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Mayotte Nature Environnement : “La société de consommation a démarré à Mayotte il y a dix ans, sans gestion derrière”

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La fédération qui comprend 25 associations adhérentes sur le territoire a fêté ses dix bougies. L’occasion de dresser le bilan du chemin parcouru par la structure. Mais aussi de faire le point sur les défis environnementaux qui pèsent encore sur l’île aux parfums. Entretien avec Manuella Grimault, la coordinatrice de MNE.

Flash Infos : Vous venez de fêter les dix ans de Mayotte Nature Environnement. Pourquoi MNE avait été créé en 2011 ?

Manuella Grimault : En effet, Mayotte Nature Environnement est une fédération d’associations qui a été créée en juillet 2011. À la base, ce sont huit associations qui avaient besoin de se regrouper pour travailler ensemble sur des thématiques communes, et pour avoir plus de poids au niveau politique. Depuis le départ, dans les statuts, le but est de protéger l’environnement mahorais, mais en lien transversal avec les associations membres. Le projet stratégique repose sur trois piliers : l’éducation à l’environnement, la valorisation des connaissances et la réparation de l’environnement. L’idée du premier axe est d’informer, de sensibiliser et d’éduquer toute la population mahoraise sans exception ; la valorisation des connaissances vise à en savoir plus sur l’environnement, la biodiversité, les sols, la pollution… Justement dans le but de pouvoir le transmettre ensuite à la population. Quant à la réparation de l’environnement, nous intervenons sur le terrain avec par exemple des nettoyages, des replantations, ou encore par des actions juridiques.

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FI : En dix ans, quel chemin a été parcouru par la fédération ?

M.G. : On est passé de huit associations de départ, à 25 aujourd’hui ! Cela a notamment été rendu possible parce que nous avons ouvert les possibilités d’adhésion à d’autres associations, qui ne sont pas environnementales par essence. Par exemple, on va avoir un club de foot qui a décidé d’ouvrir une branche développement durable. C’est d’autant plus intéressant que ces structures n’ont pas l’obligation de le faire, donc il y a une vraie volonté derrière.

En ce qui concerne les projets de la fédération en eux-mêmes, on a aussi eu de belles réussites. Pour l’aspect éducation à l’environnement, nous avons créé le camion pédagogique. Le projet a vu le jour en 2017, c’est un camion entièrement aménagé pour accompagner l’outil pédagogique pour toutes les thématiques environnementales : on peut parler de tortues, de déchets, de développement durable, d’éco citoyenneté, de chaîne alimentaire, de risques naturels… J’en oublie sûrement ! L’idée, c’était aussi d’être à disposition de la population, qui, on le sait, n’est pas toujours très mobile sur le territoire. Cela nous a aussi permis de créer un poste à temps plein d’animateur environnement, depuis 2018. Le camion est déployé dans les écoles la semaine et pendant les vacances scolaires et les samedis, on est plutôt sur des places publiques, à la plage ou sur des événements partout sur le territoire. En dix ans, il y en aussi eu pléthore de chantiers de nettoyage. Mais là où on a davantage progressé encore, je dirais que c’est sur la création de formation pour les bénévoles, notamment la formation tri des déchets. Dans l’idée, c’est de faire aussi de la sensibilisation pendant ces actions, et ne pas juste se contenter du ramassage bête et méchant si j’ose dire.

FI : Et au niveau de Mayotte, des mœurs, mais aussi de l’état de l’environnement, qu’est-ce qui a aussi évolué, selon vous, en dix ans ?

M.G. : Je pense que certaines choses évoluent doucement mais sûrement… Quand on va dans les villages avec le camion notamment, on s’en rend compte. Il y a quelques années, on venait parler d’environnement, et les gens découvraient en même temps qu’on arrivait. Aujourd’hui, ça devient de plus en plus courant que les gens connaissent déjà des choses sur le sujet. Par exemple, sur les tortues, ils savent que c’est une espèce protégée, qu’il ne faut pas la braconner. Le mot corail aussi, avant, on ne l’entendait pas dans les rues. Nous à MNE on a un adage, c’est que plus on connaît les choses, plus on va avoir envie de les protéger. Donc pour nous, c’est déjà une très bonne chose de voir que les gens connaissent les termes autour de l’environnement. Certes, il s’agit pour la plupart, souvent de jeunes. Mais il y a aussi des mamans qui nous surprennent aussi !

Sur l’état de l’environnement, c’est une autre histoire… La déforestation se poursuit sur Mayotte, on a encore beaucoup de brûlis. Nous n’arrivons pas à la stopper. Sur le braconnage de tortues c’est compliqué aussi, même si beaucoup d’actions sont mises en place, notamment ces dernières années, je pense au pacte anti braconnage, il faut espérer qu’on en verra les résultats. Sur l’assainissement ensuite, on est parti de zéro et les élus locaux n’avancent pas assez vite sur ces sujets. De même pour les déchets, on a une société de consommation qui a démarré il y a dix ans avec l’import de déchets non compostables, sans gestion derrière. Toute gestion aujourd’hui est faite avec du retard et elle n’est pas calibrée pour la quantité de déchets. Il faut néanmoins souligner les efforts fournis, notamment avec la création des intercommunalités qui se sont saisies du sujet. La Cadema a fait un beau travail, il y a beaucoup moins de déchets qu’avant, même si ce n’est pas parfait. Il y a aussi les brigades de police pour l’environnement qui se montent. Tout cela dénote de sérieuses avancées, heureusement !

FI : Quels sont selon vous les défis à relever dans les dix prochaines années et les principales menaces qui pèsent sur cet environnement ?

M.G. : Sur les atteintes à l’environnement de façon générale, les principales menaces à Mayotte sont la déforestation, l’assainissement des eaux et les déchets. Il s’agit clairement des trois thématiques primordiales pour assurer un environnement sain, les trois priorités. Après en ce qui concerne MNE, nous allons renforcer l’accueil pour nos associations adhérentes. Pour 2022, nous allons proposer plus d’une dizaine de formations à toutes nos associations adhérentes. Bien sûr, leurs bénévoles sont prioritaires mais nous acceptons tout le monde ! L’éducation à l’environnement est un sujet que l’on décline, plus que jamais, et que l’on renforce d’année en année, pour déclencher un changement de comportement en faveur de l’environnement. Enfin, on a créé un service juridique en 2021. Et pour les années à venir, nous espérons bien voir naître des lanceurs d’alerte environnementaux et accompagner une communauté de lanceurs d’alertes !

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