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Transport scolaire à Mayotte : « Nous ne partons pas au travail mais à la guerre »

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Vendredi dernier, les chauffeurs de bus scolaires ont une nouvelle fois usé de leur droit de retrait la veille des vacances scolaires. Leurs conditions de travail qui ne s’améliorent pas les ont poussés à prendre cette décision même si cela a un impact sur la scolarité des élèves. Beaucoup de jeunes n’étaient pas au courant du mouve-ment et se sont retrouvés démunis.

5h30, au point de ramassage scolaire de l’amphidrome à Mamoudzou, les élèves commencent à s’impatienter. Leurs bus ont quelques minutes de retard, et aucun ne se montre à l’horizon. « Ce n’est pas normal », dit un lycéen en secouant la tête. Les spéculations vont bon train, les jeunes s’interrogent entre eux et très vite, ils comprennent qu’aucun véhicule scolaire ne les emmènera jusqu’à leurs établissements scolaires respectifs ce vendredi 30 avril. Tous ignoraient l’information, une situation qui les exaspère particulièrement dans ce contexte tendu, où les élèves sont les cibles d’actes de barbarie. « Je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas été prévenus. Normalement, ils le di-sent partout dans les journaux et là, ce n’est pas le cas. Et si on se fait agresser dans la rue ? », s’agace Riziki, une lycéenne. Elle est particulièrement inquiète puisqu’elle est originaire de Doujani, une circonstance aggravante selon elle. « On sait tous ce qu’il se passe [là-bas] », ajoute-t-elle, sans en dire d’avantage. Riziki n’a pas voulu prendre de risque alors elle a pris un taxi depuis chez elle jusqu’au point de ramassage de Mamoudzou à côté des quais de la barge. Mais les quelques sous qu’il lui reste en poche ne lui permettent pas d’en prendre un deuxième. Elle décide donc de continuer son chemin à pieds jusqu’au lycée des Lumières.

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Un groupe d’une dizaine d’adolescents la suit, n’ayant pas d’autres alternatives. « Je marche jusqu’au lycée, parce que j’ai un examen aujourd’hui, alors je ne peux pas sécher les cours », explique Oumaya qui vient de Petite-Terre. « Je suis obligée d’aller à l’école, c’est pour cela que je marche, mais ça m’énerve un peu quand-même », ajoute l’une de ses camarades. S’ils longent le trottoir qui relie le centre de Mamoudzou à Kaweni, la marche semble moins pénible entre amis. Pour preuve, les jeunes rient entre eux et s’arrêtent même pour se prendre en photo.

Les élèves disent comprendre le droit de retrait des conducteurs de bus solaires, mais regrettent ne pas avoir été mis dans la confidence plus tôt. Alors si les plus déterminés vont à pieds jusqu’à leurs établissements scolaires respectifs, d’autres préfèrent tout simplement rebrousser chemin. À l’exemple d’Edanis qui habite à Kaweni et qui est scolarisé au lycée de Petite-Terre. « C’est en arrivant à Dzaoudzi que j’ai appris en même temps que les autres qu’il n’y avait pas de bus… Je préfère donc rentrer chez moi. » Le jeune homme est plutôt ravi d’être en vacances avant l’heure, comme les nombreux élèves qui manquent à l’appel dans les collèges et lycées ce jour-là. La valse des bus scolaires qui se joue tous les matins aux abords des établissements a laissé place au calme.

 

Des conditions de travail insupportables

 

Les bus tant attendus par les jeunes se trouvent aux remblais à M’tsapéré avec leurs chauffeurs. Pare-brises fissurés, vitres remplacées par du plexiglas, chacun est venu au point de rassemblement avec son engin caillassé pour prouver leur quotidien sur la route. Tous racontent leurs mésaventures, tous ont déjà reçu un jet de pierre alors qu’ils transportaient des élèves. « La question n’est pas de savoir si on a déjà été caillassés, la question est de savoir combien de fois on l’a été », relève l’un d’eux. Chacun y va de sa petite anecdote, certains plus touchés d’autres. Naouiroudine Maoulida, conducteur de bus scolaire depuis quatre ans, a vécu son premier caillassage il y a seulement quelques jours, et en est encore tout chamboulé. « Quand une vitre est cassée, les jeunes crient et ça perturbe beaucoup le chauffeur. Ce sont leurs cris qui m’ont déstabilisé, je ne savais pas quoi faire », raconte-t-il. Il s’en sort avec une simple vitre brisée à réparer et aucun blessé à déplorer.

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Mais les blessures psychologiques sont encore profondes. « Après ce qu’il m’est arrivé, j’étais désorienté. C’est un tel choc… », admet Naouiroudine Maoulida. Ces collègues auraient aimé être soutenus psychologiquement puisque le poids sur le moral est bien présent. Et toutes leurs familles en pâtissent. « Ma mère m’appelle tous les matins pour vérifier si tout va bien et si ma femme ne me voit pas à la maison à 7h30, elle s’inquiète », argumente un chauffeur. Les caillssages sont une chose, mais les professionnels redou-tent également les agressions à l’intérieur de leurs véhicules. « On ne peut pas fouiller les sacs alors que certains jeunes montent dans nos bus avec des armes », affirme l’un d’eux. « Nous ne partons pas au travail, mais à la guerre », lance un autre. Tous estiment être constamment en danger quand ils transportent les élèves, il est donc grand temps pour eux de mettre fin à ces conditions de travail insupportables.

 

Dernière mise en garde

 

L’année dernière, les chauffeurs de bus scolaires étaient déjà en grève pour dénoncer les mêmes problèmes. Différentes autorités avaient alors essayé de calmer le jeu. L’État, le Département, le rectorat, l’association des maires, et les entreprises de transports sco-laires avaient même signé un protocole de fin de conflit en novembre 2020 où chacun s’engage à des obligations pour assurer la sécurité des professionnels et des enfants. « Cinq mois plus tard, nous nous rendons compte que la plupart de ces mesures n’ont pas été respectées. À l’issue de la signature, il y a certaines choses qui ont été faites, par exemple la mobilisation des forces de l’ordre en zones police et gendarmerie, mais ça a été de la poudre de perlimpinpin, ça n’a duré que quelque temps », affirme Yasmina Ma-bouroukou, une membre du conseil syndical de l’UICFDT. Excédés de ne voir aucun changement au fil des mouvements, les organisations syndicales font une dernière mise en garde à travers ce droit de retrait. « Nous voulons mettre face à leurs responsabilités tous ceux qui ont signé ce protocole. Nous demandons juste qu’il soit respecté. Si nous n’avons pas de réponse d’ici deux semaines, la position de la CFDT est de ne pas effec-tuer le ramassage des élèves à la rentrée », prévient Yasmina Mabouroukou. Les autori-tés prendront-elles ces menaces au sérieux ? Réponse dans deux semaines.

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