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Moundhir Had Foundi se lance à l’assaut des déchets textiles

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Le président de la nouvelle filière Mao Ré Cycle Textile Linge de maison et Chaussures (MRC-TLC), Moundhir Had Foundi, est diplômé en économie sociale et solidaire. Il a pour projet de transformer des déchets textiles à Mayotte pour les redistribuer sur le territoire. Mais pour cela, il appelle à plus de moyens. 

Flash Infos : D’où est parti le projet ? 

Moundhir Had Foundi : De l’envie d’apporter sa pierre à l’édifice face aux déchets présents sur le territoire de Mayotte. Avec des confrères chercheurs, on y réfléchit depuis 2019. Et puis en 2022, nous avons proposé le projet de construire cette filière Responsabilité Elargie du producteur (N.D.L.R. les acteurs économiques sont responsables de l’ensemble du cycle de vie du produit) à Mayotte en réponse à un appel à projet lancé par le Département et l’Ademe océan Indien (agence de transition écologique). Nous avons fini lauréat sous réserve d’avoir l’accord de Re-Fashion, un intermédiaire avec l’Etat spécialisé, pour nous accompagner. Implanté en métropole, nous avons fait le déplacement pour les convaincre. Une convention de ce genre ça n’existe pas à Mayotte. Nous sommes les premiers. Nous avons reçu l’agrément en 2023 et avons démarré les collectes en mai sur l’ensemble du territoire grâce à un hub à Tsingoni.

F.I. : Pouvez-vous expliquer comment vous comptez trier, transformer et distribuer les produits ?

M.H.F. : L’idée, c’est de transformer le gisement sur le territoire. Lorsqu’on collecte, on fait le tri. Les déchets qui nécessitent des retouches peuvent être conduits à l’atelier couture et transformation. Selon l’état, on peut en faire d’autres produits comme des draps pour faire des sacs en coton. Et ceux en très mauvais état seront broyés pour devenir du rembourrage de coussins. Les chaussures en bon état sont remises en circuit. Les autres peuvent être broyées afin d’obtenir une matière pouvant servir à couvrir les city-stades, les pistes, ou encore faire des tapis pour les crèches ou le sport. Les produits en bon état, voire encore étiquetés, seront, eux, distribués à des partenaires ou à des nécessiteux. On travaille avec cinq associations de Mayotte comme Dyama qui vient en aide aux orphelins. Si les gisements sont conséquents, on peut aussi ouvrir une à deux fois par mois le hub au public pour qu’il puisse acheter en moyenne trois à cinq euros le kilogrammes.

F.I. : Où en est le projet aujourd’hui ? 

M.H.F. : La structure tourne avec trois salariés dont deux chauffeurs collecteurs trieurs et une assistante de direction. On a un numéro spécial (06 39 69 70 69) pour nous appeler. Des communités se sont organisées dans des villages comme M’ronabéja, Moinatrindi, Hagnoundrou et M’tsamboro. On a initié des points de collecte. Le camion passe toutes les semaines directement. Pour le moment, nous ne transformons pas sur place. Nous collectons et envoyons notre gisement en brut en métropole et à La Réunion le temps où des partenaires s’occupent de les transformer le temps de nous équiper. 90 tonnes de déchets dans trois conteneurs attendent de partir. Ce seront nos premiers envois.

Quelle est la suite ? 

M.H.F. : Nous comptons mettre en place la collecte, le tri, la transformation et la distribution. Pour cela, on a besoin de bacs, de tables, de broyeurs, une presse hydraulique, des ballots, des machines à coupe-chiffons… Nous sommes en train de commander des bacs textiles en inox pour protéger les déchets des intempéries et espérons les recevoir au plus tard le dernier trimestre 2024. Nous voulons les placer à proximité des écoles et des crèches pour faciliter l’accès aux parents. On souhaite avoir cinq hubs sur les cinq établissements publics communaux et intercommunaux (EPCI). Mais pour le moment, nous n’avons reçu aucune subvention ou aide, ni du Département, ni de l’Ademe. Or, nous avons besoin de plus de moyens à injecter au début. Après, en tant qu’économie circulaire, sociale et solidaire, la filière se financera par elle-même.

On a aussi formulé une demande auprès de la préfecture de Mayotte pour nous accompagner sur des agréments d’insertion afin de devenir une structure d’insertion par activité économique et ainsi accompagner un public très éloigné de l’emploi. On peut occuper des jeunes, les sensibiliser, afin qu’ils fassent autre chose que caillasser. Travailler sur l’inclusion sociale pour éviter la délinquance.

F.I. : Quel message vous voulez-faire passer ? 

M.H.F. : À Mayotte, le déchet est partout et se retrouve dans la nature, les mangroves… L’île possède l’un des plus beaux lagons au monde. Si nous ne préservons pas ce joyau, jamais on ne pourra regarder l’avenir. Si on veut qu’il y ait des touristes, il faut que le territoire soit salubre pour ceux qui y vivent et avoir des endroits propres pour recevoir. L’environnement, c’est l’affaire de tous. On souhaite sensibiliser les services de l’État. Il n’y a pas que l’immigration clandestine et l’insécurité. On peut aussi voir le bon côté des petites structures qui essaient de relever le défi de lutter contre le fléau du gaspillage pour préparer le territoire aux générations futures. C’est le moment de les accompagner.

 

Plus de 3.000 tonnes de textile enfouies chaque année

Le syndicat intercommunal d’élimination et de valorisation des déchets de Mayotte (Sidevam) informe que les déchets textiles représentent environ 4 % du gisement des déchets collectés par an. Sur un total de déchets ménagers de 70.000 tonnes, 3.000 tonnes de textiles sont ainsi collectées et enfouies, selon l’étude Modecom de 2018 financée par l’Ademe. Le Sidevam n’a pas encore consolidé ses chiffres pour 2023, mais il estime que 80.000 tonnes de déchets ont été enfouis.

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