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À « l’école de la brousse », « on a du mal à imaginer une rentrée dans deux semaines »

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Au niveau national, les enfants reprennent officiellement le chemin de l’école à partir d’aujourd’hui. Chez nous, la rentrée a été repoussée au 18 mai, date potentielle du déconfinement. Les plus petits seront les premiers à ouvrir le bal si leurs parents acceptent de les envoyer puisque la décision définitive leur revient. Mais l’ouverture des établissements scolaires ne dépend uniquement que du bon vouloir des maires. Pour le moment, une très grande majorité d’entre eux affirme ne pas être capable de recevoir les élèves, principalement par manque de moyens. Votre commune sera-t-elle prête à ouvrir les écoles dans une semaine ? Réponses des 17 maires. 

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Depuis un mois, une quinzaine d’élèves bénéficient d’une continuité pédagogique pas comme les autres autour d’une maîtresse qui a décidé de prendre les choses en main le temps, au moins, du confinement. Mais la fin de ce dernier, à « l’école de la brousse », embarque avec elle bien des questions quant au retour à « l’école classique ».

« Allez allez, on file se laver les mains ». À 8h30 tapantes, tous les matins de la semaine connaissent désormais ce même rituel quand les quatre premiers élèves de Marguerite se rendent à l’école. En fait d’école il s’agit plutôt d’une maison perdue dans les hauteurs de Tsoundzou 2 où, depuis un mois, une quinzaine d’élève prennent quotidiennement place sur des tables dressées sur la terrasse ou le jardin. C’est elle que l’on appelle désormais « l’école de la brousse ».

« Au début, ce sont les petits voisins d’un banga qui sont venus nous trouver pour nous dire qu’ils avaient envie de travailler. La veille je les avait trouvés en train de chercher à manger dans les poubelles. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose qui permette à la fois de leur offrir un repas et de poursuivre leur scolarité », explique la jeune institutrice, promue le temps du confinement en directrice d’une école pas comme les autres.

Car s’ils n’étaient que quatre à venir suivre les cours le matin, ils sont désormais une quinzaine. « Le mot est vite passé dans les bangas, du coup je me suis retrouvé avec des élèves de la petite section à la seconde, ça commençait à devenir un peu compliqué à gérer toute seule », s’amuse la maîtresse. Heureusement, des renforts ne sont pas loin et les voisins de Marguerite, qui ont aussi un pied dans l’éducation lui prête volontiers main-forte. Jusqu’à s’investir pleinement dans cette petite école.

Une certaine idée de la continuité pédagogique

Depuis, toute une organisation s’est mise en place. Un premier groupe de 3 à 5 élèves arrive à 8h30 et quitte la classe-terrasse vers 10h pour laisser place à deux autres groupes séparés entre les petits et les grands. « On s’adapte en fonction de chaque élève et ça s’est vraiment super, on peut être derrière chacun et l’aider du mieux que l’on peut. Chacun avance à son rythme, ça change de l’école avec 30 enfants par classe », fait valoir l’institutrice qui est allée jusqu’à se fabriquer un tableau noir. Et si depuis quatre semaines, Marguerite est toujours aussi enthousiaste, c’est que les enfants le lui rendent bien. « Ils sont hyper contents, on le sent bien. Ils ont l’impression que l’on s’intéresse à eux – ce qui est vrai !- que l’on prend du temps pour eux et ils s’ouvrent vraiment. Ici, on ose dire que l’on ne comprend pas alors que bien souvent à l’école on fait semblant et on accumule des lacunes », explique la maîtresse.

« Motivés », « dynamiques », « intéressants », les qualificatifs ne manquent pas pour conter les mérites de ces enfants. « On sent qu’ils se sentent bien ici et ce n’est pas que pour manger, s’amuse celle qui officie en temps normal à Kawéni Poste. La preuve, ils viennent avec toujours autant d’entrain depuis le ramadan ! » Au rang des ravis, les mamans du village ne manquent pas non plus de venir remercier les bénévoles de l’école de la brousse. « Souvent elles ne sont pas capables d’aider leurs enfants et sont très reconnaissantes qu’on le fasse pour elles et puis elles sont heureuses aussi de voir que leurs enfants sont occupés, car avec le confinement, c’est vraiment l’ennui mortel dans les bangas », soutient encore la maitresse. De l’occupation, justement, on n’en manque pas ici et les après-midi prennent souvent des allures de centre aéré une fois l’école terminée. Parties de foot ou de badminton, séance de peinture ou atelier cuisine, confections de

voitures en boite de sardines prennent ainsi le relai des maths et de la lecture. Avec toujours le même entrain.

« Une rentrée mi-mai me paraît utopique »

« Bien sûr que ce n’est pas facile tous les jours, c’est normal, mais tout ça nous apprend à nous connaître, on crée des liens très forts », témoigne encore la jeune femme. Et le retour à la véritable école dans tout ça ? Un long silence s’installe avant que la professeure ne reprenne la parole. « Ça me paraît utopique d’imaginer une rentrée mi-mai », lâche-t-elle. « Ici, même en petits groupes c’est très difficile d’être constamment sur le qui-vive des gestes barrières. On fait vraiment du mieux qu’on peut avec des tables de maximum cinq élèves, des masques pour les profs, tout le monde se lave les mains. On fait aussi bien que possible, mais on est trois pour quinze élèves, à l’école classique on manque de tout pour mettre en oeuvre les bons gestes », se désole Marguerite. Et si la mise en pratique des gestes barrières l’interpelle, il en est de même pour le volet pédagogique. « Le masque est un gros frein, ça bloque les plus petits qui ont besoin d’un contact proche et rassurant, les expressions de visage c’est parfois aussi important que la parole. C’est aussi très compliqué pour la lecture, et autant pour l’écriture, cela veut dire qu’il ne faut pas aider un enfant à former ses premières lettres ? »

Une question parmi tant d’autres dans l’océan de doute que forme chez la professeure l’idée d’une rentrée. « Je ne sais pas si j’aurais le choix… Je pense que j’irai quand même, je le ferai pour mes élèves, car il faudra bien les accueillir, mais ça va être très compliqué », s’inquiète-t-elle avant de livrer le fond de sa pensée. « Ce qui est sûr, c’est que les enfants comme ceux que j’accueille seront les premiers à retourner à l’école alors qu’ils n’ont même pas de quoi se laver les mains. Quelque part, ce sont les plus défavorisés qui seront les premiers à rentrer à l’école, donc les moins protégés », s’attriste celle qui ne cache pas son penchant maternel envers ses élèves. « On a du mal à s’imaginer que dans deux semaines on retourne à l’école… », livre-t-elle dépité quoique consciente que le lien créé ne se distordra pas. Et si l’on en doutait, voilà qu’Aniss la hèle depuis le chemin de terre rouge, espérant bien récolter quelques échanges de badminton. « J’arrive ! », lui répond la maîtresse épanouie, justement, dans l’échange.

 

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