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Guérir des malades au moyen des versets du Coran

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Telle est la définition de la « Roqiya » ou médecine prophétique qui veut que le Coran soit une guérison, et non un médicament, pour chaque croyant et pour n’importe quelle maladie. Une pratique qui se développe grandement à Mayotte depuis quelques années, non sans certains revers, que l’autorité cadiale surveille de très près.

Dans quel cas de figure intervient la médecine prophétique ? À Mayotte, il existe différents cas d’école dans le recours à la « Roqia ». Il y a toujours le (la) patient (e) en proie à la maladie devant laquelle la médecine conventionnelle admet ne pas avoir de solution ou d’explication. Celle-ci peut être de type physique ou psychologique. Dans le désespoir, les proches se dirigent vers des référents spirituels (cadis, responsables de moquées, grandes autorités religieuses villageoises, etc.) Et pour cause ? En pareilles circonstances, les us et coutumes locales veulent qu’il s’agisse d’une manifestation du malin (santan) ou de sorcellerie. Depuis peu, il est également admis que les conséquences de la modernisation rapide de la société engendrent des problèmes nouveaux dépassant certaines personnes (les laissés pour compte de la marche forcée vers l’occidentalisation) au point qu’elles développent des nouvelles formes de pathologies. Il y a aussi le bouche à oreille qui fonctionne bien au point que les cabinets de certains « Raqi » réputés pour leur efficacité sont pris d’assaut au quotidien, autant que les cabinets des médecins libéraux ou hospitaliers.

Installé dans les hauteurs du quartier Bambao à Labattoir, Soibaha est l’un de ces « Raqi » de référence à Mayotte. « L’islam nous enseigne que le Coran dans son entier est une guérison (mais pas un remède) pour les malades et les croyants auxquels Allah (Dieu) accorde sa miséricorde. Les personnes qui nous consultent souffrent de maux correspondant à des cas de possession avérée, c’est-à-dire que le corps se trouve sous l’emprise totale d’un autre corps immatériel. Ce dernier peut aller jusqu’à occasionner des actes irrationnels, transformer une personne habituellement calme à un être hyper violent qui finira par regretter amèrement les dégâts qu’il aura causé à ses proches ou autrui au cours de son dédoublement de personnalité » explique-t-il, avant d’interroger, « comment voulez-vous que la médecine moderne solutionne des cas pareils » ? À l’inverse d’autres religions, l’Islam se veut être une réponse à l’ensemble des difficultés que peuvent rencontrer les croyants. C’est à ce titre que différents versets du Coran ont vocation à guérir certains types de maladies. Selon des témoignages recueillis auprès de certaines personnalités religieuses, la « Roqiya » aurait été portée à la connaissance du prophète par certains de ces disciples originaires de Médine. Il aurait alors demandé à ce qu’on lui présente toutes les différentes méthodes utilisées pour guérir les malades.

Le monde local de la « Roqiya » n’est pas un long fleuve tranquille

Celles-ci prenaient appui sur des passages de la Thora et la Bible, notamment en référence aux exploits de Moïse en Egypte face à Pharaon. Il aurait recommandé de ne pratiquer la « Roqiya » que sur la base de versets coraniques et de certaines invocations. De là naquit une jurisprudence musulmanes en la matière, avec des règles très strictes qui interdisent toute association de cette pratique avec des êtres créés par Dieu (humains, djinns, esprits sataniques, objets animés ou inanimés), avec des lieux (sanctuaires et autres endroits sacrés) ou des objets tels que les talismans divers et variés. Le non respect de ces 3 règles équivaut à un « Shirkh » (pécher). L’usage de certaines plantes bien répertoriées pour leurs effets positifs est à peine toléré.

Dès lors, on comprend bien l’approche de l’institution cadiale (autorité musulmane officielle à Mayotte) face au développement de la médecine prophétique dans notre département avec l’obligation faite aux « raqi » mahorais de signer une convention et respecter une charte déontologique. À Mayotte où le synchronisme religieux est la grande règle, le recours aux voyants, astrologues, tradipraticiens et autres guérisseurs, est monnaie courante. Des pratiques illicites aux yeux des « raqi thérapeutes » qui entendent les éradiquer. Il convient de constater que sur ce chapitre, ils ont plutôt du pain sur la planche.

Le monde de la « Roqiya » à Mayotte n’est pas un long fleuve tranquille, loin de là. Il a ses bizarreries propres, ses querelles de « raqi» et surtout ses dérives que beaucoup dénoncent. Si dans la règle, il ne peut être fait usage que de versets du Coran, dans la pratique, des divergences existent d’un Raqi thérapeute à un autre. Cela s’explique en particulier par la formation initialement reçue par les uns et les autres, en fonction de leur zone géographique d’origine. En effet, dans certains pays musulmans la formation d’un « raqi » peut être longue, 6 années en moyenne. Ce n’est pas le cas de tous ceux qui pratiquent la médecine prophétique à Mayotte. Un bon nombre aurait appris dans le tas au contact avec d’autres notamment en Métropole. L’exercice de la « Roqiya » se matérialise par des séances d’exorcisme dont le nombre et la durée varient selon le patient. « Les versets coraniques les plus efficaces demeurent ceux référencés comme ayant été utilisés par Moïse (Moussa) contre le pharaon dans l’Egypte antique. Mais comme dans la médecine moderne, les cas de récidives ne sont pas à exclure, tout dépendant de la nature du corps étranger invisible qui embête le patient », indique Soibaha le « Raqi thérapeute » de Labattoir.

Le captage, une technique qui ne fait pas l’unanimité

Depuis quelques années, il a recours à une technique dite de « captage » d’esprits malfaisants. Celle-ci aurait été introduite à Mayotte en 2011 par un certain Abdou Raouf Ben Alima. Elle consisterait à transférer sur un assistant du « Raqi thérapeute », à l’aide des versets du Coran et de certaines invocations, l’esprit malfaisant (qui quitte alors le corps du malade) afin qu’il s’exprime verbalement avant qu’il ne soit contraint à se soumettre définitivement à la foi musulmane sous peine d’être anéanti. Elle apporterait des résultats probants dans 80 % des cas, avec des effets rapides sur les patients. Et si cet aspect ne souffre d’aucune contestation, la technique ne reste pas moins très contestée par bon nombre de pratiquants de la médecine prophétique qui lui reprochent sa proximité avec les esprits maléfiques. C’est le cas d’Abdoul-Anziz, un autre « Raqi thérapeute » (formation préalable de 6 ans) d’origine tanzanienne, qui estime que le captage rend trop dépendant le patient guéri par ce moyen. « Il n’y a qu’une minorité de savants musulmans qui accepte cette méthode, et encore sous certaines conditions. Son principal inconvénient est que la personne guérie va continuer à interpréter chaque événement de sa vie comme étant le fruit d’un esprit obscure. Il va vouloir consulter le « Raqi » pour n’importe quoi, le chat qui a fait tomber une assiette dans la cuisine, le chien qui aboie trop, etc. Et là il y a une déconnexion évidente entre le croyant et son créateur or le prophète Mahomet nous recommande, dans ce genre de cas, d’énoncer simplement certaines invocations. Lorsque la situation débouche sur cette configuration où le patient croit plus en son Raqi qu’à Allah et à la souna de son prophète, le captage s’écarte de la sphère de la Roqiya, on n’est plus dans la guérison au moyen de la parole divine contenue dans le Coran car la personne guérie doit normalement retrouver son autonomie, continuer à prier Dieu et non s’écarter du chemin tracé par Mahomet ».

En matière de dérives dénoncées auprès de l’autorité cadiale à Mayotte, il y a pire ! Il est fait état d’attouchements sur des patientes par des Raqis sous prétexte de soins, notamment par la pose d’écritures coranique sur des parties intimes. Sur ce cas précis, la jurisprudence musulmane est claire, « nul ne peut prodiguer des soins à une patiente hors de la présence d’un membre de sa famille. »

En y mettant de l’ordre dans ce capharnaüm, l’autorité cadiale retrouve sa place de référant spirituel et sociale dans la société mahoraise en mouvement et sujette à de multiples bouleversements.

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