Monsieur le Député,
Votre récente intervention devant la représentation nationale, au cours de laquelle vous avez tenu des propos remettant en cause la souveraineté française de Mayotte et évoqué des éléments historiques erronés, appelle de notre part une réaction ferme.
En vous exprimant de la sorte, vous ne vous êtes pas contenté de défendre une position politique contestable et que nous contestons fermement. Vous avez porté atteinte à la mémoire de Madame Zena M’Déré, figure emblématique du mouvement populaire pour Mayotte française, dont l’engagement, le courage et la détermination ont profondément marqué l’histoire de notre territoire. Vous avez, par vos déclarations, contribué à jeter le discrédit sur une femme dont le combat est honoré par de nombreux Mahorais et dont la mémoire mérite autre chose que des jugements approximatifs formulés depuis les bancs de l’Assemblée nationale.
Que vous puissiez défendre une lecture différente de l’histoire est une chose, mais que vous le fassiez en méconnaissant manifestement la portée du combat mené par celles et ceux qui ont fait le choix de Mayotte française en est une autre. La liberté d’expression ne dispense ni de rigueur historique ni de respect envers un peuple, sa mémoire et les figures qui ont façonné son destin. Alors que Mayotte s’apprête prochainement à célébrer la mémoire de Madame Zena M’Déré sur notre île, votre intervention devant la haute représentation nationale est une HONTE !
Zena M’Déré incarne un pan majeur de l’histoire politique mahoraise. Son engagement ne saurait être balayé, dénaturé ou instrumentalisé au gré de considérations idéologiques qui ignorent les aspirations exprimées par les Mahorais. Votre fonction de député vous impose une exigence de vérité et de responsabilité. Elle ne vous confère certainement pas le droit de réécrire notre histoire en faisant fi de la mémoire de celles et ceux qui l’ont vécue.
Sur la question de la souveraineté française de Mayotte, nous vous invitons également à mesurer la gravité de vos propos. Pour les Mahorais, ce sujet n’est ni une abstraction diplomatique ni un exercice théorique destiné à satisfaire les convictions idéologiques de responsables politiques de l’extrême gauche. Il touche à notre histoire, à notre identité et au choix que notre population a défendu au fil des consultations qui ont marqué son destin et qui continue encore aujourd’hui. Ce choix mérite d’être entendu et respecté, même lorsqu’il contrarie vos propres convictions.
Dès lors, avant de prétendre donner des leçons aux Mahoraises et aux Mahorais, encore faudrait-il prendre la peine de connaître réellement son histoire. Nous vous invitons donc à sortir de votre bureau parisien, à vous confronter aux réalités du territoire et à venir écouter les Mahorais eux-mêmes, plutôt que de parler à leur place. Encore faudrait-il, bien entendu, que les Mahorais souhaitent vous accueillir après de tels propos envers la mémoire de Zena M’Déré pour vous raconter…
L’histoire de cette île car votre intervention a profondément altéré la considération que nous pouvions vous porter et votre légitimité à prétendre parler de notre territoire avec justesse et respect.
Votre parti et vos alliés ne peuvent pas davantage se soustraire à cette exigence de cohérence. Nous avons de sérieuses raisons de douter de la sincérité et de la constance de l’intérêt que vous portez aux Mahorais. Trop souvent, nous avons le sentiment que Mayotte ne retient votre attention que lorsqu’elle offre une occasion de communication politique, de posture idéologique ou de mise en scène parlementaire.
Votre positionnement en faveur de la proposition de résolution visant à garantir l’accès à l’eau à Mayotte illustre précisément cette difficulté. L’accès à l’eau est une nécessité vitale et un droit fondamental. Les Mahorais attendent des responsables politiques des actes cohérents, un engagement durable et une connaissance réelle de leurs difficultés. Ils n’ont que faire des soutiens ponctuels qui servent ensuite de caution à un discours politique en décalage avec leurs aspirations profondes. Il ne suffit pas de se saisir occasionnellement des difficultés de Mayotte pour prétendre défendre les Mahorais. Encore faut-il respecter leur histoire, reconnaître leurs choix et entendre leur voix, y compris lorsque celle-ci ne correspond pas à la ligne idéologique que l’on souhaite leur imposer.
Nous refusons que Mayotte soit traitée comme un sujet de polémique, que son histoire soit déformée au service d’un discours partisan et que la mémoire de ses figures emblématiques soit malmenée par des responsables politiques qui semblent davantage préoccupés par leurs convictions que par notre territoire. Nous ne vous demandons pas de partager nos convictions par complaisance. Nous vous demandons de respecter les faits, notre mémoire et notre dignité. Cette exigence est le minimum que les Mahorais sont en droit d’attendre d’un représentant de la Nation.
Soyons donc parfaitement clairs : vos fonctions de député ne vous autorisent ni à mépriser notre histoire ni à parler avec désinvolture du destin de Mayotte. La représentation nationale exige de ses membres qu’ils fassent preuve de discernement, de responsabilité et de respect envers l’ensemble des citoyens qu’ils sont censés représenter. À la lumière de vos déclarations, nous ne saurions vous considérer comme un interlocuteur crédible sur les questions touchant à l’histoire et aux aspirations de Mayotte tant que vous n’aurez pas clarifié votre position, reconnu la gravité de vos propos et démontré une volonté sincère de comprendre notre histoire.
Nous attendons de vous des explications précises, et non de nouvelles justifications idéologiques. Nous attendons de vous une prise de conscience, et non une tentative de minimiser la portée de vos déclarations. Vous avez fait le choix de vous exprimer publiquement sur Mayotte sur des sujets que vous ne maîtrisez pas, de ce fait, par la même posture que vous avez eue, nous vous demandons des excuses publiques !
La mémoire de Zena M’Déré mérite le respect. Le choix des Mahorais mérite d’être entendu. La dignité de Mayotte n’est pas négociable.
Nous vous invitons à en prendre pleinement la mesure.
Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de notre détermination à défendre l’histoire, la dignité et les aspirations du peuple mahorais.



































