne pas laisser le passé judiciaire des prévenus influencer son appréciation des faits. Leur avocat souligne la constance de leurs déclarations depuis leur garde à vue : ils ne contestent pas s’être trouvés à proximité des affrontements, mais nient avoir participé aux violences.

Pour l’avocat, leur présence sur les lieux ne suffit pas à établir leur participation aux jets de pierres. Il appelle ainsi les magistrats à examiner avec prudence les témoignages et les circonstances des identifications. « On en a tous marre du caillassage, mais cela ne suffit pas pour condamner des personnes », insiste-t-il, rappelant la nécessité de démontrer l’implication personnelle de chacun.

Une argumentation qui n’a finalement pas convaincu le tribunal. Les deux prévenus sont reconnus coupables et condamnés chacun à six mois d’emprisonnement ferme, avec maintien en détention et interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Pour le premier, le tribunal prononce également la révocation de deux mois du sursis accordé en mai dernier par le tribunal pour enfants.

Avant de clore l’audience, la présidente adresse une dernière mise en garde aux deux jeunes hommes. « Il faudrait arrêter de se moquer du monde en disant que c’est toujours la faute des autres », lance-t-elle. « Le tribunal va changer, chacun va vivre sa vie et vous, vous serez là. Demandez-vous si c’est là que vous voyez votre avenir. »

Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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