Les communes mahoraises ouvriront-elles les écoles le 18 mai ?

Les communes mahoraises ouvriront-elles les écoles le 18 mai ?

Au niveau national, les enfants reprennent officiellement le chemin de l’école à partir d’aujourd’hui. Chez nous, la rentrée a été repoussée au 18 mai, date potentielle du déconfinement. Les plus petits seront les premiers à ouvrir le bal si leurs parents acceptent de les envoyer puisque la décision définitive leur revient. Mais l’ouverture des établissements scolaires ne dépend uniquement que du bon vouloir des maires. Pour le moment, une très grande majorité d’entre eux affirme ne pas être capable de recevoir les élèves, principalement par manque de moyens. Votre commune sera-t-elle prête à ouvrir les écoles dans une semaine ? Réponses des 17 maires. 

Mamoudzou

“Mamoudzou est prêt ! Nous avons commandé 1.500 litres de gel hydroalcoolique uniquement pour la rentrée, des masques. La Cadema a également commandé 20.000 masques et une partie reviendra aux écoles et aux agents municipaux. Nous avons multiplié les points d’eau, les désinfections des écoles sont en cours. Si l’ARS nous dit que l’on peut ouvrir le 18 mai alors on ouvrira les écoles.” Nassuf Eddine Daroueche, adjoint au maire, délégué à la sécurité.

Koungou

“Pour le moment, à Koungou nous ne sommes pas sûrs d’ouvrir les écoles le 18 mai, mais je n’ai pas encore pris la décision définitive. Nous sommes une grosse commune avec beaucoup d’enfants. On a des classes qui sont en rotation et on sera perdus dans l’organisation. Mais on est en train d’y travailler. Cependant, je pense qu’il serait plus judicieux de reporter la rentrée à septembre. Entre temps, il faudra trouver une solution pour occuper les enfants. On est d’ailleurs en train de réfléchir à une alternative s’ils ne retournent pas à l’école.” Assani Saindou Bamcolo, maire de Koungou.

Dzaoudzi-Labattoir

“Je n’ouvrirai pas parce que le protocole sanitaire envoyé exige des conditions que je ne peux pas mettre en œuvre. Par exemple, tous les matins la famille doit prendre la température de leur enfant avant de l’envoyer à l’école. Comment puis-je vérifier cela ? Pourquoi ne met-on pas un endroit avec des agents de l’ARS qui prennent la température des enfants avant qu’ils n’entrent en classe ? En tant que maire, je dois assurer la sécurité de tous mes agents parce que s’ils sont contaminés je serai le seul responsable. De plus, il va falloir faire des travaux supplémentaires dans les écoles pour être en conformité avec le protocole. Mais tout cela génère des dépenses supplémentaires pour les mairies. Le recteur nous dit que l’État va prendre en charge la moitié des dépenses exceptionnelles. Mais compte tenu de l’état de nos finances dans les communes, l’État doit nous donner une dotation spéciale Covid-19 pour la rentrée scolaire. On parle d’ouverture des écoles, mais pour l’instant nous n’avons rien. Donc au regard des avantages et des inconvénients, je préfère ne pas ouvrir les écoles. Je préfère un report de la rentrée en septembre. Je comprends qu’il y a des enfants en décrochage scolaire, mais je ne peux pas mettre la population en danger.” Said Omar Oili, maire de Dzaoudzi-Labattoir.

Pamandzi

“Si ça ne tenait qu’à moi, je n’ouvrirais pas les écoles. Je n’ai pas tous les moyens nécessaires pour le faire, notamment en terme de masques. J’ai des classes de 34 élèves, si on les dédouble cela fait 17 par enseignant alors qu’on nous dit qu’il faut qu’il y ait au maximum 15 élèves dans une classe. Comment dois-je gérer les 4 qui restent ? J’ai échangé avec quelques élus de la commune et ils sont d’avis à ne pas ouvrir les écoles tant que les conditions de protection ne seront pas toutes réunies. J’attends la réunion avec le conseil municipal le 13 mai pour prendre une décision définitive.” Siaka Hamidou, maire de Pamandzi.

Acoua

“On est encore en train d’y réfléchir. Selon les statistiques de l’ARS la situation ne s’améliore pas, on s’enfonce tous les jours. Si on est vraiment rationnel, on tâchera de temporiser un peu parce que nous allons dans le sens contraire de ce que préconise l’ARS. Si on regroupe des enfants au même endroit, on aura du mal à faire respecter les gestes barrières. On nous parle aussi d’aide pour le matériel, mais je n’ai rien de concret jusqu’à présent, on ne fait que parler. Et puis pour pouvoir enseigner il faut être prêt psychologiquement à le faire, mais les enseignants ne le sont pas. Et même certains parents affirment qu’ils n’enverront pas leurs enfants à l’école. En prenant en compte tous ces critères, je fais plutôt partie de ceux qui recommandent la rentrée en septembre. Il ne reste qu’un mois de cours.” Ahmed Darouechi, maire d’Acoua.

Bandrélé

“On s’est mis à travailler sur le sujet pour savoir ce que l’on peut faire. Nous revoyons nos installations, ce qu’il manque, etc. Mais Bandrélé fait partie des foyers du virus alors notre position actuelle est de ne pas ouvrir les écoles en l’état. Évidemment rien n’est figé, nous sommes encore en train d’étudier la question, mais on ne voit pas clair, il y a des questions qui restent sans réponses, donc pour le moment nous ne sommes pas prêts à accueillir les élèves.” Ali Moussa Moussa Ben, maire de Bandrélé.

Kani-Kéli

“On y travaille, mais on n’est pas prêts à ouvrir à tous les niveaux. On a entamé des discussions avec les parents et ils nous disent qu’ils n’enverront pas leurs enfants à l’école. Pour le moment nous ne sommes pas certains de reprendre le 18, mais nous n’avons pas encore choisi de date ultérieure pour une potentielle reprise.”, Fatima Saindou, adjointe au maire, chargée de la sécurité.

Dembeni

“Nous n’ouvrirons pas les écoles c’est sûr. 60 à 70 % de nos élèves vivent dans des habitats précaires, on mettrait donc tout leur entourage en danger si on les accueillait à l’école. On peut demander aux adultes de respecter les gestes barrières, de mettre du gel, des masques, mais ça sera difficile d’appliquer ces consignes sur les enfants. Nous n’avons pas non plus le matériel nécessaire qui permettra d’assurer la rentrée. Et puis comment choisir les 15 enfants qui seront autorisés à aller à l’école ? Tous les parents voudront envoyer leurs enfants pour pouvoir faire être chose.” Ambdi Hamada Jouwawo, maire de Dembeni.

M’tsangamouji

“Nous avons la capacité d’accueillir les élèves dans les écoles au regard du nombre d’élèves que nous avons. Nos classes sont déjà dédoublées en primaire donc c’est possible. J’ai 6 adultes pour 30 élèves, je pense qu’ils pourront s’occuper des enfants et assurer les gestes barrières. Concernant l’hygiène, on a fait le choix de ne pas utiliser de gel. On privilégie le lavage des mains. Si jamais il y a une ouverture, les enfants iront à l’école seulement trois heures par jour, donc nos agents pourront nettoyer les salles après leur départ. Mais en terme de matériel, on n’a pas les moyens. Et ma plus grande crainte reste la responsabilité pénale parce qu’on ne sait pas comment sont les enfants chez eux. Si l’un d’entre eux contamine les autres alors je serai le responsable. Les choses sont compliquées à mettre en place. On organise des rencontres avec l’ensemble des partenaires afin de récolter l’avis de chacun et évaluer la faisabilité ou pas. L’avis des parents d’élèves est primordial, s’ils refusent l’ouverture des établissements scolaires alors je ne les ouvrirai pas. Mais c’est jouable avec la volonté de tout le monde.” Said Maanrifa Ibrahima, maire de Mtsangamouji.

Ouangani

“On n’ouvrira pas. Les conditions ne le permettent pas, nous ne sommes pas encore prêts. L’épidémie progresse en permanence à Mayotte, ça ne serait pas raisonnable. Et le manque de matériel pose problème. Le recteur nous parle d’aide, mais il n’y a rien du tout. On doit avancer les frais et ils ne remboursent que 50 %… De notre côté, nous avions déjà commandé du gel, du savon, des serviettes, etc., mais rien de tout cela n’est arrivé à cause de la restriction des vols. On les aura peut-être mi-juin et ça sera trop tard. Nous avons également multiplié les points d’eau, mais il nous sera impossible de tout faire et tout avoir dans les prochains jours. Je préfère donc reporter la rentrée en septembre. J’ai demandé aux familles et toutes me disent qu’elles n’enverront pas leurs enfants à l’école. Ce n’est donc pas une décision que j’ai prise seul, mais elle a été discutée en groupe.” Ali Ahmed Combo, maire de Ouangani.

Chiconi

“Nous ne sommes pas au point. Nous n’avons pas le matériel nécessaire pour équiper le personnel. On attend les masques qui doivent être fournis par la préfecture. On a sollicité des entreprises pour désinfecter les bâtiments, mais jusqu’à maintenant ça n’a pas encore été fait. Le délai est trop court pour organiser de manière sereine le retour des élèves en classe. Quoi qu’il en soit, on se prépare pour ouvrir les établissements, mais on ne pourra pas accueillir les enfants le 18 mai. De plus, il nous manque certaines précisions. On ne sait toujours pas qui enverra son enfant à l’école, et on a besoin de cette information pour nous organiser. Et on nous dit qu’il faut privilégier les enfants prioritaires, mais comment est-ce qu’on les définit ? Nous n’avons aucune information et on ne préfère pas s’aventurer de manière hasardeuse.” Madi Ousseni Mohamadi, maire de Chiconi.

M’tsamboro

“Nous ne sommes pas contre le principe de la reprise des cours, mais nous estimons que nous ne serons pas prêts pour la date du 18 mai. Nous devons opérer un certain nombre d’aménagements pour respecter les gestes barrières (multiplication des points d’eau, commande de matériel de

protection pour les agents et autres produits.) On s’organise pour ouvrir, mais je sais déjà que pour notre commune, le 18 mai ne sera pas possible. On réfléchit plutôt à une ouverture fin mai ou début juin.” Assadillah Abdourahamani, directeur général des services à la mairie de Mtsamboro

Chirongui

“C’est sûr qu’on n’ouvrira pas le 18 mai. La France est entrée en confinement parce que le nombre de cas ne cessait d’augmenter et les écoles ont été les premières à être fermées. Aujourd’hui, Mayotte se retrouve dans le même cas et je ne comprends pas pourquoi on nous demande ici d’envoyer nos enfants à l’école alors que la pandémie progresse. J’ai donc décidé de ne pas ouvrir les établissements scolaires à Chirongui au moins jusqu’à fin mai. On attend que le pic de l’épidémie prévu vers le 20 mai soit passé. À la fin du mois, nous demanderons l’avis des spécialistes pour savoir si on peut ouvrir progressivement tout en sécurisant l’enfant, les parents et les enseignants, mais cela ne garantit pas la rentrée chez nous. Elle aura lieu à condition que la pandémie recule. On attend également le retour d’expérience. D’ici là, on aura eu le retour des autres territoires qui sont retournés à l’école et on pourra en tirer des leçons. Nous préparons cependant les écoles, il faut que tout le monde soit équipé. Pour le moment nous ne sommes pas encore prêts, mais on y travaille. Je regrette néanmoins le manque de moyens. On attend encore les masques et les gels. On doit aussi multiplier les points d’eau. On est en train de faire le diagnostic de tout cela.” Roukia Lahadji, maire de Chirongui.

Boueni

“À l’heure actuelle nous ne pouvons pas savoir si nous serons capables d’ouvrir ou pas. Nous sommes toujours en train d’étudier la situation. On a réuni tous les partenaires. On en saura plus dans quelques jours, mais pour le moment on ne peut pas se prononcer parce que nous n’avons pas l’ensemble des éléments.”, Inzou Ahmed Sélémani, directeur général des services à la mairie de Boueni.

Tsingoni

“On a pris la décision de ne pas ouvrir les écoles tout simplement parce qu’on n’a pas les moyens, les conditions ne sont pas réunies chez nous.” Mohamed Bacar, maire de Tsingoni.

Bandraboua

“Nous ne pouvons pas encore donner de réponse puisqu’aucune décision n’a été prise pour l’instant. Nous attendons la réunion avec le conseil municipal pour en débattre. Ce n’est qu’après cela que l’on pourra prendre des décisions.” Mohamaedi Toumbou-Dani, chargé de communication à la mairie de Bandraboua.

Sada

Malgré nos multiples sollicitations, le maire n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Rectorat : “On trouvera les enveloppes qu’il faut, mais on accompagnera les communes”

Malgré les réticences des uns, et le refus catégorique des autres, le rectorat de Mayotte maintient la réouverture des établissements scolaires au 18 mai. Pour se faire, il affirme accompagner les communes dans leurs démarches à travers différentes aides.

Une grande majorité des maires semble être réticente à l’idée d’ouvrir les écoles le 18 mai. Tous évoquent le manque de moyens qui ne leur permet d’assurer la sécurité des élèves, du corps enseignant et des agents qui seront mobilisés. Pourtant Gilles Halbout, le recteur de Mayotte se veut rassurant. “On leur a dit qu’on est là pour les aider. On trouvera les enveloppes qu’il faut, mais on accompagnera les communes.” Des professionnels du rectorat continuent à faire la tournée des écoles afin d’établir l’inventaire de ce qu’il manque. L’objectif principal du recteur est que tout soit prêt pour le 14 mai afin que la rentrée se passe dans de bonnes conditions. Pour l’heure, 15.000 masques “grand public” sont en stock et chaque travailleur en recevra deux. Des gels, des lingettes, du savon devraient également arriver sous peu. “Toute cette question du matériel est anticipée. Pour l’instant nous n’avons pas de signaux alarmants”, assure le recteur. Même si des maires ont manifesté leur volonté de ne pas ouvrir les établissements scolaires, l’État maintient son planning. “L’objectif c’est que le 25 mai toutes les écoles soient ouvertes à Mayotte. Mais nous sommes lucides, il y a un certain nombre de communes qui trainent des pieds et qui sont dans l’attente”, admet Gilles Halbout.

“On nous a dit au niveau national que les petits étaient moins contagieux que les grands et que l’on prend moins de risques avec eux”, explique le recteur de Mayotte. Raison pour laquelle les classes de maternelles, CP et CE1 seront les premières à retourner à l’école. Cependant, sur l’île un nombre conséquent d’élèves n’ont pas accès à internet et il est difficile d’assurer la continuité pédagogique dans ces conditions. Il est donc nécessaire que les classes de troisième, première et terminale soient suivies de manière plus assidue. “Avec le préfet nous avons demandé à faire rentrer les grands tout en mettant en place des mesures de précaution extrêmes. Par exemple, les lycées qui accueillent plus de 1.000 élèves n'en recevront plus que 200 ou 300 à la fois”, précise le recteur. Toutes ces mesures seront bien évidemment effectives uniquement si la date du déconfinement à Mayotte n’est pas repoussée.

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