Le mérou, roi des poissons

Le mérou, roi des poissons © Marc Allaria Un mérou marron (Epinephelus fuscoguttatus)

Rois des mers en Méditerranée, immortalisés au cinéma par le commandant Cousteau et son « Jojo le Mérou » ou plus récemment par Laurent Ballesta, mets de choix sur les cartes des restaurants : on ne présente plus les mérous. Mais sauriez-vous les reconnaître sous l’eau ?

Les mérous figurent parmi les plus gros poissons prédateurs des eaux côtières, surpassés uniquement par les requins, et occasionnellement par un prédateur de haute mer de passage (marlins, thons). Avec leur nage calme et majestueuse, leur énorme gueule à l’air grave et leur regard à la fois solennel et lointain, les gros mérous sont souvent une rencontre marquante pour les jeunes baigneurs et plongeurs.

Pour ceux qui n’auraient pas encore eu cette chance, voici comment les reconnaître. Ce sont des poissons relativement trapus, allongés en obus, avec une très grande bouche, pointue quand elle est fermée mais capable de se projeter en un grand filet circulaire pour happer une proie, produisant une dépression dans l’eau qui attire irrémédiablement celle-ci entre les petites mais nombreuses dents du prédateur. La mâchoire est anguleuse et les lèvres charnues. Les nageoires pectorales sont arrondies, et la queue est puissante et massive ; la nageoire dorsale, souvent repliée, débute par 7 à 12 épines acérées.

Les mérous correspondent à la sous-famille des Epinephelinés, au sein de la famille des Serranidés, qui comporte aussi les serrans qu’on voit en Europe, les anthias (ces petits poissons chatoyants de rouge, d’orange et de jaune qu’on voit souvent en essaim autour des grosses colonies de corail isolées) et les « poissons-savons », également présents à Mayotte. Sur les 87 espèces de la sous-famille des mérous, 41 sont recensées à Mayotte par l’INPN, dont 26 assez courantes d’après le livre des Poissons de Mayotte.

Les mérous mahorais sont répartis en 3 genres majeurs. Tout d’abord les Cephalopholis (11 espèces), mérous de récif allongés, à la robe souvent ponctuée et à la caudale généralement ronde. Ils dépassent rarement 60cm de long, et vivent souvent posés sur une roche, debout sur leurs nageoires pelviennes – on voit régulièrement le très beau mérou céleste (C. argus), avec ses nageoires en ciel étoilé. Le genre Epinephelus regroupe des espèces à la queue plus souvent anguleuse : certains sont petits comme tous les mérous « nid d’abeille » (plusieurs espèces, vivant près du corail à faible profondeur), mais d’autres sont énormes, et se trouveront plus profond, ou dans les grottes et sur les tombants. Plusieurs espèces de ce genre dépassent largement un mètre de long à l’âge adulte, et le mérou lancéolé (E. lanceolatus), peut atteindre 3m et 400kg ! Enfin, ceux du genre Plectropomus ont eux aussi la queue anguleuse, mais le museau plus pointu, avec des lèvres moins marquées, et sont souvent ponctués. Ce sont encore de grosses espèces, même si la plupart sont surtout vus à l’état juvénile, comme le joli mérou sellé (P. laevis). Les quelques genres restants, assez isolés, comptent notamment le magnifique mérou à croissant jaune (Variola louti), gros mérou rouge ponctué de bleu avec des nageoires effilées et marquées de jaune fluo.

Toutes ces espèces sont comestibles, et largement pêchées, notamment à Mayotte. Gros poissons assez placides et curieux, ils font des cibles tristement faciles pour les pêcheurs au harpon, et leur appétit vorace les rend tout aussi vulnérables aux hameçons. C’est pourquoi la rencontre de mérous géants est de plus en plus rare aux abords de l’île aux parfums, mis à part sur certains sites, prisés des plongeurs, comme le « Mérou Palace » de la Passe en S.


►crédit Marc Allaria- Un mérou malabar (Epinephelus malabaricus)

Les mérous naissent tous femelles, et sont matures seulement vers 3 à 5 ans suivant les espèces ; ils deviennent ensuite mâles vers 7 à 15 ans, et certains peuvent vivre jusqu’à plus de 50 ans. En conséquence, la consommation des grosses espèces n’est pas très durable du fait de leur cycle biologique lent qui rend leurs populations fragiles, et surtout pas toujours saine puisque les plus vieux individus accumulent plusieurs décennies de toxines et métaux lourds – ils sont souvent atteints de ciguatera dans le Pacifique, parfois dans l’océan Indien.

Qui d’autre mange de gros mérous ? Seulement les plus gros requins, comme le tigre. Mais les mérous figurent également parmi les principaux prédateurs des requins, jeunes et parfois aussi adultes, pour les plus gros ! Ils contribuent donc à réguler ces animaux et à les éloigner de nos côtes. Enfin les mérous sont aussi rusés : quand ils ont repéré une proie (crustacé ou poisson) inaccessible, ils peuvent aller demander de l’aide à une murène ou un poulpe, qu’ils escortent jusqu’au lieu de chasse. C’est un des rares cas connus de coopération active entre espèces dans la chasse !

 

 

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