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Les brûlis entraînent une recrudescence des feux de forêt

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La fin de la saison sèche rime avec recrudescence des cultures sur brûlis, qui se transforment parfois en incendies. Si les réglementations existantes doivent réguler le phénomène, le cadre juridique ne serait pas complètement adapté à la situation locale. Et ne parviendraient pas à limiter les conséquences qu’engendre le brûlage des sols sur l’environnement mahorais.

Le phénomène ne date pas d’hier. « Les brûlis sont une technique ancestrale à Mayotte », souligne le colonel Olivier Neis, chef du corps départemental des sapeurs-pompiers. Ces dernières semaines, ses équipes ont été mobilisées à plusieurs reprises pour des feux de brousse, qui se transforment parfois en feux de forêt. « Neuf feux sur dix sont causés par des brûlis », estime le colonel. « Les personnes qui en sont à l’origine brûlent leurs champs, mais ne le surveillent pas. Et nous ne sommes pas appelés à chaque fois parce que personne n’y fait attention », se désole-t-il. Selon Michel Charpentier, président de l’association les Naturalistes, ces feux devraient d’ailleurs être amplifiés ces prochaines semaines. La fin de la saison sèche rime en effet avec recrudescence des cultures sur brûlis. « C’est à cette période que les sols sont les plus secs donc la végétation brûle plus facilement », détaille-t-il. D’autant que la saison des pluies est de plus en plus tardive et brève. « D’ordinaire, elle démarre en novembre. Désormais, elles se concentrent sur les mois de décembre et janvier », note le colonel Olivier Neis.

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Les cultures sur brûlis sont une technique ancestrale qui permet à la fois de « nettoyer les sols » mais également d’accélérer les rendements les premières années.

Des parcelles stériles au-delà de la troisième année

La démographie croissante expliquerait également le phénomène. « Il y a de plus en plus besoin de terres pour cultiver. Des parcelles en forêt, qui n’ont pas vocation à être agricoles, sont ainsi mises en culture », souligne le président des Naturalistes. Un arrêté préfectoral datant du 25 octobre 2017 vise pourtant à réguler la pratique. Il stipule que tout brûlis, de juin à décembre, doit être soumis à l’autorisation de la DAAF (direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) et ne peut être effectué que par le propriétaire ou un ayant droit, afin d’éviter la propagation d’incendies. Toutefois, cette réglementation ne concerne pas les terrains privés et est soumise à de nombreuses exceptions, rendant les contrôles difficiles. Pour Michel Charpentier, « la réglementation n’est tout simplement pas respectée et les agents pas assez nombreux pour aller sur le terrain et sanctionner cette pratique ».

Sur les surfaces agricoles, la technique du brûlis est utilisée pour anéantir les mauvaises herbes. « Avant la saison des pluies, pour gagner du temps, les exploitants préfèrent mettre le feu pour nettoyer leur terrain et éliminer les rats, les escargots, etc », résume Houlam Chamssidine, président de l’association Mayotte Nature Environnement. Mais au-delà de désherber rapidement, le brûlis rendrait la terre plus fertile, de façon rapide. « La matière organique est brûlée et libère tous ses minéraux dans la cendre. Ce qui accélère la fertilisation des sols. Mais seulement sur du court terme », poursuit le président de MNE. Au-delà de la troisième année, les parcelles brulées deviendraient complètement stériles.

« Cela empêche l’alimentation des nappes phréatiques »

Car les feux de brousse mettent les sols à nu, ils détruisent tout y compris les insectes qui enrichissent les sols. Et cela va souvent de paire avec l’abattage des arbres, qui permettent notamment de retenir la terre. Alors, en période de fortes pluies, plus rien n’arrête les traînées de boue.

D’autant que les sols appauvris ne garantissent plus la bonne infiltration de l’eau. « Cela empêche l’alimentation des nappes phréatiques, on expose les sols à l’érosion et on bloque tout le système d’aération de la terre », énumère le militant associatif. Au total, 20.000 tonnes de terre seraient déversées dans le lagon chaque année, selon le programme de lutte contre l’érosion des sols et l’envasement du lagon à Mayotte (Leselam), financé par l’Union européenne. Des coulées de boue qui envasent les coraux et détériorent tout l’écosystème.

 

« Aux arbres citoyens ! » : une émission pour sauver les forêts et lutter contre la déforestation à Mayotte

Alors que l’été dernier a été éprouvant pour les forêts de métropole, France Nature Environnement et France Télévisions organisent une soirée en prime time nommée « Aux arbres citoyens » dans le but de faire un focus sur la préservation de ces écosystèmes. L’émission se concentrera sur plusieurs régions métropolitaines comme les Landes, la Bretagne ou le Var, mais abordera également la situation à Mayotte en faisant un focus sur la lutte contre la déforestation et sur le projet « Gégé forêt », porté par Mayotte Nature Environnement. « L’idée est de travailler sur ce qu’on appelait jadis le jardin mahorais », détaille Houlam Chamssidine, président de l’association. « Ce concept présente des vertus intéressantes, notamment pour aider les agriculteurs à avoir des associations vertueuses, avec des manguiers, des cocotiers en hauteur, puis des plantes intermédiaires comme des papayers, et en redescendant de l’embrevade, du manioc, ou des ananas. » Cette émission vise à sensibiliser le grand public aux rôles que jouent les forêts face au réchauffement climatique, mais aussi aux menaces qui pèsent sur elles et surtout aux solutions pour y faire face.

Émission « Aux arbres citoyens ! », ce mardi 8 novembre, à 20h45 sur France 2, présentée par Léa Salamé et Hugo Clément.

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