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Plus de 10 000 naissances en 2021 à Mayotte

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Le chiffre est l’un des plus parlants pour décrire la situation de Mayotte. Régulièrement employé, il va désormais changer. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté national passe en effet de 84% à 77%. Une baisse qui ne doit pas masquer une autre réalité : les inégalités de vie se sont creusées.

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Avec 9913 naissances à la fin du mois de novembre, l’île au lagon dépassera allègrement les 10 000 naissances en 2021. Ces chiffres, grimpant avec les années malgré la précarité caractéristique du 101ème département français, sont le résultat de la mentalité mahoraise au sujet de la parentalité.

Record battu. Plus de dix milliers d’enfants auront vu le jour à Mayotte cette année, surpassant les 9770 nourrissons de 2019. Plus que jamais, Mayotte confirme ainsi son statut de première maternité de France, enregistrant 30 naissances par jour en novembre, et même plus de 1000 par mois en mars, avril et mai 2021. Se réjouir de ces performances serait pourtant bien téméraire, à la lumière de la précarité dont est victime la société mahoraise, possédant le plus faible PIB par habitant de France. Pourtant, le CHM continue de faire naître de plus en plus d’enfants, 4,2 en moyenne par femme, contre 1,8 en métropole. Les parents sont en outre plus jeunes à Mayotte, avec un âge moyen déclaré de 25 ans à la naissance du premier enfant, alors qu’il n’est que de 30,7 ans dans la France entière.

Dans le 101ème département français, les enfants deviennent parents. 7% des pères l’ont été alors qu’ils étaient encore mineurs. Les hommes ont d’ailleurs plus d’enfants que les femmes, et en désirent plus qu’elles. Les femmes mahoraises questionnées par l’INSEE veulent 5 enfants en moyenne, et considèrent avoir « trop d’enfants » à partir de 6. Quant aux hommes mahorais, ils veulent 7 enfants en moyenne, et pensent que c’est trop au-delà de 8. Ces différences sont motivées par plusieurs facteurs, selon Mlaili Condro. Le docteur en sciences du langage a aussi un œil avisé sur la société mahoraise, et notamment au sujet de la parentalité. « Ce n’est pas étonnant que les désirs des hommes soient plus élevés, il y a une instabilité matrimoniale de leur côté due à la polygamie, explique-t-il. Et un mariage qui ne donne pas d’enfants est un mariage menacé. »

« C’est Dieu qui donne »

L’autre problème est la contraception, charge qui est encore considérée féminine sur le territoire. Si cette considération est inégalitaire, ce sont bien les femmes qui doivent subir les accouchements, sans parler de l’éducation, qu’elles assurent en grande partie pour beaucoup d’entre elles. Ainsi, c’est au-delà de trois enfants que les femmes mahoraises s’estiment en moins bonne santé. La religion est le dernier facteur de ces différences, symbolisé par le quart d’hommes ayant répondu « C’est Dieu qui donne » lorsqu’on leur demandait leur nombre d’enfants souhaités. « Il y aussi cette conception de la naissance régie par la foi, la croyance en Dieu, confirme Mlaili Condro. Mais c’est une conception qui n’est valable qu’à partir d’un certain âge, pas pour les nouvelles générations. »

Les jeunes de Mayotte sont en effet moins enclins à avoir de nombreux enfants, et le chercheur ne s’y trompe pas. Les 18-25 ans désirent avoir 3 enfants, contre 2,4 en métropole, et l’enquête MFV-Mayotte de l’INED (Institut national des études démographiques) et de l’INSEE prouve que l’âge souhaité du premier enfant croît avec le niveau d’études. « Ces nouvelles générations sont confrontées à une société de loisirs, à une envie de voyager, et au travail, beaucoup plus ouvert aux femmes, analyse Mlaili Condro. C’est aussi dû au fait qu’une bonne part des Mahorais ont fréquenté l’école et ont été exposés à des cours où il a été question de contraception, de la conception d’un enfant. C’est donc un constat à relativiser selon les générations. »

1% des Mahorais font un enfant pour leur épanouissement

Néanmoins, comment expliquer que ce le nombre d’enfants désirés soit plus fort à Mayotte qu’ailleurs, et ce malgré la génération ? L’histoire sociétale de l’île au lagon n’est évidemment pas étrangère à ces velléités de parentalité, qui trouvent aussi leur source dans le besoin matériel. Ainsi, les motifs avancés par les personnes interrogées sont le soutien dans la vieillesse (59%), l’aide au travail (40%), la solidarité des grandes familles (39%), l’affirmation de soi (21%) ou encore les allocations (4%). Alors que 21% des Mahorais ne trouvent « aucun avantage » à faire des enfants, seuls 1% font un enfant pour leur épanouissement personnel. Loin de considérer ces réponses comme égoïstes, Mlaili Condro y voit plutôt un « pragmatisme » : « Je vais certainement vieillir, avoir des difficultés. Il vaut donc mieux avoir quelqu’un avec soi, dans une société où le système social n’est pas performant« .

La solidarité envers les personnes âgées, c’est indéniable, prend une forme différente à Mayotte par rapport aux sociétés occidentales. « À Mayotte, ce sont les enfants, pour l’instant, qui garantissent la solidarité lors de la vieillesse, défend Mlaili Condro. Les gens préfèrent, afin de finir dignement, voir leurs enfants s’occuper d’eux. Ce qui pourrait paraître égoïste est plutôt une forme de devoir : j’attends ceci de mon enfant, et mon enfant attendra également ceci des siens. Mais ça se prépare, ça suppose que j’ai préparé mes enfants pour ça, que je leur ai donné tout l’amour nécessaire. Et le mot juste est donner, comme donner la vie à un être. » La patience est donc de rigueur, afin de voir la mentalité mahoraise liée à la parentalité se fondre à la modernité, et, enfin, accoucher d’une natalité contrôlée nécessaire au développement socio-économique de l’île.

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