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Reed Blowz : « Je ne me considère pas comme un petit artiste »

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Flou artistique autour des arts de la scène

Les artistes et intermittents du spectacle ne peuvent, à Mayotte, prétendre au statut juridique spécifique pourtant de vigueur en métropole, du fait de l’application tardive du droit du travail dans le 101ème département. Une situation qui complique encore un peu plus l’avenir de ces professionnels, souvent écartés des décisions politiques.

 

Reed Blowz est l’un des artistes incontournables de la scène musicale mahoraise. Il s’est dévoilé il y a une dizaine d’années avec son groupe Barbe Noire. Mais le succès frappe à sa porte lors de la sortie de la chanson « Bastui » en 2018. Le clip génère plus d’un million de vues sur YouTube. Aujourd’hui, ce jeune originaire de Kawéni mène un combat pour tous les artistes mahorais, afin qu’ils soient traités à leur juste valeur par les institutions locales.

Flash Infos : Comment décrieriez-vous le traitement réservé aux artistes mahorais à Mayotte ?

reed-blowz-considere-pas-petit-artisteReed Blowz : Il y a un réel manque de considération. C’est peut-être dû à une vision complètement différente de ce que l’on représente. Le public est présent, il nous soutient et à ce niveau-là on n’est pas à plaindre. Mais concernant les institutions de Mayotte, elles manquent de considération envers nous. Tous les artistes vous diront que, quand on nous contacte, ce n’est pas pour de gros chèques. Elles veulent gagner notre public et ne font pas d’efforts pour nous. Alors que, par exemple, lorsque nous faisons des shows en métropole ou ailleurs, on est généreusement payés. Le manque de considération se voit également quand les artistes d’ailleurs viennent se produire ici. La différence de traitement est énorme ! On se pose des questions. Je ne dis pas qu’ils déméritent leurs prix, mais la différence est démesurée. Nous ne demandons pas le même cachet, mais seulement le même traitement professionnel et humain, et on nous répond « toi petit artiste mahorais qu’est-ce que tu veux de plus ? ». Alors qu’on se produit sur la même scène, devant le même public, et avec le même nombre de minutes.

FI : À votre niveau, de quelle manière combattez-vous cela ?

R.B. : C’est un combat que j’ai toujours mené jusqu’à maintenant. C’est pour cela que je ne fais pas beaucoup de concerts, parce que j’ai énormément d’exigences et par conséquent je suis beaucoup boycotté. Mais il faut savoir que je ne me considère pas comme étant un petit artiste. Je mets beaucoup de moyens dans ma musique, donc j’attends un retour sur investissement. Les organisateurs d’évènements, les institutions, ne comprennent pas que pour avoir un public, il y a un investissement. Et pour tous les artistes, partout dans le monde, on gagne nos vies grâce aux showcases, aux concerts, c’est ce qui est rentable pour nous, et non pas le nombre de vues ou de streams sur les plateformes.

FI : Est-ce qu’à Mayotte, un chanteur peut vivre de sa musique ?

R.B. : Oui, ça pourrait être possible, parce que quand on regarde le nombre de fans, nous n’avons rien à envier aux artistes de Maurice, des Comores, ou de La Réunion. Là-bas, beaucoup vivent de leur musique, parce qu’ils sont aux normes, ils sont structurés et gagnent leurs droits d’édition et d’auteur. Ici on a beaucoup de musiques clandestines, les chanteurs n’ont pas de vraie structure et ça arrange les institutions parce qu’elles profitent de cela pour nous payer aux prix le plus bas. Me concernant, tout est en ordre, c’est pour cela que j’ai beaucoup de conditions. Mais pour l’instant, je ne vis pas de ma musique. Je travaille à côté.

FI : Pensez-vous que les artistes qui acceptent des projets à des prix dérisoires dévalorisent votre travail ?

R.B. : Ils ne le dévalorisent pas, mais ils nous mettent en difficulté parce que si les organisateurs d’événements savent qu’un chanteur accepte de monter sur scène pour 150 euros, ils ne solliciteront pas celui qui en demande 5.000. Sauf qu’ils oublient qu’on ne met pas les mêmes moyens. La qualité que je vais apporter à l’industrie musicale à Mayotte ne sera pas la même que celle des autres. Il faudrait peut-être créer une grille tarifaire qu’on proposerait aux organisateurs, avec des tarifs selon la côte de popularité. Les gens pensent qu’on demande un prix uniquement par rapport au show, mais ce n’est pas le cas. La somme englobe tout le travail qu’il y a derrière depuis la création de la musique, le clip, la promo, les instrus, les gens qu’on fait monter sur scène, notre staff, les heures de répétitions, etc. Il y a beaucoup de choses que le public ne voit pas.

FI : Avec toutes ces difficultés, vous arrive-t-il parfois de vouloir abandonner ?

R.B. : La dureté du métier me donne envie de continuer. Bien sûr qu’il y a des moments où ça me passe par la tête, comme tous les artistes je pense. Mais je parle beaucoup avec ceux qui étaient dans ce milieu avant moi, nos aînés et ils me motivent, m’encouragent à continuer.

FI : Êtes-vous solidaires entre artistes locaux ?

R.B. : Avant le festival Sanaa, nous ne l’étions pas. Lors de mon passage à ce festival j’ai appelé d’autres artistes pour qu’ils montent sur scène avec moi parce que j’ai vu qu’on n’était pas très représentés. J’espère que c’est le début d’une belle solidarité.

Après le festival Sanaa, nous avons discuté entre nous et nous allons lancer le hashtag #JeSuisUnArtiste. Le message derrière ça c’est qu’on demande une certaine considération de la part des institutions locales. Nos artistes sont obligés d’aller à l’extérieur pour faire carrière parce qu’ici, ils n’ont pas de considération. L’exemple type est M’toro Chamou qui a dû partir à La Réunion parce qu’à Mayotte il n’était pas considéré à sa juste valeur. Pareil pour Baco, qui fait sa carrière en dehors de l’île, il fait des showcases en métropole et dans d’autres pays, car ici il n’a pas le même traitement.

FI : Pour quelles raisons le festival Sanaa est l’élément déclencheur ?

R.B. : Beaucoup de choses en interne se sont passées et elles sont inadmissibles. Par exemple nous, artistes locaux, n’avons toujours pas de contrat. On a juste un devis signé. Alors que vous imaginez bien que Niska ne serait pas venu sans son contrat. Encore une fois, le traitement n’est pas le même alors que les artistes mahorais ne sont pas des petits artistes. De plus, on nous a vendu ce festival comme un échange, mais à aucun moment on n’a pu échanger avec les artistes internationaux qui étaient là. On nous a même demandé de quitter les loges parce que Niska arrivait. On peut saluer l’initiative de la municipalité de Mamoudzou parce qu’elle a proposé un concert gratuit, avec des têtes d’affiche dignes de ce nom, mais il y a beaucoup de choses à revoir. Ce traitement n’est pas propre à la mairie de Mamoudzou, à chaque évènement c’est pareil. On espère que ça changera. Cela prendra du temps. On est peut-être la génération à sacrifier, mais on va se sacrifier s’il le faut pour que ceux qui arriveront après nous soient mieux traités.

FI : Vous chantez uniquement en mahorais, pourquoi ce choix ?

R.B. : Quand j’étais dans mon groupe Barbe Noire, personne de notre génération ne chantait en mahorais et les jeunes perdaient la langue. Sachant que la musique a beaucoup d’influence, on a commencé à rapper en shimaoré et c’est devenu à la mode. L’identité d’un peuple commence par sa langue, si on perd ça on perd notre identité. Donc pour moi c’était comme une évidence, il fallait que je revienne aux sources. Même si je peux très bien écrire et chanter en français, je n’ai aucun problème avec ça, mais je pense qu’il est important de préserver notre langue.

FI : Certains pensent que c’est un frein et que cela ne vous permettra pas de viser un public plus large…

R.B. : Je ne suis pas d’accord. Regardez les chanteurs qui sont dans les pays voisins, par exemple la Tanzanie. Diamond Platnumz chante dans sa langue. Beaucoup de gens ne comprennent pas et pourtant c’est une star internationale. Et tous les artistes de son pays font comme lui. C’est vrai que chanter en shimaoré est un challenge mais le plus important n’est pas la langue, mais plutôt ce que tu véhicules. Nombreux ne comprennent pas les paroles des artistes américains, et pourtant on les écoute tous. Donc il est bien possible d’aller loin en chantant en mahorais.

FI : Vous avez créé votre propre label, « Rissala », qu’est-ce que cela va vous apporter ?

R.B. : Ce label n’est pas destiné simplement à produire de la musique. Il y a tout un projet derrière. Il y a un film, des clips, plusieurs séminaires avec plusieurs artistes de Mayotte et de métropole. Tout cela demande une organisation encore plus poussée que ce à quoi je m’attendais. Je l’ai appelé Rissala car cela veut dire « message » en shimaoré. Je veux lancer un message aux autres et leur dire que si moi je peux le faire, alors on est tous capables de faire ce genre de choses.

FI : Quels sont vos futurs projets ?

R.B. : Sortir mon EP en premier lieu. C’est prévu pour le début d’année 2023. Je sais que j’ai pris plus de temps que prévu, mais je veux que tout soit parfait avant de le sortir. Je suis un perfectionniste, je veux offrir le meilleur à mon public.

FI : Avec quels artistes êtes-vous le plus proche ?

R.B. : El Saphir et Bo Houss, ils sont comme mes grands-frères. Du côté des femmes, on travaille avec Zily sur cette stratégie d’aller conquérir l’Afrique. On partage cette même ambition de vouloir aller plus loin. Pour conquérir l’Afrique, il faudrait qu’on soit plusieurs artistes à s’imposer sur cette scène internationale. J’aimerais bien faire un gros feat avec elle. C’est peut-être même déjà prévu…

Retrouvez l’intégralité du dossier consacré à la musique dans le numéro 1010 de Mayotte Hebdo.

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