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Les mots forts du greffier qui a tenté de mettre fin à ses jours

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Alors que le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti se rend au tribunal judicaire de Mamoudzou ce vendredi après-midi, les magistrats l’attendent de pied ferme. Il y a une semaine exactement, vers 8h30, un greffier de 28 ans arrivé en décembre dernier s’est rendu au Jumbo de Majicavo pour acheter un couteau. Revenu dans sa voiture, il s’est enfoncé la lame dans le ventre. Ses jours ne sont en danger et il s’apprête bientôt à quitter l’île. Mais dans sa lettre révélée ici, il décrit le mal-être d’un tribunal qui doit faire avec les moyens du bord.

« Bonjour Mesdames et Messieurs,

Je me permets de vous écrire ce petit texte, avant mon départ définitif de Mayotte et de cette vie, cela fait quelques mois que je suis arrivé sur cette île. J’étais pourtant volontaire. J’ai vu les primes, les majorations, je me suis dit : « Oh, ça peut être sympathique. » J’avais un peu conscience des difficultés de l’île (précarité, démographie galopante, sous-dotation des services publics, infrastructures des plus limités…..). Mais je n’aurais jamais cru trouver un département français dans un tel état, c’est un peu honteux. Mais bon, nous n’allons pas refaire le monde.

Si j’écris ce texte, c’est plus dans l’espoir (aussi mince soit-il) d’améliorer la condition des futurs greffiers qui vont me suivre, et ceux en poste, ainsi que des contractuels déjà en poste. Par où commencer… ? Allons, faisons une petite liste :

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Le geste du jeune homme de 28 ans traduit les conditions de travail compliquées d’un service de greffe
largement en sous-effectif.

1) Le logement : Vous n’avez pas honte ? Vous envoyez des gens à 9.000 km, à l’autre bout du monde, dans un environnement totalement en pénurie de logement, et vous n’avez rien prévu ? Vraiment ? Même pas un petit quelque chose temporaire d’un mois ou deux ? Il a fallu pleurer auprès du SAR (service administratif régional, ndlr.) pour qu’ils mettent quelques petites chambres d’hôtel pour un jour par-ci, deux jours par-là. Et c’était vraiment en mode : « Tiens, mais c’est vraiment parce que tu as insisté grossièrement, et normalement c’est pour les greffiers placés. Oh, et je tiens à vous rappeler les règles de la correspondance administrative, c’est vraiment honteux Monsieur XXXXX. » Ne vous inquiétez pas, c’est ma dernière « tribune ». Ensuite, je ne serais plus de ce monde. Je me demande qui est indécent dans cette histoire…

2) L’ISG (indemnité de sujétion géographique, la prime versée aux fonctionnaires, ndlr.) et la majoration de salaire : Vous pensez qu’une fois arrivé en janvier le coût de la vie n’augmente pas à nous laisser au salaire de métropole ? Que nous n’avons pas de frais ? Eh bien, si Messieurs. Allez un petit calcul, deux mois en Airbnb (2.000 euros), la voiture mise en conteneur (2.000 euros) pour la faire venir à Mayotte, location d’une voiture en attendant pour aller au travail environ (1.000 euros). Quand vous trouvez finalement un logement, il faut les meubles et autres (environ 1.500 euros), et de multiples frais annexes. Je vous le donne en mille, vous dépassez largement les 10.000 euros, la première fraction de l’ISG ne compense pas du tout. Et heureusement que j’ai eu l’aide de mon père, c’est la seule personne sur qui j’ai pu compter. Le SAR, c’est plutôt : « Va crever mon petit gars, ce n’est pas mon problème. »

3) La sous-dotation du tribunal pour enfant (TPE) : 300.000 habitants officiellement (plutôt 400.000 officieusement), la moitié, ce sont des gamins, une forte précarité. Le résultat, deux cabinets… Je suis radin, mais l’État, c’est un autre calibre… Allez, une petite comparaisons. À Lille (Nord) : 13 cabinets/13 juges/13 greffiers/2 greffiers renforts/8 adjoints administratifs. Mayotte n’a peut-être pas besoin d’autant, mais deux cabinets c’est ridicule et honteux face à la masse.

4) La question des contractuels : Eh oui, vous n’allez pas y échapper. Le TPE, ce sont deux contractuels en mode contrat à durée déterminée (CDD). Vous pensez que le contentieux de masse va s’évaporer sous le soleil, les cocotiers et les bidonvilles ? La réponse est non, mais il faut faire des économies de bout de chandelles. (Ne parlons même pas des CDD renouvelables à l’infini dans d’autres services, hein… Si le ministère de la justice n’est pas capable de respecter le droit du travail, qui le fera ?).

Bref… Je vais arrêter de vous importuner. De toute façon, vous n’en avez rien à faire. L’intérêt général, la « Res publica » (la chose publique en latin, ndlr.), servir la chose publique, ce n’est pas ça le but de la justice et du service public ? Comment y parvenir si tout fonctionne en mode dégradé ? Désolé, je suis pas une pieuvre, j’ai que deux bras et je ne suis pas une machine.

Bon courage, et si le seul moyen de vous faire réagir et d’améliorer les choses ici, c’est un petit suicide altruiste. Eh bien soit, je suis prêt à payer ce modeste prix. Merci Papa et désolé, merci également XXXXX, XXXXX, XXXXX, et XXXXX, vous avez été mon rayon de soleil ici.

XXXXXX, Un greffier fort dépité de la façon dont est traitée Mayotte.« 

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