De quoi meurent les Comoriens ?

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Le dernier recensement gĂ©nĂ©ral de la population ayant produit des donnĂ©es sur la mortalitĂ© remonte Ă  2017 mais d’autres rapports sortis des annĂ©es plus tard, ont Ă©galement permis d’apprĂ©cier de maniĂšre non exhaustive l’évolution des dĂ©cĂšs, notamment maternels qui s’élevaient en 2024 Ă  101 pour 100 000 naissances vivantes.

Contrairement Ă  d’autres pays, aux Comores, les donnĂ©es sur la santĂ© ne sont pas actualisĂ©es rĂ©guliĂšrement ce qui ne permet pas d’avoir des statistiques complĂštes sur des sujets comme la mortalitĂ©. Depuis le dernier rĂ©cemment gĂ©nĂ©ral de la population et de l’habitat (Rgph), rĂ©alisĂ©e en 2017, aucune autre grande enquĂȘte ne s’est penchĂ©e sur l’évolution des dĂ©cĂšs. Toutefois, il arrive de trouver quelques donnĂ©es ici et lĂ  dans des Ă©tudes axĂ©es sur d’autres indicateurs mais dans lesquelles les enquĂȘteurs glissent un questionnaire sur la mortalitĂ©. Sur l’üle d’Anjouan en revanche, la direction rĂ©gionale de la santĂ©, s’appuie depuis 6 ans sur des agents communautaires qui recensent les dĂ©cĂšs survenus dans les foyers.

D’aprĂšs un Ă©chantillon qui n’est pas exhaustif, entre 2023 et 2025, prĂšs de 2271 dĂ©cĂšs communautaires ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es, dont 1011, rien que pour l’annĂ©e derniĂšre. Les causes probables attribuĂ©es Ă  ces disparitions, vont du diabĂšte, en passant par les accidents cardio-vasculaires jusqu’à l’hypertension artĂ©rielle.  » Jusqu’à maintenant, je pense qu’il y a des dĂ©cĂšs qui nous Ă©chappent encore« , concĂšde, une source au sein de la direction rĂ©gionale de la santĂ©, au niveau d’Anjouan, qui ajoute que la tranche d’ñge la plus touchĂ©e oscille entre 60 Ă  89 ans. Les pĂ©riodes de l’annĂ©e durant lesquelles le bilan Ă©tait Ă©levĂ© varient d’un mois Ă  un autre. En 2025, par exemples, les pertes de vies communautaires Ă  Anjouan Ă©taient nombreuses au mois de mai, tandis qu’un an plus tĂŽt, le pic fut observĂ© en avril, avec 97 morts, probablement Ă  cause du cholĂ©ra qui, Ă  l’époque Ă©tait encore trĂšs prĂ©sent dans le pays.

Données partielles

Pour l’état de la mortalitĂ© au niveau du territoire national, un bulletin annuel d’information sanitaire, datant de 2024, produit par le ministĂšre de la santĂ©, nous apprend que le taux de mortalitĂ© maternelle Ă©tait de 101 dĂ©cĂšs pour 100 000 naissances vivantes. Dans une enquĂȘte Ă  indicateurs multiples (Mics), financĂ©e par l’Unicef et publiĂ©e en novembre 2023, l’institut national de la statistique et des Ă©tudes Ă©conomiques et dĂ©mographiques (Inseed) rapportait que sur 1000 personnes de la tranche d’ñge (15 et 49 ans), le taux de dĂ©cĂšs maternels Ă©tait de 7.4% au cours des 7 ans prĂ©cĂ©dant l’enquĂȘte, menĂ©e en 2022.

Un dĂ©cĂšs maternel est celui d’une femme enceinte ou qui est intervenu dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse, de toute cause sauf accidents ou violence. Selon toujours le bulletin annuel d’information du ministĂšre de la santĂ©, il existe de fortes disparitĂ©s entre les Ăźles concernant les dĂ©cĂšs maternels et nĂ©onatals : 142 Ă  Anjouan, 74 Ă  la Grande Comore et 54 pour MohĂ©li.  Sur les causes de la mortalitĂ©, le mĂȘme tableau en rĂ©vĂšle 6 : accident de la route, cholĂ©ra, dĂ©cĂšs maternels, dĂ©cĂšs nĂ©onatals, paludisme et Vih/Sida. A noter que ces donnĂ©es reposent sur un nombre restreint d’évĂšnements principalement issus des analyses dĂ©veloppĂ©es dans les sections prĂ©cĂ©dentes du bulletin. « Elles ne couvrent pas l’ensemble des dĂ©cĂšs survenus en Union des Comores. Plusieurs causes majeures, telles que les maladies non transmissibles, les infections respiratoires, les traumatismes et d’autres pathologies courantes, ne sont pas incluses. Ce tableau offre donc une lecture partielle de la situation des dĂ©cĂšs et ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme reprĂ©sentatif de l’ensemble de la mortalitĂ© observĂ©e en 2024« , lit-on dans le bulletin.

En fĂ©vrier 2026, la direction de l’information et des statistiques sanitaires (Diss) avait dĂ©clarĂ© 646 cas d’avc entre 2024 et 2025 sur le plan national. La tendance montrait que l’Ăźle de la Grande Comore est la plus touchĂ©e par rapport Ă  Anjouan qui avait enregistrĂ© seulement 18 cas sur les 324 de l’annĂ©e derniĂšre. La Diss tirait la sonnette d’alarme sur cette situation critique car le pronostic vital est Ă  dĂ©sirer.

160 euros par an en soins

Toutefois, aucune information sur les dĂ©cĂšs liĂ©s aux Avc, n’avait Ă©tĂ© mentionnĂ©e. L’Inseed, dans son dernier recensement gĂ©nĂ©ral de la population et de l’habitat, de 2017, rĂ©vĂ©lait un taux brut de mortalitĂ© national de 7.1%.  La mortalitĂ© Ă©tait Ă©levĂ©e en milieu urbain qu’en milieu rural, tandis que les hommes mourraient beaucoup plus que les femmes. Pourtant, le pays a vu l’espĂ©rance de vie augmenter passant de 54 ans, en 1980 Ă  68.4 ans en 2017. « La mortalitĂ© des enfants a baissĂ© aussi de 164.3%. Pour la mortalitĂ© nĂ©onatale et maternelle, la prĂ©maturitĂ©, l’infection fƓto-maternelle et l’asphyxie, causent des hospitalisations et dĂ©cĂšs qui surviennent au service nĂ©onatal Ă  El-maarouf« , indique, le rapport de 2017 qui note aux Comores une situation Ă©pidĂ©miologique dominĂ©e par les infections respiratoires aigĂŒes et le paludisme bien que le pays ait connu une baisse de la prĂ©valence du paludisme en 2013 Ă  plus de 98%.

« D’autres maladies telles que le VIH/SIDA, la tuberculose, les arboviroses et certaines maladies non transmissibles comme l’hypertension artĂ©rielle, diabĂšte et l’hypercholestĂ©rolĂ©mie sont toujours actifs dans le pays malgrĂ© leur baisse« , relevait l’Inseed.  Aux Comores,  selon des donnĂ©es du ministĂšre de la santĂ©, jusqu’en 2016, le systĂšme sanitaire comprenait 272 mĂ©decins dont 129 gĂ©nĂ©ralistes, 143 spĂ©cialistes et 27 pharmaciens, selon les diffĂ©rentes spĂ©cialitĂ©s. On comptait par ailleurs 1817 professionnels paramĂ©dicaux, dont 432 sages-femmes diplĂŽmĂ©s d’Etat et 421 infirmiers diplĂŽmĂ© d’Etat. En 2020, une enquĂȘte harmonisĂ©e des dĂ©penses de consommation des mĂ©nages rĂ©vĂ©lait que les mĂ©nages comoriens dĂ©pensaient en moyenne par an,  79 37, 57de francs en soins, soit  prĂšs de 160 euros. D’aprĂšs un sondage publiĂ© en 2025 par Afrobarometer, sept sur 10 citoyens comoriens (70%) disent avoir manquĂ© de mĂ©dicaments ou de soins mĂ©dicaux au cours des 12 derniers mois.

PrĂšs de trois sur quatre (74 %) estiment qu’il Ă©tait « difficile Â» ou « trĂšs difficile Â» d’obtenir les soins ou les services mĂ©dicaux nĂ©cessaires. « Sept sur 10 citoyens qui ont frĂ©quentĂ© un hĂŽpital public au cours des 12 derniers mois trouvent difficile l’accĂšs aux soins mĂ©dicaux, et la majoritĂ© disent avoir Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  de longs temps d’attente, au coĂ»t Ă©levĂ© des soins, Ă  l’absence d’un personnel mĂ©dical, Ă  l’insuffisance de mĂ©dicaments ou de matĂ©riels ainsi qu’au mauvais Ă©tat des infrastructures », complĂšte l’Ong, Afrobarometer.

Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??

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