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Vie chère en outre-mer : « si rien n’est fait de radical, ce problème va subsister »

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La commission d’enquête relative au coût de la vie dans les collectivités territoriales d’outre-mer, nouvellement installée, et dont la députée Estelle Youssouffa est vice-présidente, s’est réunie ce jeudi 16 mars. Deux experts ont été auditionnés, pour poser les bases de cinq mois de travaux qui devront aboutir à la publication d’un rapport d’enquête.

Étudier les mécanismes et causes de la vie chère en outre-mer, et établir un diagnostic complet pour faire émerger des solutions afin de faire baisser les prix dans les territoires ultramarins. Tels sont les deux grands objectifs de la commission d’enquête relative au coût de la vie dans les collectivités territoriales d’outre-mer, créée en février dernier et dont nos deux députés – Mansour Kamardine et Estelle Youssouffa – font partie, la dernière en tant que vice-présidente. Une première réunion s’est tenue ce jeudi 16 mars, au cours de laquelle ont été auditionnées deux experts en la matière : Michaël Goujon – maître de conférences en économie et directeur adjoint du Centre d’études et de recherches sur le développement international (CERDI) de l’Université Clermont Auvergne – et Françoise Rivière – docteur en sciences économiques et responsable de la cellule Économie et Stratégie, au département Afrique de l’Agence française de développement (AFD).

« Les inégalités sont des freins au développement »

Le professeur Michael Goujon a essuyé les plâtres de la commission. Son travail repose notamment sur le calcul et l’étude d’indicateurs classiques des Nations Unies – tels que l’indice de développement humain (IDH) – appliqués aux territoires non-membres non couverts initialement par leurs travaux onusiens, dont les collectivités d’outre-mer. « Les inégalités génèrent des inefficacités économiques, et sont donc des freins au développement », résume-t-il. « Lorsqu’une partie de la population est maintenue dans une situation de pauvreté, l’on se prive d’un potentiel d’entreprenariat », explique-t-il à titre d’exemple. Son expertise macro-économique n’a pu satisfaire toutes les questions des députés présents, parfois extrêmement pointues et spécifiques à leurs territoires respectifs. « Nous n’avons pas le désir de vous mettre en difficulté, mais nous attendons beaucoup de ces auditions ! », admet Elie Califer, député de la quatrième circonscription de Guadeloupe. « Quels sont les secteurs à fort potentiel d’exportation ? » ; « La rente monopolistique ou oligopolistique en outre-mer est-elle mesurée ? » ; « Y a-t-il des normes qui n’ont pas lieu d’être dans nos territoires ? » ; « Le levier de l’innovation est-il à privilégier ? » Dans la salle, tous sont avides d’un éclairage technique, et de pistes pour lutter contre le problème de la cherté de la vie en outre-mer. « Dans les conditions actuelles, et si rien n’est fait de radical, ce problème va subsister et s’amplifier dans les décennies à venir. Vous devrez donc, dans vos recommandations, anticiper et réfléchir à traiter les défis futurs. Ce sont les problématiques d’inégalités et de changement climatique qui sont à prendre en compte, inévitablement », analyse le professeur en guise de conclusion.

« Des créneaux de niche »

Les échanges avec Françoise Rivière ont permis de s’intéresser aux questions du mal-développement, des effets délétères de la crise du Covid-19 et du conflit russo-ukrainien sur le pouvoir d’achat, ou encore de la coopération régionale – à la lumière des travaux universitaires que l’économiste a pu réaliser sur les économies de l’océan Indien, notamment. « Au-delà de la vie chère, se pose la question des revenus. La question est : comment créer de l’activité ? », interroge Françoise Rivière. « En répondant aux nouveaux besoins intérieurs – tels que le vieillissement de la population observé ou prévu dans la plupart des Dom – et en s’adressant aux économies extérieures sur des créneaux de niche », préconise-t-elle. « Pendant longtemps, on a cru que le Graal, c’était la coopération régionale. Force est de constater que c’est plus compliqué que cela », argue l’économiste. « Qu’échanger quand on produit un certain nombre de choses similaires ? Il faut trouver des complémentarités », plaide-t-elle.

Les deux experts ont été invités à compléter leurs interventions par des réponses écrites aux questions soumises par les différents députés. Une prochaine réunion de la commission est prévue ce vendredi 24 mars. Leurs travaux doivent déboucher sur la publication d’un rapport d’enquête avant le 8 août prochain.

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