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“Soutenez-nous” : l’appel à l’aide des sages-femmes de Mayotte

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Mercredi 5 mai, à l’occasion de leur journée internationale, les sages-femmes de Mayotte ont décidé de se mettre en grève. Qu’elles soient libérales, dans le secteur territorial (PMI), dans le milieu hospitalier, toutes souhaitaient mettre en lumière le déclin de leur profession et le manque de moyens. Elles étaient une quarantaine mobilisées depuis tôt dans la matinée.

En colère ! Dès six heures du matin, les sages-femmes se réunissent au rond-point en face de l’embarcadère, pour tenter de faire prendre conscience à la population mahoraise, la situation critique dans laquelle elles se trouvent. “Un klaxon pour les sage-femmes”, peut-on entendre d’une sortie à l’autre. “Soutenez-nous ! C’est pour vous que nous sommes là.” Les passants sourient, klaxonnent. Certains lèvent le poing et souhaitent du courage aux grévistes. “On aimerait que tout le monde réagisse aujourd’hui”, lance Anaïs, en poste à l’hôpital de Mamoudzou.

À l’arrivée de la barge de 6h30, les sages-femmes s’arment de leurs banderoles et attendent sur le quai. S’exprimant grâce à un micro et un amplificateur, elles peuvent faire passer leur message à tous les passagers. Pour des raisons de sécurité, le STM préfère ne pas débarquer et prendre la direction du quai Colas, situé à deux pas. Mais avant même d’y arriver, les sage-femmes sprintent de l’autre côté et attendent une nouvelle fois tout le monde de pied ferme. Une scène comparable au jeu du chat et de la souris qui provoque ni plus ni moins le renvoi de la barge en Petite-Terre… avec les mêmes clients ! Et si quelques travailleurs font grise mine, l’ambiance est plutôt aux applaudissements. “On vous soutient, bravo les sage-femmes”, s’égosille une dame vêtue d’un salouva bleu. Un élan de solidarité qui fait chaud au cœur, sachant que les professionnels de santé se sentent méprisées aussi bien par l’hôpital que par l’État.

 

Des conditions de travail qui se dégradent

 

C’est un épuisement global qui ressort des discours de la journée. Un ras-le-bol vis-à-vis de la situation presque insurmontable sur l’île. Si le CHM est bien connu pour être la plus grande maternité de France, les records ont atteint des sommets ces dernières semaines. « En avril, il y a eu 800 naissances. Idem en mars… Je n’ai jamais vu ça en six ans à Mayotte », raconte Anaïs entre deux slogans. L’effectif de sages-femmes sur le territoire est si réduit qu’elles ne peuvent pas s’occuper des naissances du début à la fin. Elles réclament que chaque femme puisse être correctement accompagnée, ce qui se traduit concrètement par une campagne de recrutement et un agrandissement de la maternité de Mamoudzou, réclamé depuis cinq ans. « Il y a une grande partie des futures mamans qui ne peuvent avoir qu’une échographie au lieu des trois normalement préconisées parce qu’il n’y a pas de créneau », continue Anaïs, très remontée.

Une partie des femmes mahoraises choisit donc d’aller accoucher à La Réunion ou en métropole. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque de donner naissance dans son département, mais le manque de moyens inquiète. « Il faudrait doubler tous les effectifs de sages-femmes sur l’île », conclut Anaïs, clairement lassée par une situation qui stagne, voire qui régresse.

« Les conditions d’accueil se dégradent », se désole Alexia, en poste à Mayotte depuis huit ans maintenant. La jeune femme évoque le nombre de naissances qui ne fait qu’augmenter et la taille de la maternité qui ne bouge pas. « Il n’y a que sept salles d’accouchement à l’hôpital et il y a en ce moment 40 naissances par jour ! » Elle semble totalement désarmée face aux difficultés qu’elles ont à surmonter. « Pendant certaines gardes, je ne me sens pas en sécurité, je n’ai pas l’impression que je pourrais m’occuper de tout le monde », continue-t-elle, décrivant une réalité qui fait peur, mais que les sages-femmes vivent au quotidien. « On nous dit souvent qu’on fait le plus beau métier du monde, mais aujourd’hui j’en doute. »

Les filles soulignent un grand nombre de reconversion au sein de leur profession, qui en ont marre « de ne pas être reconnues ». « On est les grandes oubliées du médical », pourtant elles assurent des missions nécessaires au bon déroulement de la vie de chacun. En effet, « tout le monde a eu à faire à une sage-femme dans sa vie », encore plus à Mayotte où le manque de personnel rend leurs missions encore plus diversifiées, du travail des infirmières, à ceux d’assistantes puéricultrices.

 

Des demandes inchangées depuis 2016

 

« Depuis la grève de 2016, rien n’a bougé », commence Alexia, avant d’ajouter « ah si, ils ont ajouté un poste, mais on demandait déjà l’agrandissement de la maternité et aujourd’hui, on a toujours rien ». C’est un sentiment de frustration qui émane de ces jeunes femmes, exerçant ce métier par passion. Après une paire d’heures à bloquer le rond-point de la barge par à-coups, les sage-femmes entament une marche. D’abord vers le conseil départemental pour réclamer une augmentation des effectifs mais aussi et surtout de la reconnaissance. Des musiques remixées en l’honneur des sages-femmes attirent les oreilles et les regards des passants. Aucune réaction de la collectivité jusqu’à ce qu’un rendez-vous soit fixé, pour le lendemain matin. Après cette première promesse de dialogue, les sages-femmes continuent leur chemin jusqu’à l’hôpital. Là-bas, plusieurs médecins et infirmières les applaudissent, en gage de soutien. Avant que les jeunes femmes entrent finalement dans la cour de l’hôpital. Comme un dernier appel à l’aide.

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