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Issihaka Abdillah : « Le paysage politique mahorais est encore très incertain »

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À l’annonce des résultats du scrutin pour ce premier tour des élections départementales, certains candidats de l’île étaient déjà en train de nouer les alliances pour le second tour. Il n’y a plus de temps à perdre, les jours sont comptés. Ceux qui ont été portés par leurs partisans doivent non seulement redoubler d’efforts pour séduire d’avantage d’électeurs, mais ils doivent aussi trouver les bons arguments pour que les autres binômes perdants de leur canton les soutiennent. Les coalitions qui se forment dans l’ombre détermineront probablement le paysage politique mahorais le dimanche 27 juin. Mais pour l’heure, selon l’analyste politique et observateur de la société mahoraise Issihaka Abdillah, les dés sont lacnés mais rien n’est joué.

Flash Infos : À Mayotte, le taux de participation pour ces dernières élections est à 63,26% alors qu’au niveau national, le taux d’abstention est à plus de 66%. Comment expliquer cette différence ?

Issihaka Abdillah : Ici, la population se mobilise davantage parce que l’élection cantonale est une élection de proximité. Nous sommes dans un petit territoire, et nous faisons mieux campagne qu’en métropole parce que les gens se connaissent d’avantage. C’est une élection assez importante qui rythme la vie des habitants, de la société, alors qu’en Hexagone, nous parlons surtout de la politique du gouvernement plutôt que de la politique des élus locaux. Compte tenu de notre éloignement, le conseil départemental reste une institution importante, il est considéré comme un gouvernement. Par conséquent, les gens sont beaucoup plus attentifs à l’action du Département qu’à celle du gouvernement.

FI : À l’issue de ce premier tour, certains candidats très connus et médiatisés ne sont pas passés, à l’instar d’Anchya Bamana ou Fatima Souffou. Pour quelles raisons selon vous ?

I. A. : Les deux grandes formations politiques, le MDM et le LR, sont divisées, et à l’intérieur de ces divisions, il y a des dissidences, des exclusions. Chez Les Républicains, Anchya Bamana en a fait les frais. Je crois que s’il n’y avait pas eu autant de divisions dans ce parti, il aurait gagné beaucoup plus de cantons. Mais c’est la même chose pour le MDM. Ces divisions n’ont pas aidé les électeurs et je crois même que nous aurions pu avoir un taux de participation plus important s’il n’y avait pas toutes ces divergences politiques. S’agissant des élus sortants, comme Fatima Souffou ou Raïssa Andhum, elles sont victimes de ce qu’a été la gouvernance de l’équipe sortante du conseil départemental. La mission était plus compliquée pour Fatima Souffou qui était en face des candidats de l’homme de Dzaoudzi-Labattoir, le faiseur de roi, Saïd Omar Oili. Il faut toujours compter avec lui, donc cela s’annonçait déjà difficile pour elle malgré la qualité des deux binômes. Saïd Omar Oili a pesé extrêmement sur ces votes dans ce canton de Dzaoudzi-Labattoir.

D’un autre côté, à Pamandzi, nous avons Daniel Zaïdani qui s’en sort honorablement parce qu’il a été fidèle jusqu’au bout avec son binôme Soihirat El Hadad. C’est une leçon de fidélité politique que ce binôme a donné à l’ensemble du territoire. Malgré les difficultés, ils sont restés fidèles et les résultats sont là. Si dans les autres cantons, les binômes avaient pris la peine de se reconduire ensemble, les résultats auraient été différents. Mais le fait de défaire les anciens binômes a lassé les électeurs. C’est une leçon que les futures formations politiques doivent retenir dans l’avenir.

FI : Dans le canton de Sada, Mansour Kamardine et sa binôme arrivent en tête de justesse, ils n’ont pas été encensés massivement comme on l’avait pensé. Doivent-ils s’inquiéter ?

I. A. : Je pense que les électeurs n’ont pas compris la mesure des enjeux qui viennent. C’est la première fois qu’un parlementaire en exercice s’essaye à une élection locale et les gens n’ont pas l’habitude. Ils ont hiérarchisé les mandats et c’est la raison pour laquelle ils n’ont pas voté massivement pour Mansour Kamardine. Les gens pensent qu’être député est plus prestigieux que d’être conseiller départemental alors que le député lui-même a placé le développement de Mayotte en priorité dans sa démarche d’être élu au conseil départemental. En métropole, cela se fait aussi, nous avons de grands élus nationaux, des hommes et femmes d’État qui font le choix d’êtres des élus locaux, à l’instar de Valérie Pecresse, Xavier Bertrand, et même de l’ancien premier ministre Édouard Philippe. Mansour Kamardine a eu un mandat de député formidable, avec des positions qui ont plu aux Mahorais, mais il a compris que pour mettre en musique ses idées, il doit se placer au niveau du territoire. Les électeurs n’ont pas saisi cette opportunité alors que c’est un parlementaire qui connait les rouages du gouvernement, il peut mettre en pratique tout ce qu’il a développé en tant que député. Le développement du territoire ne se fait pas à Paris… À Paris, nous faisons les lois et à Mayotte, nous développons le territoire. Les enjeux se jouent au niveau des régions et c’est là où le député doit être capable de l’expliquer pour l’entre deux tours.

Je pense qu’il a affaire à un binôme bien organisé qui a fait une campagne de qualité, mais le fait que les gens aient mis Mansour Kamardine en tête signifie qu’ils croient en son projet. Je ne porte aucun jugement, mais le LR officiel est l’unique parti à avoir un programme territorial, c’est une formation politique bien organisée aussi, mais encore faut-il qu’elle soit capable de convaincre.

FI : Les pronostics disent qu’Anchya Bamana sera celle qui départagera les deux binômes du canton de Sada. A-t-elle réellement le poids politique nécessaire pour cela ?

I. A. : Si Anchya Bamana s’est présentée, c’est parce qu’elle n’adhère pas forcément à la politique de Mansour Kamardine, mais en même temps elle n’adhère pas non plus à la ligne de Mariam Said Kalam. De plus, nous oublions une chose. Qui soutient Mariam Said Kalam ? C’est le maire actuel de Sada, qui a battu Anchya Bamana aux dernières municipales. Les deux binômes de Sada qui vont au second tour devront chercher les électeurs individuellement. Mais actuellement, je suis incapable de vous dire qui aura le report le plus important en termes de voix. Dans tous les cas, je ne vois pas Anchya Bamana prendre position pour l’un ou l’autre.

Dans ce canton, il y a plusieurs arbitres et énormément d’incertitudes, parce que la demi-sœur d’Anchya, Rahamatou Bamana, était aussi en lice. Il y a trois mois, cette dernière était pressentie pour être la candidate de Roukia Lahadji et à la dernière minute, elle a été remplacée par Mariam Said Kalame. J’attends de voir la position de Rahamatou Bamana…

FI : Selon vos propos, nous avons l’impression que pour l’instant le paysage politique de Mayotte est loin d’être défini…

I. A. : C’est même la seule certitude pour l’instant. Le paysage politique mahorais est encore très incertain. Les candidats LR pourraient attirer des dissidents du MDM, mais rien n’est sûr. Quoi qu’il en soit, il y a un arbitre dans tout Mayotte qui est bien défini et il s’appelle Saïd Omar Oili. La formation politique qui voudra être en tête devra s’allier avec lui.

FI : À Mamoudzou, les LR sont en tête sur deux des trois cantons et se hissent à la deuxième place à Mamoudzou 3. Est-ce dû à Ambdilwahedou Soumaila, l’actuel maire, qui est de la même couleur politique ?

I. A. : Effectivement, il y a une dynamique qui s’est créée derrière cette élection municipale. À Mamoudzou 1, Jacques Martial Henry et Enly Mahamoudou seront les arbitres de ce canton. S’agissant de Mamoudzou 2, l’arbitre sera Mohamed Hamissi, mais la situation est tendue d’autant plus que le taux de participation n’y est pas très fort. À Mamoudzou 3, les LR ne sont pas en tête, mais les résultats sont très serrés. C’est Mamoudzou village qui va faire la différence parce que Sidi Nadjayedine et Ali Debré Combo sont tous les deux issus de Kaweni et chacun a fait le plein de voix dans son village. Les jeux vont se jouer entre les partisans de Saoudat Abdou et Hélène Pollozec qui sont de Mamoudzou village. Cela ne sera pas facile parce qu’elles sont des candidates de qualité, elles ne sont pas là pour faire de la figuration.

 

Maymounati Moussa Ahamadi et Omar Ali, grands gagnants de Dzaoudzi-Labattoir

 

issihaka-abdillah-paysage-politique-mahorais-incertainLe territoire de Dzaoudzi-Labattoir se démarque une nouvelle fois des autres. Lors des élections municipales, la commune était la seule à élire son maire dès le premier tour du scrutin. Pour ces cantonales, les électeurs ont d’ores et déjà choisi leurs conseillers départementaux et Maymounati Moussa Ahamadi et Omar Ali sont les grands gagnants. Pourtant, selon les principaux concernés, le doute était présent jusqu’au dernier moment. « Comme toute élection, nous ne nous attendons jamais au meilleur, nous nous préparons toujours au pire pour ensuite pallier à toutes situations. Nous avions en face de nous un mastodonte, des personnes qui avaient de l’expérience », rappelle Maymounati Moussa Ahamadi. Mais derrière eux, se cache l’homme fort de Dzaoudzi-Labattoir, Saïd Omar Oili, un maire et un homme politique très apprécié dans sa commune. Selon la nouvelle conseillère départementale de Dzaoudzi-Labattoir, leur victoire est également due au besoin de changement des habitants. « Mayotte est le territoire le plus pauvre de France, il est donc important de faire une fracture qui marque un changement réel et véritable pour créer de l’emploi. Cela permettra au social et à l’économie de s’épanouir », détaille-t-elle. Les petits protégés de Saïd Omar Oili voient grand, mais affirment ne pas songer à la présidence du conseil départemental. « Tout le monde est obnubilé par cela, mais nous ne visons pas le siège de président du Département pour l’instant. Nous visons plutôt un projet commun qui est de faire présider Mayotte à travers des idées stratégiques », indique Maymounati Moussa Ahamadi. Alors que tous les candidats des autres cantons sont plongés dans les négociations du second tour, les nouveaux élus départementaux de Dzaoudzi-Labattoir affinent leur ligne de conduite. « La priorité réside en un diagnostique rapidement. Cette semaine, nous allons déjà établir notre façon de voir les choses, et définir un lien stratégique de façon à travailler avec le prochain exécutif du Département. Ensuite, une fois qu’il sera en place, il faudra immédiatement se mettre au travail. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps. Nous avons des plans d’actions à court, moyen et long termes. Tout ce qui peut être fait dans l’immédiat, nous le ferons ! Et il ne faut pas non plus que le moyen terme devienne trop long », conclut Maymounati Moussa Ahamadi, prête à rentrer dans l’arène ou plutôt l’hémicycle, le couteau entre les dents.

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