Pour Christophe Fontfreyde, directeur du Parc naturel marin, la mayonnaise commence à prendre

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Les récents actes malveillants à l’encontre des espèces marines et des plages ont poussé les autorités à agir. Le parc naturel marin et les associations habilitées sont à nouveau autorisés à surveiller le lagon même si le confinement n’est pas levé. Cette reprise d’activité marine est aujourd’hui indispensable afin d’atténuer les dégâts de demain. 

Le Parc naturel marin de Mayotte vient de vivre une année pour le moins particulière. Si la crise sanitaire a sensiblement retardé certaines de ses actions, de nombreux projets d’envergure doivent voir le jour en 2021. De bonnes augures pour le directeur, Christophe Fontfreyde, qui a le sentiment que les mentalités à l’égard de la protection de l’environnement commencent à changer.

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Flash Infos : Quel bilan faites-vous de l’année écoulée et des deux confinements qui en ont découlé sur votre quotidien ?

Christophe Fontfreyde : C’est assez contrasté ! 2020 était l’année durant laquelle nous devions renforcer notre présence sur le terrain. L’annonce du premier confinement a eu deux conséquences directes : la première est que nous n’avons pas pu sortir pendant deux mois, la seconde est que nous n’avons pas pu accueillir un certain nombre d’experts pour réaliser des suivis très spécialisés. Mais nous en avons profité pour engager tout un travail administratif et avancer sur un tas de sujets en concertation. Si nous n’avons pas recensé de différences mesurables sur l’état du corail et le nombre de poissons, il y a bel et bien eu un effet négatif sur le braconnage des tortues marines, avec des dizaines de cas répertoriés en Petite-Terre. La période a définitivement favorisé cette activité illégale.

A contrario, lors du deuxième confinement, nous avons obtenu des autorisations de sortie dès le début, ce qui nous a permis d’assurer un suivi hebdomadaire de toutes les plages de Petite-Terre, avec des équipes de huit personnes. Paradoxalement, nos bateaux sont sortis encore plus que d’habitude et ont permis d’intervenir sur quelques cas de braconnage à la pêche.

En résumé, l’action du Parc naturel marin a été impactée, nous ne rattraperons évidemment pas le temps perdu… Mais nous avons limité la casse.

FI : Quelques jours avant l’annonce du premier confinement, vous aviez réceptionné votre nouveau bateau. Qu’a-t-il changé dans votre manière de travailler sur le lagon ?

C. F. : Il a bien navigué depuis, grâce notamment à un poste supplémentaire déployé par l’office français de la biodiversité. Nous avons dorénavant toujours deux bateaux en activité (selon le rapport d’activités 2020, le Parc a engagé 160 jours de présence en mer). Ce renforcement des moyens nautiques nous a permis d’être beaucoup plus présents sur le lagon et d’accroître le nombre de procédures et de confiscations de barques. Mais attention, cela ne veut pas dire que les actes de braconnage se sont multipliés mais plutôt que les braconniers passent plus difficilement entre les mailles du filet.

L’objectif d’un Parc naturel marin consiste avant tout à expliquer à la population les règles indispensables pour préserver la biodiversité, et leur sens. Nous devons aussi mieux comprendre le rôle du corail, des mangroves, des populations de tortues, d’oiseaux, de baleines… Les habitants de Mayotte ont tendance à oublier à quel point notre lagon est exceptionnel. Après, nous avons quand même un volet répressif, qui n’est pas notre préférence, à destination de ceux que nous n’arrivons pas à convaincre.

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FI : Depuis dimanche dernier, la baie de M’Zouazia est fermée à la pêche à pied. Quelles sont les raisons qui ont poussé à prendre cette mesure drastique ?

C. F. : Tout d’abord, il faut signaler que cette mesure est à l’initiative des pêcheuses de M’Zouazia. La présidente de l’association des pêcheurs à pied m’a contacté pour m’alerter sur la réduction de la taille des poulpes et sur l’affluence massive d’habitants sur le platier. Avec l’association, qui s’est rapprochée de la commune de Bouéni et de sa police municipale, de l’intercommunalité du Sud et de sa police de l’environnement, des affaires maritimes et de la gendarmerie, nous avons discuté de la durée, qui s’est arrêtée à trois mois, et de la zone, qui a été élargie pour intégrer une partie où les pêcheurs arrivaient. Le Parc assure le suivi scientifique de l’opération et l’un de nos bateaux se rendra sur place une fois par semaine pour s’assurer que l’arrêté préfectoral d’interdiction est bien respecté.

La fermeture temporaire est une méthode qui a fait ses preuves dans le passé. Il y a trois ou quatre ans, nous avions par exemple observé un doublement de la taille des poulpes. L’idée est de dire qu’il s’agit d’un modèle à suivre, puisqu’il permet de protéger, de laisser respirer le platier, de réduire le piétinement et d’augmenter les rendements des pêcheurs et la taille des poulpes pêchés sur une année. Notre travail est de porter un message et de faire changer les mentalités, sans taper sur les doigts. Nous interviendrons également dans les établissements scolaires de la zone pour sensibiliser les enfants et à travers eux leurs parents.

FI : Parmi vos projets en 2021, deux ont attiré notre attention : le lancement de l’élaboration d’un modèle de courantologie et l’expérimentation de la pose de filets de récupération des déchets. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

C. F. : Ces choix sont stratégiques sur le long terme pour le Parc. Le premier est extrêmement important en termes d’aménagement puisque nous allons fournir des données aux cabinets d’études, aux collectivités et aux scientifiques sur l’action des courants dans le lagon, sur le devenir des déversements, sur le déplacement des larves de poissons, etc… Le but est de produire des scénarios d’impact sur le lagon de futurs aménagements pour en réduire les conséquences. L’artificialisation des sols lorsqu’elle est inévitable et la construction indispensable des établissements scolaires par exemple pourront être conçus en limitant ses impacts sur le lagon.Ce modèle vient en complément d’un autre projet, la cartographie des habitats du lagon. Désormais, nous aurons à la fois la photographie de l’habitat corallien et celle des courants d’eau pour faire le lien entre les aménagements et la vie marine. Il s’agit là d’un outil pour le développement durable de Mayotte.

Le second vient d’un constat de l’observatoire des déchets du Parc. Nous ne pouvons pas améliorer la qualité de l’eau du lagon sans travailler avec les organisations à terre. Quand nous allons chercher un par un les déchets au fond de l’océan, il est déjà trop tard ! L’insalubrité sur les plages a un impact non négligeable sur la micro-faune, le corail et les tortues… Le système de récupération par filets semble alors intéressant pour quantifier ce qui se déverse. Nous discutons, en ce moment même, avec les communes littorales pour connaître celles qui sont intéressées.

Nous avons déjà présélectionné trois sites pilotes pour des raisons de faisabilité technique. Mais nous souhaitons monter jusqu’à 15 ou 20 filets sur le court terme, avec en ligne de mire de réduire l’arrivée de ses déchets dans le lagon. Nous partons sur un budget d’un million d’euros, financé par le Plan de Relance. La concertation sera fondamentale, tout comme les partenariats avec les associations environnementales, les syndicats, les collectivités et les professionnels. Au Parc, nous n’avons pas la compétence pour ramasser les déchets en grande quantité… De ce fait, que ferons-nous lorsque les filets seront pleins ? Qui s’en chargera ? Cela reste à déterminer sachant que nous avons par exemple peur qu’en début de saison des pluies, ils se remplissent à vitesse grand V.

FI : Selon vous, que manque-t-il à Mayotte pour que la préservation de l’environnement rentre définitivement dans les mœurs ?

C. F. : L’un de nos objectifs est le développement durable. Dans ces conditions, comment permettre à la population l’accès à certains besoins primaires, tels que la nourriture et l’eau, tout en préservant l’environnement. C’est ce que nous appelons la pyramide de Maslow en sociologie. Nous essayons de proposer des solutions, comme l’accroissement de la pêche hors du lagon, qui permettent le développement sans tout casser dans le lagon. Après, il faut encore et toujours adapter les politiques publiques nationales aux réalités locales !

De manière plus générale, mon sentiment est que la prise de conscience est en train de frémir. Aux quatre coins de l’île, des habitants prennent des initiatives, des associations se créent, des enseignants en parlent à leurs élèves. Nous sommes encore dans la phase de pré-montage de la mayonnaise. Notre mission est d’aider les bonnes volontés en partant du terrain, de les rencontrer pour nouer des partenariats dans le but de monter ensemble des projets adaptés. À nous de consolider cette étape pour avoir des fondations solides et construire une feuille de route globale d’ici deux ou trois ans.

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Mayotte hebdo N°951

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