Entre Miréréni et Combani, la tension est de nouveau palpable

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Depuis vendredi dernier, de nouveaux affrontements ont éclaté entre les habitants de Miréréni et ceux de Combani. Si la raison de cette recrudescence de la délinquance reste pour l’heure inconnue aux yeux de la gendarmerie, l’agression d’un jeune de Vahibé aux abords du RSMA en serait l’origine. La municipalité a pris un arrêté pour limiter la circulation des mineurs des deux villages entre 19h et 5h.

« Tous les quatre matins, Combani essaie de nous chatouiller. » Résidente à Miréréni, Zakia* en a gros sur la patate. Depuis vendredi soir, les deux villages font de nouveau l’objet d’affrontements. Passages à tabac, magasins cambriolés, incendies multiples et caillassages sont le lot quotidien des habitants. Si pour l’heure, les forces de l’ordre disent ne pas connaître l’origine de cette étincelle, la population tient un discours plus pimenté. « L’agression d’un garçon de Vahibé qui se rendait au RSMA a mis le feu au poudre », raconte Mohamed*, visiblement bien au fait des événements de ces derniers jours.

La réplique ne se fait pas attendre avec le débarquement d’une centaine de jeunes de la commune voisine dès l’après-midi. « Les rumeurs vont bon train. L’enquête est en cours », tempère la gendarmerie. Dès lors, les bandes se rendent coup pour coup. Avec une nouvelle envolée le lendemain en fin d‘après-midi à l’occasion d’un guet-apens subis par les joueurs de football du club Miréréni à l’issue de leur match à Tchanga, faisant un blessé grave à l’oreille. Le soir-même, deux versions s’opposent. Tandis que Zakia évoque l’attaque de 30 jeunes casqués et cagoulés, munis de cocktails molotov et de boulons, Mohamed dénonce l’envahissement du quartier de Badjoni dans le but d’y mettre le feu. « Des jeunes de 12-13 ans se baladaient avec des bidons d’essence ! »

Miréréni, interdit de séjour à Combani

« Depuis samedi, nous avons interdiction de pénétrer à Combani », précise l’habitante de Miréréni, qui relate l’exclusion des femmes qui vendent leurs produits au marché. « Elles ont été traînées par terre… » Plus aucun travailleur ne peut se rendre sur son lieu de travail en passant par le pont. Et les menaces fusent. « Ces gens-là ne descendront plus chez nous », explique clairement Mohamed.

Mais le paroxysme intervient lundi, à la suite du décès d’une vieille dame de Combani, intervenu la veille. Sauf que le cimetière se trouve dans le village adverse. Œil pour œil, dent pour dent, les habitants de Miréréni leur refusent l’accès. De quoi remettre de l’huile sur le feu, surtout lorsqu’il s’agit de religion. « Nous avons dû l’enterrer à côté de la mosquée », précise le Combanien. Une décision soutenue par Zakia, qui met en garde les « parents qui utilisent les délinquants » pour se venger. « Nous nous faisons tabasser quand nous voulons faire des choses simples de la vie », poursuit-il.

« Nous sommes terrorisés »

D’un côté comme de l’autre, on se renvoie la balle. Plus personne ne semble vouloir mettre de l’eau dans son vin, comme cela a pu être le cas il y a quelques mois. « Les réunions ne donnent rien, car ils ne sont pas honnêtes. Nous ne pouvons plus échanger, ils veulent nous pousser à bout. Nous avons peur de sortir de chez nous, nous sommes terrorisés ! », déplore Zakia. Même son de cloche de la part de Mohamed qui craint une recrudescence des violences, même si ces derniers tendent à se calmer. « Quand ils commencent à boire et à fumer de la chimique, nous ne pouvons plus les contrôler. »

La gendarmerie, qui a déployé un escadron mobile depuis vendredi, se montre plus rassurante et ne recense aucun affrontement entre jeunes au cours des dernières 48 heures. Un calme relatif qui fait peut-être suite à l’arrêté municipale  « important » pris dimanche en fin de journée pour interdire la circulation des mineurs de 19h à 5h. Leur objectif ? Sécuriser les commerces, les restaurants, les lieux de vie habituels pour que « chacun reprenne son quotidien, sans avoir à vivre avec la peur au ventre ». Avant de tenter de dédramatiser : « Cela n’a rien à voir avec l’intensité des violences qu’il y a eu en septembre. »

* prénoms d’emprunt

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°945

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