Avec Mayotte Nature Environnement pour une journée de sensibilisation

Avec Mayotte Nature Environnement pour une journée de sensibilisation

La fédération d’associations organise régulièrement des opérations de sensibilisation aux quatre coins de l’île. À la rencontre de la jeune génération, qui écopera de la lourde tâche de préserver ses richesses naturelles menacées. Reportage.

C’est une matinée calme ce vendredi 21 août. La plage de Sohoa qui se réveille doucement semble n’accueillir que quelques badauds et pêcheurs de poulpe disséminés au loin, l’échine courbée. Mais c’est sans compter l’œil affûté de l’équipe de Mayotte Nature Environnement qui vient de faire rouler son camion pédagogique à quelques mètres de là. Coup d’œil à gauche, les mains sur les hanches, Théophile Kieffer avise un groupe de femmes assises autour de leurs bassines dans un coin reculé de la plage. “Tu veux bien leur demander si on peut leur emprunter les enfants quelques minutes ?”, demande-t-il à Ben Ali, le jeune service civique qui parle shimaoré. L’animateur nature originaire du Grand-Est en France métropolitaine et son acolyte local font un peu la paire.

Leur objectif ? Aller à la rencontre des jeunes générations pour les sensibiliser aux problématiques environnementales, qui sont légion à Mayotte. “Nous utilisons ce camion pédagogique pour aller discuter avec les enfants pour qu’ils comprennent qu’ils vivent dans un endroit magnifique à préserver, au risque de se prendre un retour de bâton. Et parfois, même les adultes se joignent à nous car ils sont intrigués”, déroule Théophile Kieffer. Cette action s’inscrit dans la démarche initiée par Mayotte Nature Environnement, une fédération d’associations née en 2011, et qui s’est donnée pour mission la production de connaissances, l’éducation et la réparation de l’environnement. Pour y parvenir, l’organisation, qui compte plus de 1.912 adhérents, organise des événements comme la Journée Mondiale des Zones Humides, la Journée Internationale des Forêts, la Fête de la Nature, ou encore la Semaine Européenne de Réduction des Déchets. Elle propose aussi des formations et un accompagnement pour ses adhérents.

 

Dans les classes ou à la plage

Autant d’actions qui viennent s’ajouter aux virées pédagogiques de Théophile Kieffer et Ben Ali. Parfois, le binôme se rend directement dans les salles de classes, Powerpoint et outils pédagogiques à l’appui, pour des sessions plus théoriques. “Le point positif, c’est qu’on peut revenir voir les mêmes enfants. La dernière fois, deux écolières s’étaient renseignées entre les séances. Elles sont revenues nous voir avec une carte en disant “c’est là la barrière de corail !”. Ça faisait chaud au cœur”, sourit ce Vosgien formé à l’éducation à l’environnement. “Mais c’est vrai que mon truc, c’est davantage la pédagogie active.” Et les enfants le lui rendent bien. À peine a-t-il demandé la permission à leurs mamans que la marmaille accourt entre les palmiers. Elle le suit avec curiosité en direction de la tortue en carton que Ben Ali vient de poser sur le sable. “J’ai peur !”, s’exclame une petite, en balayant du regard la plage à la recherche d’une échappatoire ou d’un bras auquel s’agripper. Pas d’inquiétude, lui assure-t-on. “On va même lui donner un nom !”, lance l’animateur. “Nevada”, répond une autre enfant du tac au tac. Confiante.

Vaincre la peur du lagon

Le ton est donné, et la petite troupe est prête pour la première activité senteurs. Les yeux bandés, chacun renifle à tour de rôle des bocaux qui renferment des parfums de l’île aux fleurs. “On a plusieurs outils pédagogiques dans le genre : l’idée c’est de leur faire découvrir des éléments présents à Mayotte, et à chaque fois qu’ils trouvent, on en profite pour glisser un peu de théorie”, décrit l’expert. Une façon aussi d’aborder les enjeux environnementaux qui se posent à Mayotte, comme la problématique des déchets, la déforestation, les menaces sur la barrière de corail…

Mais aujourd’hui, les enfants se lassent vite. Ils n’ont d’yeux que pour Nevada. Le concept de cette nouvelle animation : retrouver l’assassin de la tortue, façon enquête policière. Regroupés autour de feuilles plastifiées, et munis d’une loupe, la petite troupe suit avec attention les explications de Ben Ali. Au gré de leurs découvertes, ils apprennent aussi à différencier une tortue verte d’une tortue imbriquée. Et qu’ils peuvent apercevoir les deux dans le lagon, ici à Mayotte. “Mais on ne va pas dans la mer bleue, on ne va pas aux vagues !”, s’exclament-ils en coeur. Rares sont en effet ceux qui osent nager vers le large, ce qui explique d’ailleurs qu’ils connaissent encore mal toutes les richesses dont regorgent les eaux mahoraises. “Souvent, ils ont peur du lagon. Mais une fois qu’on leur explique, ils sont très intéressés”, confirme l’animateur de MNE. La preuve : une dizaine de minutes plus tard, le groupe s’était déplacé trente mètres plus loin, pour aller observer les poissons. Le sourire aux lèvres.

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