Covid-19 à Mayotte : la peur de reprendre le cours de sa vie

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Officiellement Mayotte n’est pas totalement déconfinée. Le virus continue à circuler activement sur le territoire. Si beaucoup semblent l’avoir oublié, cette information n’est pas passée inaperçue auprès d’un certain nombre de personnes qui préfèrent prolonger leur confinement par peur. Peur de contracter le virus, peur de contaminer leur entourage, peur des autres… Les raisons sont multiples, et leurs réactions sont naturelles selon les professionnels.

“Même si tout le monde a repris une vie normale, il ne faut pas oublier que le virus circule encore activement chez nous.” Nouria* ne cesse de répéter cela à qui veut bien l’entendre, en espérant que les gens prennent conscience du risque qu’ils encourent en s’exposant. Depuis le début de la crise sanitaire, elle vit constamment avec une boule au ventre car elle a peur de contracter le virus. “Je vis avec des personnes jugées à risque. Si je prends autant de précaution c’est surtout pour eux,” explique-t-elle. Après avoir été obligée de se rendre à son travail pendant les deux mois de confinement, elle a finalement demandé à être mise en retrait à la suite de la découverte d’un cas positif parmi son équipe. Cet incident n’a fait que conforter son envie de rester cloîtrée chez elle. “Les gens ne sont pas conscients. J’entends encore certains dire qu’il n’y a que les personnes âgées qui meurent du virus. Comment voulez-vous avoir confiance et sortir ?” La jeune femme reconnait cependant vouloir retrouver une vie sociale, mais elle sait d’ores et déjà qu’elle ne sera pas comme avant. “J’ai évidemment envie de sortir et retrouver mes amis, mais seulement en petit comité. Il est hors de question de me réunir à l’extérieur avec des inconnus. Je préfère éviter les restaurants et les bars pour le moment, on a toute la vie pour le faire, on peut très bien se restreindre quelques mois.”

Nouria est loin d’être un cas isolé. Lina, partage son avis et va encore plus loin. Depuis le début du confinement jusqu’à aujourd’hui, elle n’est sortie que trois fois. Chaque sortie a été source d’angoisse pour elle. “J’ai beaucoup appréhendé la première sortie. Je ne savais pas si j’allais pouvoir respecter correctement les gestes barrières. Porter un masque, s’appliquer constamment du gel, garder une certaine distance… Tout cela n’est pas évident car ce n’est pas naturel”, selon la jeune femme. Lina appréhende d’autant plus car elle est mère d’un bébé de 7 mois et vit avec une personne asthmatique. Elle reconnaît que son contexte familial accentue sa peur de fréquenter le monde extérieur. Le confinement était pour elle une sorte de refuge. “Contrairement à beaucoup d’entre nous, j’ai très bien vécu le confinement. Je ne suis pas sortie pendant plus de deux mois et je ne me suis pas sentie frustrée. Maintenant quand on me propose de sortir je refuse car j’ai peur du comportement des autres et ce n’est pas supportable”, admet-elle. La jeune mère a même refusé de reprendre le travail en présentiel et préfère prolonger le télétravail tant qu’elle le pourra. Lina ne voit pas le déconfinement comme une libération. “On nous octroie un semblant de liberté. On peut sortir mais il y a tellement de contraintes qu’on n’a plus l’impression de vivre”, regrette-t-elle. Lina est déterminée à ne pas sortir tant que la situation sanitaire n’évoluera pas positivement sur l’île.

“Le confinement était beaucoup plus simple à vivre que le déconfinement »

La peur que ressentent ces deux jeunes femmes peut paraître extrême, mais elle est totalement fondée si l’on croit les explications du psychologue clinicien Fayum Ambdi. “La peur a été largement médiatisée partout dans le monde. Elle a été rattachée à la mort. Dès lors que l’on parle de la mort l’être humain est angoissé. Le fait d’avoir répété que ce virus peut mener à la mort a fait peur tout le monde.” Avoir peur de fréquenter le monde extérieur peut-être donc considéré comme une réaction naturelle et normale. La sociologue Maria Mroivili pousse la réflexion encore plus loin et compare cela à la situation d’un prisonnier. “Quand quelqu’un passe un certain temps en prison, il a besoin de suivre une formation de réinsertion sociale car il a perdu tous ses repères. La même chose devrait s’appliquer chez nous car nous avons été confinés pendant des mois et on ne sait plus comment reprendre une vie normale.”

Afin d’avoir le courage de fréquenter le monde extérieur, il faut avant tout avoir confiance aux autres. Le non-respect du confinement était sanctionné par une amende et les gens le respectait plus ou moins par peur de se faire verbaliser. Alors que le bon déroulement du déconfinement dépend de la bonne volonté de chacun d’entre nous. “Le déconfinement n’est pas surveillé. On ne met pas d’amendes à une personne qui serait trop proche d’une autre par exemple. On fait appel à la responsabilité de chacun mais tout le monde n’est pas responsable, certains ont des comportements à risque. Ce qui fait que le confinement était beaucoup plus simple à vivre que le déconfinement”, déclare Maria Mroivili. Finalement, aucune règle n’oblige les gens à sortir. Il est d’ailleurs même conseillé de limiter les contacts. Ceux qui ressentent encore le besoin de prolonger leur confinement n’ont donc pas à s’excuser. “On a été enfermés pendant plusieurs mois alors il faut y aller en douceur. La crise a changé nos vies. Les habitudes reviendront naturellement, il est inutile de se brusquer pour reprendre une vie sociale”, conclut le psychologue Fayum Ambdi.

* Le prénom a été changé

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