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La mutinerie à la maison d’arrêt de Majicavo, les conséquences d’une surpopulation carcérale

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Comme un goût de déjà-vu. Dans la nuit de mardi à mercredi, à M'tsapéré, les forces de l’ordre qui tentaient de disperser les participants d’un mourengué ont finalement été attaquées sur le remblai. Quelques heures plus tôt, la même scène se jouait à Combani.

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Les délégués du personnel FO (Force Ouvrière) ainsi que des témoins ont rapporté un épisode de violence particulièrement intense dans le centre pénitentiaire de Majicavo ce dimanche. Plusieurs surveillants ont essuyé des jets de projectiles de la part d’un groupe de détenus. De quoi susciter l’indignation au sein de cette institution dépassée par la surpopulation carcérale.

« J’ai vu ma vie défiler devant mes yeux. » Malgré une dizaine d’année d’expérience dans le monde carcérale, Achim* n’avait jamais vu un tel déchaînement de violence. Dimanche dernier, l’homme a été témoin d’un affrontement particulièrement intense au sein du centre pénitentiaire de Majicavo. Tout commence vers 14h. « Un objet a été projeté dans une des cours de promenade du CDH (centre de détention des hommes) », introduit-il. Pas de quoi surprendre dans cette prison construite à flanc de colline depuis laquelle de nombreux colis sont catapultés.

Selon le protocole, des fouilles doivent être réalisées avant de raccompagner les détenus en cellule. Problème : « Trois ou quatre personnes ont manifesté leur refus. » Conscient que le risque d’émeute n’est jamais loin, une majeure partie des prisonniers en promenade est d’abord évacuée dans le calme. « Au final, il restait vingt personnes qui refusaient encore de retourner dans leur cellule. Les collègues se sont donc équipés pour intervenir. »

Face à l’équipe d’intervention de huit surveillants, Achim décrit des hommes « torse nu, prêts à partir en guerre ». « Ils avaient fabriqué des pieux avec des manches à balais jetés par les fenêtres des cellules alentour. Ça pouvait transpercer les gilets par balle. Ils ont également cassé une bordure en béton pour récupérer des palets et s’en servir de projectile. Un collègue s’en est pris un sur la jambe. Sans le casque, il aurait pu se faire casser la mâchoire. » Grâce à l’intervention de la gendarmerie, la situation se stabilise progressivement jusqu’à aboutir à un retour au calme vers 18h. Hormis des hématomes, aucun blessé n’a été signalé auprès du syndicat Force Ouvrière.

Surpopulation à risque

« Cela confirme ce que nous dénonçons depuis longtemps en termes de promiscuité et de montée de la violence. » Pour le délégué du personnel FO, Abdou Rahamane Souf, l’événement de ce dimanche fait échos à ses nombreux cris d’alerte, notamment en matière de surpopulation carcérale. Selon les chiffres communiqués par Force Ouvrière, 494 individus sont actuellement incarcérés dans cette prison initialement prévue pour en accueillir 278. Fort d’une surpopulation estimée à 156% de sa capacité, l’établissement confirme année après année sa sinistre réputation en termes de densité de population. Un an après sa construction, le contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquait déjà dans un rapport de visite du 21 juin 2016 que le droit à l’encellulement individuel n’est pas respecté pour près de la moitié des personnes incarcérées. Depuis, cette dynamique se poursuit, entraînant avec elle son lot de violences. Début 2021, FO alertait déjà sur le risque d’affrontement que représente l’incarcération de jeunes issus de bandes rivales. Un sentiment qui se confirme aujourd’hui. « On fait en sorte que certains jeunes ne se croisent pas, mais c’est difficile », explique Salimou Assani, lui aussi délégué du personnel pour le compte de l’organisation syndicale.

Dans ce climat de tension, le bâtiment lui-même montre des signes de fatigue. En cause : la surpopulation. Encore. « Sa structure n’est pas faite pour accueillir autant de personnes. Cela génère des dysfonctionnements à plusieurs niveaux. Les systèmes d’évacuation des eaux usées sont saturés. Le personnel doit faire des rotations car l’odeur est insoutenable à certains endroits. Les chasses d’eau sont quotidiennement en panne. Les cuisines aussi. Ça va péter si on continue ainsi », s’insurge Salimou Assani. Une inquiétude revigorée par les événements du weekend qui font craindre une réaction de défiance de la part des détenus. Lesquels semblent conscients des limites du personnel pénitentiaire et de ses capacités d’action. « Nous devions placer les leaders de cette émeute en prévention, mais le quartier disciplinaire était déjà plein. Il fallait donc le vider, puis le remplacer par les nouveaux venus. Ceux qui étaient censés purger une peine disciplinaire sont donc retournés en détention normale en narguant les collègues. Il y a un sentiment d’impunité », regrette-t-il.

Un manque d’alternative

Face à la délinquance du département, sa précarité et ses propositions limitées en termes de structures socio-éducatives, Majicavo croule sous les délaissés du territoire. Si la récente annonce d’un nouveau centre pénitentiaire satisfait Salimou Assani, celui-ci insiste sur « l’urgence en cours ». Au coeur de son inquiétude : les détenus sans papiers qui constituent selon le syndicaliste « une majorité ». Tenue à l’écart du marché du travail et des formations, cette population est condamnée à une longue attente jusqu’à son expulsion dans un pays que certains n’ont parfois connu qu’à leur naissance. Une situation susceptible de créer des tensions, malgré des solutions envisageables. « Il y a un certain temps, je me rappelle que des exceptions étaient faites pour certains étrangers qui ont pu travailler en prison et constituer un capital. Ils sont rentrés aux Comores pour construire une boutique et ne sont plus jamais revenus. Aujourd’hui, on peine à diminuer la population en les répartissant entre La Réunion et la métropole. »

Surpopulation, manque d’alternatives, effectifs précaires… Le centre pénitentiaire accumule les dangers. Conséquence : le personnel semble aujourd’hui à bout. « On ne sait jamais à quoi s’attendre. On va au boulot l’esprit serein, mais en état d’alerte permanent », s’inquiète Abdou Rahamane Souf. Une exaspération partagée par son collègue Salimou Assani. « J’ai connu des collègues qui demandent un droit de retrait, mais cela n’est pas possible. Nous sommes régis par un statut spécial qui ne l’autorise pas. Il faut garder ces personnes toute la journée. Quand on voit ce qui peut se passer, on n’est pas serein. »

*Le prénom a été modifié

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