Mouvement social | Les manifestants préparent "la seconde étape du mouvement"

Mouvement social | Les manifestants préparent "la seconde étape du mouvement"

Satisfaits que la situation de Mayotte résonne jusqu'en métropole via les médias nationaux, les manifestants sont sur le pied de guerre pour préparer "la seconde étape du mouvement" : mobiliser l'exécutif. En attendant, les grèves et les barrages se poursuivent. L'une des conséquences : la fermeture du service de consultations externes du Centre hospitalier de Mayotte, hier. 

Ce jeudi 8 mars, neuf barrages étaient dressés sur les routes mahoraises, à Chiconi, Chirongui, Coconi, Bandrélé, Kahani, Bouyouni, Longoni, Koungou, Tsararano. La mobilisation sociale ne montre aucun signe d'affaiblissement. D'autant plus au regard de l'intérêt soudain de la presse nationale et de l'opinion publique par-delà les frontières de l'île : "Nous avons réussi notre première étape consistant à mobiliser la métropole au travers de la presse. Maintenant, il est temps de passer à la seconde étape : faire réagir l'exécutif", explique Foumo Silahi, l'un des porte-parole du mouvement. Malgré cette "petite victoire" pour le mouvement social, les grèves et les barrages comptent bien redoubler d'intensité. L'un des stigmates de ce phénomène : la fermeture du service des consultations externes du Centre hospitalier de Mayotte (CHM), faute de "personnel disponible". "Depuis le début des grèves, c'est la première fois qu'un service est fermé", constate-t-on du côté du service communication du CHM. En guise de remède temporaire, le CHM répartit actuellement ses effectifs dans les centres de référence (dispensaires, par exemple) les plus proches des domiciles respectifs des personnels médical et soignant.  

La crainte de ne plus maîtriser les barrages

A l'entrée du barrage de Tsararano, femmes, enfants et pères de famille sont réunis autour d'un barrage de pneus et de bambous. Si les manifestants sont satisfaits que la métropole se saisisse des problématiques mahoraises par l'intermédiaire des journalistes, la défiance à l'égard de ces derniers reste présente : "Nous avons parfois été déçus par le traitement du mouvement social", lance d'emblée un manifestant. "Beaucoup de journalistes se focalisent sur les débordements au lieu de se concentrer sur notre message de fond : la lutte pour plus de sécurité". Les tensions désamorcées, certains manifestants font part d'un événement ayant provoqué leur colère plus tôt dans la matinée : "Deux camions de CRS ont foncé dans le barrage vers 4h du matin. C'est scandaleux ! ", dénonce un manifestant. Une information formellement démentie par la gendarmerie qui explique que les camions auraient circulé alors que les barrages n'étaient pas encore érigés.

Pour les usagers de la route, passer le barrage de Tsararano relève du parcours du combattant : "A part les ambulances et les personnes âgées, personne ne passe !", entend-on sur la barricade alors qu'un taxi transportant des personnes en situation de handicap file entre les pneus temporairement dégagés pour laisser passer le véhicule. Pour les piétons, un petit sentier boueux est libéré afin de contourner le barrage. "Nous avons installé une certaine discipline avec l'obligation de laisser passer les travailleurs du secteur médical et social", explique Foumo Silahi. Mais certains événements tels que la fermeture du service des consultations externes du CHM témoignent de la liberté d'appréciation de ces "obligations" selon les manifestants. "Nous ne sommes pas des chefs, mais plutôt des médiateurs", justifie M. Silahi. L'une de ses craintes : "ne plus maîtriser les barrages et les manifestations si jamais l'Etat n'apporte pas de réponse forte". Pour motiver ce dernier à agir rapidement, ce porte-parole martèle son projet de "multiplier les actions". "Nous allons poursuivre les blocages en nous rapprochant progressivement de Mamoudzou. Et nous irons jusqu'à l'aéroport si nécessaire", ambitionne-t-il. Etape suivante : la venue de la ministre des Outre-mer à Mayotte annoncée "prochainement" par le porte-parole du gouvernement. Un événement qui sera décisif dans l'évolution de ce mouvement social qui s'annonce déjà historique.

 

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