117 personnes dans un logement indigne à Mayotte : le propriétaire de la “maison des Africains” devant la justice

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La bâtisse rose et délabrée s’élève à côté des locaux de Solidarité Mayotte. Depuis des années, des centaines de demandeurs d’asile originaire de l’Afrique des Grands Lacs y ont trouvé refuge, dans l’attente d’une réponse positive de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) sur leur statut. Or, ce mercredi au tribunal correctionnel de Mamoudzou, c’est le propriétaire des lieux qui était appelé à la barre. Ce qu’on lui reproche ? Avoir soumis des personnes vulnérables à des conditions d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine, et aidé au séjour de personnes en situation irrégulière sur le territoire. Des faits passibles respectivement de 5 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende et 3 ans de prison et 50.000 euros d’amende. “Les personnes mentionnées sont vulnérables, certaines fuient la guerre. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’elles acceptent ces conditions”, insiste la substitute du procureur.

Derrière ces murs peints, la vie n’est en effet pas rose. “La loi dit que chaque personne doit avoir 9m2, vous le saviez ? Non ? C’est bon de le savoir”, indique le juge Bouvard au prévenu. “Les victimes auditionnées disent qu’il n’y avait pas d’eau”, relève quant à elle la substitute du procureur, en rappelant que la consommation totale du bâtiment correspondait au moment des faits à celle d’une personne. Presque pas d’eau, un seul sanitaire par étage, et des personnes qui s’entassent par dizaines dans des piaules moisies, de 12m2 en moyenne… C’est là le quotidien des 117 habitants de la bâtisse, des hommes, des femmes, des familles qui tentent d’obtenir un droit d’asile à Mayotte, dans l’espoir de s’envoler un jour pour la métropole.

“Récupérer mon bien”

À la barre, le prévenu joue pourtant presque les bons pères de famille. “J’ai payé l’eau, j’étais sur les lieux, et les gens savaient qu’ils pouvaient venir me voir pour en avoir. Mais on favorisait les femmes enceintes, ou les familles avec enfant”, assure-t-il. Et pour les autres ? “Ils avaient tous une carte.” D’après sa version des faits, l’accueil de ces personnes ne relevait d’ailleurs pas de sa volonté. Bien au contraire. “Moi, mon but, c’était de récupérer mon bien”, n’aura-t-il de cesse de répéter face aux robes noires.

En effet, la maison de famille, acquise par sa mère à la sueur de son front, a d’abord été habitée illégalement par une cinquantaine de personnes immigrées, quand la propriétaire a quitté Mayotte pour s’installer en métropole. En 2018, son fils, seul aujourd’hui à l’audience, revient sur l’île expressément dans le but de “résoudre ce problème”. “J’ai dû démissionner de mon poste pour venir ici, j’ai deux enfants”, insiste l’homme qui multiplie les formules de politesse à l’attention des magistrats, comme pour s’accorder leurs faveurs. Il donne alors six mois à ces occupants non désirés pour faire leurs bagages. Quand il revient une fois le temps écoulé, il fait face à une centaine de demandeurs d’asile, qu’il tente de faire partir. Sans succès. On lui rétorque : “Ici c’est chez nous, vous n’avez pas le droit de nous faire sortir, vous n’êtes pas de la police”, relate-t-il aujourd’hui.

Des loyers entre 50 et 70 euros

“Qu’est-ce qu’on fait quand on veut se débarrasser de locataires, réguliers ou non ?”, l’interroge le juge Bouvard, en maître d’école. Et de couper court, vu les hésitations du prévenu : “On fait une procédure en justice. Vous l’auriez fait, c’était béton, si je puis dire”, s’amuse le président de l’audience, secoué d’un petit rire. Le prévenu avance la lenteur des procédures. Reste qu’il continuait, chemin faisant, de percevoir des loyers de la part des occupants, “entre 50 et 70 euros selon la pièce”, confirme-t-il d’ailleurs à l’audience. Le tout sans bail, quittance ou déclaration aux impôts. Visiblement, l’homme ne s’en privait d’ailleurs pas pour exercer une pression sur les habitants, selon les témoignages. “Des personnes rapportent que vous mettiez régulièrement la pression, en leur disant qu’il fallait payer six mois de loyer à l’avance, sinon c’était dehors”, signale ainsi la magistrate du parquet. Qui requiert donc 2.000 euros d’amende pour le prévenu et sa mère, la confiscation du bien et l’interdiction d’acquérir un bien à des fins d’hébergement.

L’immigration clandestine dans le viseur de la défense

À son tour, son avocat Maître Mansour Kamardine pointe l’immigration clandestine qui mine le territoire de Mayotte. “Les gens, avant même d’arriver ici en bateau, ils crient “Solidarité Mayotte !”, “Cimade !”, “droit d’asile !”, et dès lors on est tous comme électrisés, on ne peut plus rien faire”, dénonce celui qui est aussi député de la 2e circonscription de Mayotte. Dans sa ligne de mire ? L’association Solidarité Mayotte en particulier, établie à deux pas de la fameuse maison. La seule habilitée par la préfecture à assurer l’accueil et l’accompagnement des demandeurs d’asile sur l’île et qui fait justement face depuis quelques années à un afflux de demandes issues de l’Afrique des Grands Lacs. “Les gens interrogés disent eux-mêmes qu’ils sont là sur les conseils de Solidarité Mayotte”, pointe-t-il encore du doigt. Une plaidoirie qui aura pour but de remettre cette affaire dans un contexte général qui provoque la “souffrance de ce petit peuple de Mayotte, qui chaque fois, se retrouve pourtant accusé”, déplore l’avocat. Le tribunal doit rendre sa décision le 30 septembre.

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