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Les enfants, les victimes collatérales des violences conjugales

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Un homme qui frappe sa femme enceinte, un enfant qui assiste à la dispute, caché derrière une chaise… C’est le quotidien de certains foyers. Cette scène inspirée de la vie réelle a été jouée par des collégiens devant un parterre d’officiels et représentants de différentes structures. Objectif ? Sensibiliser sur les conséquences des violences conjugales, notamment sur les enfants qui sont parfois oubliés. « Celui qui agresse veut toujours avoir raison et la victime polarise sur les violences et l’intimidation qu’elle subit. Les préoccupations et les droits de l’enfant sont passés au second plan », souligne Étienne Aka, le directeur de l’association pour la condition féminine et l’aide aux victimes. Il est donc important pour la structure de mettre en avant cet aspect car la situation à Mayotte semble être préoccupante, même si pour l’heure il n’y a aucune donnée à ce sujet.

« À Mayotte, il y a des risques que ce soit un vrai problème. Sur les dernières interventions qu’on a faites, trois personnes sur sept qui participaient aux ateliers nous disaient qu’elles avaient grandi dans des familles où il y avait des violences. Trois sur sept c’est beaucoup et ça nous laisse imaginer l’ampleur réelle du phénomène », alerte Taslima Soulaimana, la directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes. La sensibilisation auprès des parents et des plus jeunes est donc essentielle pour éviter des drames et des traumatismes. C’est la raison pour laquelle l’ACFAV a placé la condition de l’enfant au cœur des débats sur les violences conjugales. Et qui de mieux pour faire passer le message que des enfants. Des élèves du collège Ouvoimoja de Passamaïnty ont relevé le défi et ont exposé le problème à travers différentes scénettes.

Des enfants conscients du problème

Âgés de seulement 12 et 13 ans, les comédiens en herbe portent déjà un regard très mature sur les questions de violences conjugales. « Je sais que beaucoup de femmes maltraitées ont honte et ont peur de parler parce qu’elles pensent que leurs maris vont encore plus les frapper. Alors que si elles ne parlent pas, les hommes vont croire qu’ils ont encore plus de pouvoir sur elles et ils vont continuer à frapper d’autres femmes », indique la jeune Zarianti. Cette dernière raconte avoir assisté à une scène de violences entre mari et femme, et l’évènement l’a marquée. « Il la frappait devant ses enfants qui regardaient. Ça m’a touchée j’étais très mal, je ne comprends pas comment on peut faire cela », témoigne-t-elle.

Pour cette raison, la jeune fille assure que quand elle sera grande, elle fera « quelque chose pour aider les femmes qui sont victimes de violences, mais aussi les hommes. » Sa camarade de classe, Francivia, n’en pense pas moins, elle qui s’est donnée corps et âme pour leur spectacle. « On a travaillé pendant trois jours et on s’est bien amusés. La pièce de théâtre m’a fait réfléchir. Je pense beaucoup aux femmes qui souffrent et aux enfants traumatisés », confie l’adolescente. Avant de collaborer avec l’ACFAV, la plupart de ces élèves de 5ème n’avait aucune idée de ce que pouvaient être les violences conjugales. Ce n’est pas un sujet qu’ils abordent facilement dans le cercle familial. « Mes parents ne m’en parlent jamais, mais depuis que je fais le spectacle, j’essaye de discuter avec eux sur ça, mais ils ne m’écoutent pas », révèle Francivia. Si ses parents se montrent réticents, la jeune fille n’a aucune difficulté à évoquer ces questions avec ses enseignants et ses amis. Francivia, Zarianti et tous leurs camarades qui ont participé à la présentation sont désormais sensibilisés à la cause des femmes et des enfants violentés. Ils peuvent à leur tour faire passer le message et ainsi contribuer à la lutte contre les violences conjugales.

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