Circoncision 3/3

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Amour, sexe & séduction

Un salouva pour souligner les formes, une danse pour être sexy, des regards et des senteurs, ou encore des soins du corps : à Mayotte, la séduction est un art. Mais comme tout dans cette société en constante évolution, cette séduction change et s'adapte, tout en gardant ses caractéristiques. Une séduction qui s'encanaille aussi, car aujourd'hui le sexe est de moins en moins tabou sur l'île aux parfums. Et si la pudeur est encore de mise, on hésite de moins en moins à se faire plaisir avec des jouets coquins. À l'occasion de la Saint-Valentin, Mayotte Hebdo s'est penchée sur les petits secrets des unes et des autres. Croustillant !

Anouar Mlambeou, dit Black Ä

Auto-entrepreneur et photographe, anouar mlambeou est revenu s'installer à mayotte il y a trois ans après un long cursus à paris. depuis, il travaille tantôt devant, tantôt derrière l'objectif pour de gros partenaires locaux et compte bien étendre davantage son activité. et pas seulement à l'échelle de l'île.

« J’ai mis du temps à réaliser que je devenais une prostituée »

À 25 ans, Naima* est maman d'un garçon de dix ans. Ayant arrêté l'école au collège après sa grossesse, l'habitante de Trévani, originaire de Koungou, n'a jamais travaillé. Les écueils de la vie l'ont mené petit à petit à se prostituer durant quelques années pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Depuis un peu plus d'un an, Naima a pris un nouveau tournant : elle ne fréquente plus ses clients et suit une formation professionnalisante dans l'espoir de trouver rapidement un emploi. 

Étudiant en architecture, Nahed Saidali ouvre Six Barbershop à M’Tsapéré

En plein cœur de M'Tsapéré, un barbershop s'est invité dans le paysage économique du quartier. À sa tête, un jeune étudiant en architecture de 24 ans qui s'est pris de passion pour ce milieu. Moins d'un mois après son ouverture, la nouvelle adresse cartonne déjà. Rencontre.

Micro-trottoir : des avis variés

Pour une circoncision rituelle ou médicale ? Quels souvenirs de ce moment ? Comm ent feront-ils avec leurs enfants ? Les habitants de l’île, parfois un peu gênés, nous répondent.

Samir, 31 ans

« Je ne me souviens pas vraiment de ma circoncision, j’étais très jeune, aux alentours de 4 ans. C’est mon père qui m’a rappelé le rituel. Le foundi est venu à la maison où il y avait quelques autres garçons. Il a d’abord brûlé des feuilles pour faire une grosse fumée et puis… Tchak ! À l’ancienne quoi ! En principe on ne doit pas pleurer, mais je ne peux pas y croire. Franchement quand on voit comment ça se passe on a forcément peur à cet âge. Mais mon père m’a raconté que tout s’était bien passé alors je l’ai cru et j’ai fait de la même manière pour mon fils. Je m’en veux parce qu’il a beaucoup souffert le pauvre. Ça s’est plutôt mal passé. Du coup, je ne ferai pas la même erreur pour mon autre fils. Même s’il faut payer on fera ça à l’hôpital. C’est plus sécurisant, il y a moins de risque. Et puis si jamais il y a un souci, je sais que je peux attaquer l’hôpital. Contre le foundi qui fait ça n’importe comment, par contre, on ne peut rien faire. »

Faouzia, 33 ans

« Pour moi c’est l’hôpital, sans aucun doute ! Même s’il faut aller en métropole pour le faire à mon fils, j’irais. Ici les hommes et les garçons n’en parlent pas trop, c’est un peu tabou et je le comprends. Mais j’ai quand même entendu pas mal d’histoires où la circoncision s’était mal passée et franchement je ne veux pas du tout ça pour mon fils. C’est important car c’est la religion mais il faut s’adapter aussi : si on peut le faire sans faire souffrir les enfants c’est forcément mieux. Je comprends aussi que certains veuillent respecter les traditions, mais pour moi c’est la santé de mon fils qui passe avant tout. J’ai déjà eu deux garçons et j’ai convaincu mon mari de les faire circoncire à l’hôpital [en métropole], il était un peu réticent au début à cause de ses parents mais finalement il a compris que c’était mieux. Du coup pour le troisième, on fera encore ça à l’hôpital, c’est clair et net. »

Ahmed, 25 ans

« Je viens de Grande Comore et je ne sais plus trop comment ça se passe là-bas au niveau de la circoncision. Mais je vois comment ça se passe ici avec mes voisins par exemple. Ils appellent le foundi, il y a une petite célébration avec quelques personnes. Ça a l’air de plutôt bien fonctionner et je fais confiance aux foundi, surtout si c’est mes voisins qui me le conseillent. Alors je pense que je ferais comme ça si j’ai un fils. En plus je crois que c’est assez cher de faire ça à l’hôpital. Pour l’instant la question ne se pose pas trop puisque je n’ai pas d’enfant ! En tout cas je n’ai aucun souvenir de comment ça s’était passé pour moi. Peut-être que j’étais trop petit pour m’en rappeler mais je me dis aussi que si je ne m’en souviens pas c’est que ça s’est bien passé… Ou alors c’est l’inverse et j’ai fait exprès d’oublier ce moment (rires) ! Ce qui est sûr, connaissant ma famille, c’est que c’était la méthode traditionnelle. »

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Les couples mixtes coupent court

Socialement, la circoncision marque l’entrée d’un jeune homme dans la communauté. Mais dans les couples mixtes, issus de culture et de religion différentes, cette dimension peine à trouver sa place. « À la naissance de mon fils il y a six ans, sa mère et sa grand-mère ont voulu le faire circoncire », se souvient Christian, un mzungu installé à Mayotte depuis dix ans. Le garçon qui l’a eu avec une Grande Comorienne ne va pas à la madrassa, et comme le dit l’enfant lui-même, il ne veut pas « se faire couper le kololo ». Alors ses parents ont décidé de lui laisser le choix. « Il pourra toujours se faire retirer le prépuce plus tard s’il le souhaite », tempère son père. Même son de cloche pour son collègue Étienne*. Il y a quelques mois, sa femme mahoraise a mis au monde un second enfant, cette fois-ci un garçon. Mais pour l’heure, la question de la circoncision ne semble pas encore avoir été élucidée au sein du couple : « À une époque où il n’y avait pas l’eau courante, l’argument de l’hygiène intime avait un sens, mais aujourd’hui, je pense que ce n’est plus le cas », juge le métropolitain. Native de

l’île, Anaïs estime quant à elle que la circoncision fait partie de son patrimoine culturel : « J’ai été élevée dans cette idée-là, c’est ma culture : les jeunes hommes doivent se faire circoncire. Le jour où j’aurais un fils, il le sera aussi », atteste-t-elle sans une once d’hésitation. À côté d’elle, Momo, 35 ans, approuve d’un signe de la tête : « Ah oui, c’est la tradition, il faut la perpétuer ! » Des enfants, le DJ n’en a pas encore. Mais lorsqu’il aura un fils, et ce quelques soient les origines, la religion et la culture de sa mère, « il se fera circoncire lui aussi ! Mais ce sera fait à l’hôpital, bien encadré médicalement », insiste-t-il.

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Le sambatra, l’exception malgache

Dans la région, les rites et traditions qui rythment la célébration de la circoncision divergent peu. Si à Madagascar aussi, l’ablation du prépuce s’opère désormais majoritairement par des professionnels de la santé, le folklore, lui, demeure intact. Au centre-est de la Grande île, dans le district de Mananjary, le peuple des Antambahoaka célèbre tous les sept ans le Sambatra, commémoration du voyage de leur premier ancêtre, Raminia, de La Mecque vers Madagascar. Pour tous les garçons nés dans cet intervalle, cette occasion sonne aussi l’heure de la circoncision. La fête et ses préparatifs s’étendent sur plusieurs semaines, souvent lors du mois d’octobre. Selon la tradition, les jeunes partent recueillir l’eau du fleuve sacré qui permettra de nettoyer les plaies des circoncis. À leur retour, pères et oncles s’adonnent, sur les berges, à un simulacre de bataille en échangeant des lancés de bambous. Pendant ce temps, les mères tissent les nattes sur lesquelles les enfants seront collectivement opérés. Le grand jour venu, les hommes sacrifient un zébu et les garçonnets enfilent leur tenue rouge avant de partir pour une grande procession. Des grigris sont placés autour de leur taille : ils contiennent des grains de riz qui leur apporteront l’énergie nécessaire pour rejoindre le fleuve. Leur prépuce, coupé au couteau ou au bambou, sera ensuite mangé par l’un des patriarches, accompagné d’une banane.

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