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Ces mahorais qui quittent l’île aux parfums pour se construire une carrière

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Asma* vit à Paris. Originaire de Mamoudzou, la Mahoraise de 28 ans affirme aujourd’hui ne pas regretter un instant avoir quitté le 101ème département français. Partie pour poursuivre des études littéraires, elle prépare actuellement les concours du barreau au Luxembourg et en France.

Flash Infos : Quel est votre parcours scolaire ? Pourquoi avoir quitté Mayotte pour poursuivre vos études ?

Asma : Lorsque je suis partie à l’âge de 16 ans, ma première destination a été Lyon. J’ai quitté Mayotte car la filière que je convoitais n’y existait pas et n’y existe toujours pas. J’ai suivi un parcours en classe préparatoire littéraire hypokhâgne et khâgne, à l’issue duquel j’ai réalisé une licence en droit privé puis un master en droit des affaires internationales en Égypte. Je me suis spécialisée par la suite dans le droit des pays arabes grâce à un échange universitaire au Qatar. Afin d’étoffer mon parcours, j’ai également occupé une place au sein du bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption à Abidjan que j’ai délaissé par la suite pour rejoindre le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. J’ai alors travaillé un an pour le consulat général de France à Alger. Puis en raison de la crise sanitaire, j’ai été mobilisée pour aider au rapatriement des Français bloqués à l’étranger et j’ai décidé de me consacrer à la préparation de plusieurs concours, dont celui du barreau.

FI : Un sacré parcours alors que vous n’avez que 28 ans. Mais alors riche de vos expériences, regrettez-vous aujourd’hui d’avoir quitté Mayotte ?

Asma : Je ne regrette pas d’être partie car j’ai pris goût aux voyages. J’espère que la fin de la crise sanitaire me permettra de repartir en Afrique. Je suis bien consciente aujourd’hui que je n’aurais jamais eu autant d’opportunités professionnelles si j’étais restée sur l’île.

FI : Vous parlez d’opportunités professionnelles. Pensez-vous qu’il est possible à l’heure actuelle de se constituer une carrière à Mayotte ?

Asma : En l’état actuel des choses, je ne vois pas quels débouchés l’île offriraient aux jeunes diplômés. Il n’existe aucun dispositif de retour et d’accompagnement à la recherche d’emploi. L’État ne soutient que très peu les jeunes entrepreneurs. C’est la raison pour laquelle je suis admirative du parcours de jeunes mahorais qui excellent dans leurs domaines. Que faire lorsque l’on n’a pas d’âme entrepreneuriale ? Le département n’a aucun moyen d’absorber le contingent de jeunes diplômés alors la plupart restent en métropole. Quel intérêt de venir grossir le flot des chômeurs ?

FI : Selon vous comment s’explique la fuite des cerveaux à Mayotte ?

Asma : Pour moi, la fuite des cerveaux à Mayotte s’explique d’abord par l’environnement hostile et l’insécurité. Mayotte connaît des pics de violence que l’on ne rencontre pas ailleurs. Mais aussi par le manque d’attractivité liée à l’absence d’activité sur l’île. Également par les salaires peu élevés au regard du coût de la vie. De plus, la pratique du piston peut rendre l’insertion professionnelle difficile. Enfin, les porteurs de projets qui souhaitent ouvrir une entreprise sont confrontés à des lourdeurs administratives qui viennent freiner la mise en place de leur activité.

FI : Voilà un bilan bien triste que vous dressez là… Si vous deviez donner un conseil à un jeune bachelier mahorais, que lui diriez-vous ?

Asma : Si je devais donner un conseil à un étudiant, je lui demanderais de bien se renseigner sur son orientation. Par manque d’information, certains étudiants se réorientent ou peinent à trouver leurs voies. Je leur conseillerai également de cumuler les dispositifs d’aide et de préparer un plan B au cas où tout ne se passerait pas comme prévu. Je leur demanderai d’être curieux du parcours de leurs aînés, on apprend de nos erreurs mais également de celles des autres.

* le prénom a été modifié

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